Opinions

Laconisme – La dictature de l’ignorance

Période pré-électorale oblige: nos oreilles livrent un nouveau combat titanesque pour endurer le vacarme quotidien imprégné de l’étourdissant parfum
de la démagogie. Élections législatives ? À entendre les discours de ceux qui louchent sur un siège de législateur, on se demande où est la séparation des pouvoirs. La recette suivie pour ces campagnes électorales est la même qui a été cuisinée quelques mois plus tôt: la démagogie comme sauce principale. Pourquoi se passer de l’effet aphrodisiaque de cette cuisine?
Pas étonnant si déçus, certains des élec­teurs questionnent un membre de la dernière législature sur ses réalisations « matérielles » dans sa circonscription. En voulant renouveler leur bail à Tsimbazaza, ces candidats reviennent avec la vieille méthode traditionnelle de séduction, toujours d’une efficacité insolente contre laquelle ce qui reste d’éveillé de l’esprit de discernement est impuissant.
Et le fleuve des campagnes électorales charrie son lot de discours fantaisistes, d’actions sociales ponctuelles,… Qui ont le même pouvoir ensorcelant que les chants des sirènes de l’Odyssée (Homère). Contrairement à Ulysse et ses compagnons qui ont été immunisés par les boules de cire et par les cordes qui ont attaché le héros à un mât, les électeurs sont sans défense.
Et le verdict de ce concours sera bientôt prononcé par ces juges qui eux-mêmes ne maîtrisent pas le sujet d’examen. Car on entame la dernière semaine de cet examen, de ce concours d’envergure nationale. Les copies des différents candidats sont dans la phase de finition: beaucoup sont hors-sujet. Mais la sensibilité du jury, tachée par le cachet du dénuement (matériel et intellectuel) et qui croit qu’un député réhabilite des routes, construit des hôpitaux, s’occupe de la voirie…, fait pencher son cœur vers ces candidats qui promettent monts et merveilles. Peut-être qu’eux-mêmes ne connaissent du siège qu’ils convoitent que les marchandages de vote et les mallettes qui vont avec.
Quand le tintamarre caractéristique de ces périodes électorales se mêle à l’environ­nement déjà saturé par les décibels envahissants et abêtissants de la vie quotidienne en milieu urbain, on ne peut que se résigner à la triste contemplation du résultat des examens.
Et dire qu’il y a 2000 ans, les sophistes qui trainent de nos jours une mauvaise réputation (merci Platon), enseignaient la rhétorique pour aiguiser les oreilles qui n’étaient pas épargnées par les âneries débitées sur l’Agora.
« L’ignorance est mère de tous les maux », écrivait Rabelais dans Le Cinquième Livre (1564). Notre histoire, celle que nous avons construite alors qu’on ploie sous le joug de l’ignorance est une confirmation de cette citation de Rabelais.
L’ignorance est à la source de ces choix qui nous ont plongés dans les abîmes de la misère. Nos efforts pour soulever cette misère, aussi lourde que le rocher de Sisyphe, sont neutralisés par la puissance de l’ignorance qui nous rejette sans cesse dans le gouffre infernal.
Conclusion : la révolution sera culturelle ou elle ne sera pas.

par Fenitra Ratefiarivony

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