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Chronique

Internationalisation d’une guerre qui n’est pas la nôtre

Le président ukrainien enjoint aux derniers soldats encerclés dans Marioupol de ne pas se rendre. Spécifiant dans le même temps que la «liquidation» des derniers soldats ukrainiens par les Russes entraînerait la rupture des pourparlers de paix.

En ce 20 avril, jour anniversaire de la mort présumée d’Adolf Hitler (à en croire les innombrables émissions consacrées à sa traque, le Führer aura survécu à 39-45), le jusqu’au-boutisme de Volodymyr Zelensky me rappelle l’ordre donné à von Paulus : «Ne pas céder un pouce de terrain, jusqu’au dernier homme».

Friedrich von Paulus fut commandant en chef de la VIème armée allemande qui entra dans Stalingrad et arriva jusqu’à la Volga, en août 1942. Privé du soutien de la IVème armée, et encerclé depuis novembre, von Paulus se résout à capituler le 31 janvier 1943, sauvant la vie à 91.000 soldats, après en avoir perdu un demi-million. La bataille de Stalingrad est également appelée le «Verdun de la Volga» : 800.000 troupes de l’Axe blessés, tués ou capturés ; 1.000.000 d’hommes tués du côté de l’Armée rouge.

On reprochera à von Paulus d’avoir enfreint le code d’honneur tacite : le suicide plutôt que le déshonneur. Surtout qu’Adolf Hitler venait de le nommer «Fedlmarschall», maréchal sur un champ de batailles, tout en lui rappelant qu’aucun Feldmarschall n’était encore tombé aux mains de l’ennemi : «pas le moindre de pouce de terrain, jusqu’au dernier du million d’hommes».

Encerclant Stalingrad, les troupes allemandes furent elles-mêmes encerclées par la 62ème armée soviétique. Le 31 janvier 1943, von Paulus ne fit pas que se rendre, il entraîna à sa suite 24 généraux. Tâche indélébile.

Prisonnier des Russes, von Paulus témoigna à charge contre ses anciens collègues, les généraux Wilhelm Keitel et Alfred Jodl, qui seront tous deux condamnés à mort au procès de Nuremberg. À sa décharge, l’abcès de fixation, que fut pendant 50 jours la VIème armée allemande qui mobilisa de nombreuses troupes soviétiques ce qui permit au groupe d’armées allemandes du Caucase d’entamer son repli une «Berezina» à la Napoléon.

Près de 80 ans plus tard, et alors que les événements d’Ukraine glissent dangereusement vers une internationalisation savamment orchestrée, qui sera le von Paulus de Zelensky à Marioupol ? Ne pas se tromper de Stalingrad ni de von Paulus. La capitulation de von Paulus à Stalingrad et la défaite de Rommel à el-Alamein (novembre 1942), en Égypte, constituèrent un tournant majeur de la seconde guerre mondiale. Serait-ce le souhait secret de ceux qui, en livrant des armes lourdes et la dernière technologie à l’Ukraine, alimentent les combats et entretiennent la guerre ?

«La paix, c’est combien de morts encore ?» était le titre de la Chronique VANF du 18 mars 2022. Cette dernière Chronique sur les événements (c’est ce même mot qui avait servi à qualifier le soulèvement du 29 mars 1947 contre les troupes d’occupation françaises à Madagascar) en Ukraine remontait alors au 21ème jour de combat : 21 jours, déjà, de perdus pour la paix.

Un constat de bon sens : «si une mauvaise paix avait été conclue auparavant, le théâtre de Marioupol n’aurait pas été détruit et que chaque jour passé en surenchères verbales coûte la vie à des enfants, des femmes et des hommes». Et je m’interrogeais «au bout de ces trois semaines, qui a gagné du temps dans l’espoir d’une internationalisation du conflit et qui en a perdu dans l’enlisement des opérations sur le terrain ?»

Gagner du temps dans les opinions publiques (le tour des parlements européens, américain et canadien) pour voir se reconstituer le front des «alliés» de 1939-1945 ?

Attendre que fructifie la rhétorique guerrière du «Nous combattrons jusqu’au bout» en invoquant Pearl Harbor ou le 11 septembre 2001 ? Sachant que le premier a conduit au largage de bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki et que le second a créé le chaos au Moyen-Orient.

«Le 15 mars, le président ukrainien admettait enfin que l’Ukraine ne pourrait pas adhérer à l’OTAN. Mais, n’était ce pas la «garantie» que la Russie a toujours demandée aux Occidentaux ? Une fois la querelle vidée de cet objet là, quel sera le prochain pas vers la paix, une neutralité à l’autrichienne ? On peut s’étonner qu’il ait fallu un gâchis humanitaire pour arriver à la seule conclusion réaliste».

Un mois après, fin avril, l’état-major ukrainien s’attend, et se résigne, à la perte du Donbass russophone. Il y a un mois encore, en mars 2022, le président américain qualifiait son homologue russe de «criminel de guerre». Depuis, la rhétorique a évolué vers le mot de «génocide». Fasse que, dans un autre mois supplémentaire, le mot de «troisième guerre mondiale» ne tourne en boucle au générique des médias dits internationaux.

Ohé, bonnes gens du village planétaire, attention à cette internationalisation d’une guerre qui n’est pas la nôtre.

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