Editorial

Tout-venant

L’État va partir à la chasse aux agents inutiles au sein de la Fonction publique. Il va retracer comment un agent a été recruté et quelles sont ses compétences. L’objectif est d’assainir un milieu infesté par la corruption où la corruption échappe à toute règle. L’État espère pouvoir économiser une partie de son budget englouti dans le règlement de la solde de ses fonctionnaires.

C’est bien de laisser aux vrais fonctionnaires les emplois qui leur sont réservés mais il faut dire que le nombre des fonctionnaires est nettement insuffisant par rapport à celui de la population. Ils ne sont que deux cent vingt mille pour vingt-cinq millions d’habitants soit un fonctionnaire pour cent treize habitants. Autrement dit un enseignant pour cent treize élèves, un médecin pour cent treize malades. La norme serait d’arriver à un rapport d’un enseignant pour vingt-cinq élèves, un médecin pour vingt-cinq habitants. On réalise donc le recrutement que l’État doit faire pour combler le gap. C’est aussi cela l’émergence et non seulement les signes extérieurs de développement comme les buildings, les centres de loisirs ou les belles plages.

On se demande si l’abrogation massive de hauts emplois de l’État fait partie de cet assainissement enclenché. Si tel était le cas, l’État est en pleine contradiction étant donné qu’il va devoir payer de hauts fonctionnaires sans poste donc chômeurs indemnisés. Ils sont limogés mais non pas radiés de la Fonction publique comme les petits agents irréguliers. Plusieurs centaines de directeurs et de directeurs généraux ont été limogés depuis trois mois dont le seul tort est d’avoir servi les administrations précédentes. Que vont-ils faire désormais ? Du beau gâchis pour l’administration.

Un haut fonctionnaire de l’État passe par toutes les étapes hiérarchiques et toutes les formations pour arriver au sommet de sa carrière avant de partir en retraite sans retour en arrière. Quand on est nommé directeur général, c’est qu’on le mérite vu votre parcours professionnel, votre expérience et vos compétences. Et on ne redevient pas chef de service quand on est limogé. Un directeur d’école primaire est celui qui est le plus calé en terme d’échelon, de grade , de classe et de catégorie. On ne peut pas imaginer qu’il est sous les ordres d’un vacataire ou d’un enseignant Fram. Un tel mépris de la hiérarchie avait causé la perte de l’ancien président Ravalomanana quand il avait ignoré cinq promotions de l’Académie militaire d’Antsirabe en nommant comme Chef d’État major un général de la huitième promotion à la place d’un général de la troisième promotion. Outré, ce dernier est allé rejoindre les manifestants de la place du 13 mai en 2009.

Malheureusement, l’histoire est en train de se répéter au niveau de la douane cette fois qui a une structure paramilitaire, autrement dit où les inspecteurs ont une ancienneté et une grade. Un nouveau directeur général vient d’être nommé selon son parcours et ses compétences. Le fait est qu’il est issu de la cinquième promotion de l’école des inspecteurs des douanes. Il y a donc quatre promotions qui lui sont supérieures en grade et en ancienneté. C’est comme si un caporal va donner des ordres à un amiral. Une image hélas réelle encore présente dans toutes les mémoires qui semble devenir une règle. Quand l’heureux élu traine en plus des casseroles, la situation risque d’être difficile à gérer.

Mais les dés sont pipés dès le départ. Quand un ministère lance un appel à manifestation d’intérêt ouvert à tous les employés sans distinction, donc sans profil ni expérience, pour le recrutement d’un directeur général, on réalise bel et bien qu’on est dans une république des tout-venant. Un souci professionnel et de compétence aurait recommandé un appel à manifestation d’intérêt restreint. À preuve, plus de cinq cents manifestations ont été reçues. La plupart ont cru qu’il s’agissait d’un PDG ( lire prof de gym).

2 commentaires

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  • Tout un symbole si Emmanuel Macron projette de supprimer l’ENA . La confiscation par les sortants de cette école de presque tous les rouages du pouvoir et de l’administration agacent au plus haut point . Le parallèle pourrait très bien aussi à quelques nuances près se retrouver à Madagascar si on parle des préfets ou des chefs districts . Le problématique de la concentration des Médecins dans les grandes villes est une triste réalité .Il faut faire très attention dans les raccourcis : un Médecin de la première promotion d’Antsako doit donc occuper systématiquement le poste de ministre de la santé si on suit le raisonnement applicable aussi à d’autres corporations ? le DG des douanes qui est nommé récemment à ce qu’on sache à ce jour n’est pas « condamné » par une procédure judiciaire . Il faut voir ailleurs avec le DG des impôts en place depuis 2016 avec le régime Rajaonarimampianina et qui a des accointances avec Ravalomanana de telle sorte qu’à ce jour les arriérés fiscaux de ce dernier sont en stand by .

  • « Tout ça pour ça  » un atelier contre les Fake News à grande pompe avec le patron de presse Edgar ? » Uniquement pour sortir après que le nouveau DG des douanes traîne des casseroles ? Que les règles de recrutements ou de nominations aux hauts emplois de l’état doivent obéir à des critères liés à l’ancienneté ou à l’ordre promotionnel ? La résolution des déserts Médicaux à Madagascar relèvent en premier lieu de la déconcentration de ces Médecins des grandes villes . Partout ailleurs les grands économistes s’accordent à dire que ce sont les entreprises privées qui créent les richesses .Hormis l’éducation nationale , la santé et la défense nationale l’attribution d’un budget conséquent est plus que nécessaire pour avoir plus de professeurs , d’infirmiers ou de policiers par contre il faut dégraisser les autres ministères qui pèsent lourdement sur les dépenses publiques .