Opinions

Texto de Ravel – Mais à quoi joue la commune urbaine d’Antananarivo ?

Leçon du jour : quand les règles ne sont pas claires, elles laissent places à des dérives. Pour être claire, elles doivent être d’abord écrites et communiquées d’une manière à ce que tout le monde soit informé et soit donc en connaissance de cause. De temps à autre, les règlements doivent être rappelés au même titre que les mesures prises au cas où elles viennent à être violées. Dans le cas où les codes ne sont pas connus, que les effractions sont observées passivement et prennent de l’ampleur ; elles deviennent finalement la loi en vigueur. Au fur et à mesure que les choses empirent, la norme devient la dérive et vis-versa, la dérive devient la norme.
Quand cette situation apparait, on ne peut plus juste blâmer les fauteurs de troubles. Car quelque part, on leur a laissé l’autorisation passive ou active de braver les interdits et d’en faire la norme. Faire régner de nouveau la loi dans un chaos qu’on a soit même alimenté nécessite une grande fermeté, un comportement irréprochable, une stratégie réfléchie de manière à avoir des résultats palpables et décisifs. Comme dans l’éthique que devraient avoir les médecins, si on ne peut pas soulager la situation ou les personnes impactées, au moins on devrait adopter la posture « ne pas nuire ».
Depuis des années, la problématique des marchands de rue reste une épine sur le front de la Commune urbaine d’Antananarivo. En éclatant le Zoma, en permettant aux vendeurs de rue d’investir les endroits où il ne fallait pas, les dirigeants successifs de la CUA ont fait du laisser-aller. La Commune a même institutionnalisé ces pratiques hors des normes en se permettant de vendre des tickets de marchés hors des marchés. Les règles qui ne sont pas connues de tous ont été enterrées par ceux qui devaient les protéger contre vents et marées. Et le constat va au-delà des petits marchands. La Commune aurait visible­ment cédé des trottoirs, des parkings et autres lieux publics pour des activités marchandes.
Ce que l’on ne comprend pas et que l’on ne peut tolérer, c’est que de temps à autre, sans raison apparente la CUA lâche ses sbires pour prendre de force les marchandises des vendeurs de rue. Sans aucun respect de protocole, sans respect des droits ils n’y vont pas de main morte. Que ce soit pour pourchasser des femmes avec des bébés en mains, des vieilles dames, des femmes enceintes et tous les autres, la férocité des actes est palpable. On en a marre des discussions stériles sur qui a tort ou qui a raison entre les marchands et la CUA. Comme expliqué plus haut, la situation est ce qu’elle est car ceux qui devaient être les gardiens du temple ont eux-mêmes enfreint les règles.
Ce matin, du haut de l’hôtel grand Mellis, à quelques mètres des bureaux de la Commune urbaine d’Antananarivo, on voyait des enfants laissés à même la terre par leurs mères qui tentaient désespérément de sauver leurs petites marchandises. Le camion bleu de la commune était là pour prendre tout à l’arracher par ses gros bras. Une petite fille de huit ans au plus tentait de tirer par le bout de ses bras un bébé dans un couffin car leur mère avait dû déguerpir. Il y avait des gens qui couraient dans tous les sens et certains ont été fauchés par les voitures qui étaient surprises de tout cet affolement.
De haut, on voit bien les choses. Quelques minutes plus tard, les marchands reviennent à leur place et la vie continue. Cette scène s’est reproduite à plusieurs reprises dans la journée. « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » Albert Einstein. Si trouver une solution durable est l’objectif, à quoi joue la Commune Urbaine d’Antananarivo ?

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