Editorial

Éthanold-up

Éthanol la panacée pour sauver l’environnement, du moins ce qu’il en reste. Ce n’est pas trop tôt. L’Etat à travers les régimes successifs n’ont jamais montré une réelle détermination pour emprunter cette voie. Pourtant l’amiral Ratsiraka avait cette vision dès 1976. Il voulait faire de l’éthanol le combustible préféré des Malgaches rêvant déjà à l’époque de faire de Madagascar le champion du biocarburant. Ayant une suite dans les idées, Karenjy aurait du être la première voiture roulant au biocarburant. Ainsi, l’usine de la Sirama Ambilobe était muni de distilleries pour produire de l’éthanol. Ratsiraka avait fait produire du manioc à travers le pays sous la férule du Procops, la société qu’il a créée pour gérer le projet, pour en extraire de l’éthanol. La production avait bien commencé mais les péripéties politiques ont complètement englouti le rêve de Ratsiraka. L’amiral était peut-être trop en avance sur son temps. Il était difficile d’imaginer les produc­teurs de carburant fossile se laisser piétiner par une telle audace. C’est à l’image de Bemolanga dont l’exploitation est trop coûteuse pour être rentable.
Mais l’idée sommeillait quelque part. Il a fallu attendre plusieurs années pour voir des initiatives privées la reprendre. Le réchaud à éthanol avait fait sensation dans une édition de Fiermada, la foire économique des artisans et des paysans, mais un véto de l’Etat a stoppé net l’initiative. Faute de législation, sa commercialisation était interdite. En parallèle, on vendait librement le réchaud à éthanol importé dans certaines grandes surfaces en même temps que le combustible dont le litre coûtait 5000 ariary.
D’autres initiatives privées ont essayé également la promotion de l’éthanol en 2016.
Toutes ces tentatives ont été marquées par l’absence du soutien effectif de l’État. Il est vrai qu’il fallait considérer d’énormes enjeux financiers que ne saurait occulter l’engagement dans la protection de l’environnement. D’ailleurs il n’est pas sûr que l’éthanol puisse supplanter le charbon de bois et juguler la déforestation, vu son coût loin d’être à la portée de la majorité des ménages, même si l’on porte à 200.000 ariary le salaire minimum comme l’avait promis le président de la République durant la campagne électorale.
C’est bien de concrétiser la protection de l’environnement par ce genre de projet initié par la première dame mais on peut douter de son opportunité étant donné le pouvoir d’achat insignifiant de la population. L’ustensile et le combustible risquent de coûter plus cher que les aliments qu’on va cuire avec. La priorité et l’urgence du moment restent la survie. Ventre affamé n’a pas d’oreille et on aura beau ressasser qu’il faut protéger la faune et la flore, les plus pauvres auront du mal à comprendre pourquoi on se soucie plus des lémuriens et des tortues que d’eux.
On ne demande qu’à se tromper. L’histoire a retenu que l’amiral Ratsiraka, après l’échec de l’éthanol avait fait du pont flottant de Foulpointe son fonds de commerce. On croise les doigts pour qu’il ne s’agisse pas d’un éthanold-up.

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  • On regrette amèrement que des génies de l’innovation technologique comme RABEARIVELO ANDRIAMALAGASY sont devenus des espèces humaines rares en voie de disparition dans l’establishement actuel . Les régimes successifs à ce jour après Didier Ratsiraka n’ont jamais eu cette vision élitiste du pouvoir . Il n’y a pas d’autre choix pour sauver la planète que de suivre les recommandations consensuelles des COP. Madagascar ne doit pas déroger à l’application de ces conventions internationales sous peine de ne pas percevoir les financements dans ce cadre .Le charbon de bois dans les ménages est un grave problème de santé publique .