Quelques proverbes pour définir l’esclave, selon le maitre


Janine Razafindratovo, dans son étude sur le village d’Ilafy, un ancien menabe de l’Imerina, essaie de tirer quelques indications à partir des proverbes, sur les rapports de l’esclave avec son maitre. Indications qui, précise- t-elle, donnent évidemment le point de vue de ce dernier (Annales de l’Université de Madagascar N°8, 1965). Elle ajoute que ces proverbes portent surtout sur l’esclavage masculin, car « ils ont probablement été créés par des hommes » (lire précédente Note). La servante, continue-t-elle, vit surtout auprès de sa maitresse, mais elle n’a pu collecter que très peu de sentences. Comme celui sur le tison qui constitue l’honneur de la servante : que ce soit de la main gauche ou de la main droite, elle y excelle. En malgache : « Tandroky ny andevo vavy ny fisoitra afo, sady mahay manavia manavanana ». C’est à la maitresse que l’on reproche aussi de ne pas savoir commander à ses esclaves. Telle l’expression « lourdaud comme un esclave de femme» : « Mitavozavoza toy ny andevom-behivavy ». Dans sa chronique « Takelaka, Tableau de mœurs féminines malgaches dressé à l’aide de proverbes et de fady », Mondain affirme Janine Razafindratovo, montre que la femme esclave, si elle est jeune et jolie, bénéficie des faveurs du maitre et éveille la jalousie de la maitresse. « Cet état de choses n’a pas changé aujourd’hui où les jeunes gens hova ne dédaignent pas les jeunes filles mainty, quoiqu’ils ne les épousent pas non plus. » Poursuivant son explication, elle souligne que la vision des maitres se dégage assez clairement. Avant tout, les esclaves, leurs femmes et leurs enfants sont leur propriété. Ils disent : « C’est notre bananier qui produit, nous en disposons à notre gré » : « Akondronay no mamoa ka azonay anaranam-po ». Le maitre dispose donc de l’esclave qui est un bien au même titre que le bétail. « Andevolahy mamaha reniomby, ka mifamindra fo fa samy haren’olona : ny omby aza mifidy vilona, ny andevolahy aza maka ny ratsy ». Autrement dit, «un esclave qui engraisse une vache, qu’ils aient des égards l’un envers l’autre, car ils sont tous deux des biens d’autrui : que la vache ne soit pas trop exigeante pour son herbe, que l’esclave ne lui en choisisse pas de mauvaise ». Janine Razafindratovo souligne aussi une particularité de l’esclave tel que le voit son maitre : sa gourmandise qui n’a de frein que sa condition. « Andevo maro tompo : mifidy izay avo tokonana » : s’il a plusieurs maitres, il sert celui qui a les trépieds (marmites) les mieux fournis. « Andevo tokana amin’ny andriana, raha tsy maty iraka, maty voky » : s’il est seul à servir son seigneur, s’il ne crève pas à la tâche, il crève de trop manger. « Andevolahy miandry faty, ny hena no andrasany eo » : s’il va à une veillée funèbre, c’est pour la viande que l’on y partage. « Andevolahy diso rasa, ny taimboraka no avadibadika » : s’il manque le partage de la viande, il ne lui reste qu’à remuer les excréments contenus dans la panse des bêtes. « Andevolahy mifaham- boatavo : sitrany ahay vaza- mihetsika»: un esclave qui se bourre de citrouilles, ça lui fait, au moins, travailler les molaires. De ce qu’il mange, il ne laisse pas une miette. « Maina tsy azo diasana toy ny fikam-parin’andevolahy » : sec et inutilisable, comme les déchets de la canne à sucre sucée par un esclave. Autre trait de celui-ci, toujours « prêté par son maitre » : il est paresseux. « Andevolahy avy nandranto, izay rehetra hatao ka izaho avy nandranto » : quand il revient de la pêche, dès qu’on veut le faire travailler, il répète : je reviens de la pêche. Il est aussi imprévoyant. « Kotokely mandihy ambony zezika, faly mihaino ny dobony, fa tsy mihevitra ny farasisa amin’ny tongony » : le jeune esclave qui danse sur du fumier, tout heureux du bruit qu’il fait, il ne pense pas aux plaies qu’il attrape aux pieds… Sa langue ne connait pas non plus de retenue, dit-on, et il ne recule devant aucune injure. Et se disputer avec un esclave, c’est s’attirer le déshonneur. Aussi est-ce à la personne « honorable » d’éviter de se disputer avec lui. Enfin, il cherche à se hausser au-dessus de sa condition. « Andevolahy mampirafy, intelo mihosina ampombo » : l’esclave bigame se couvre de son du paddy trois fois car il pile non seulement le riz de son maitre, mais aussi celui de ses deux femmes….
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