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Editorial

Épizootie

La gestion du parc botanique et zoologique de Tsimbazaza transférée au groupe Axian. La velléité a bel et bien existé comme en témoigne la lettre du ministère de l’Enseignement supérieur et des recherches scientifiques annulant la cession. Une opportunité de raté donc. La nouvelle du transfert a vite fait le tour de la toile avec des réactions diverses. Du nationalisme primaire à la xénophobie tenace en passant par des positions pragmatiques, on aura tout vu. Une véritable secousse tellurique a fait vibrer le microcosme du monde des animaux et des plantes.

Depuis un demi-siècle, le parc de Tsimbazaza n’a cessé de dégringoler. Beaucoup de choses et d’animaux ont disparu à l’image des squelettes de dinosaure, d’œufs d’aepyornis ( oiseaux vivant exclusivement à Madagascar), des bois silicifiés ou agate xyloide … On ignore aujourd’hui où sont passés ces précieux patrimoines. C’est la preuve en tout cas que le parc a été mal géré, négligé, ignoré pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. Un parc qui abrite juste quelques espèces animales malchanceuses de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Les animaux auraient certainement souhaité avoir un meilleur sort que de vivre d’aumône et d’assistanat comme c’est le cas. Eh oui, sans les généreux donateurs et les amoureux de la nature et des animaux de par le monde le parc de Tsimbazaza aurait disparu depuis longtemps.

On se demande quel genre de recherche on effectue à Tsimbazaza comme le prétendent ceux qui se sont dressés contre la cession du parc à un groupe qui a montré en d’autres circonstances son attachement à la culture et au patrimoine malgache. L’erreur était peut-être de ne pas avoir procédé à un appel à manifestation d’intérêt pour la gestion du parc. Le groupe Axian s’est tout simplement proposé vu la dégradation du parc et la mauvaise gestion qui y règne. Il s’est heurté à une levée de boucliers des réfractaires au développement et à l’évolution. En Afrique ou ailleurs, les parcs zoologiques sont gérés par des privés et constituent une source de devises considérables pour le pays à travers l’affluence de touristes qu’ils ramènent.

À Tsimbazaza, outre les deux chameaux de Ravalomanana, il n’y a aucune nouveauté qui pourrait susciter le déplacement. Il faut moins d’une demi-heure pour visiter tout le parc avec un sentiment de frustration et de révolte. Quand on connaît qu’à Maurice, les parcs zoologiques abritent davantage de pensionnaires dont certains sont endémiques à Madagascar, on ne peut que se sentir à la fois coupable et dégoûté. Le sentiment est le même dans les zoo en Europe où les lémuriens adressent un large sourire dès qu’ils voient un Malgache comme s’ils voulaient dire qu’ils ont plus de chance de ne pas se retrouver à Tsimbazaza. Eh oui, même les animaux préfèrent l’exil et un meilleur traitement là où ils ne risquent pas le braconnage, les feux de brousse, la disparition.

Il arrive un moment où justement il faut savoir faire la part du feu pour sauver ce qui peut encore l’être. C’était l’intention du groupe Axian qui peut faire fortune beaucoup plus vite dans d’autres domaines que de casser la tirelire pour relancer un parc. Il s’est malheureusement heurté à une épizootie collective dont la vitesse de transmission a été plus rapide que celle u coronavirus.

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