Chronique

Société – La violence contre les enfants

Traiter de ce thème à l’échelle de toute une zone, dont chacune des composantes a ses spécificités, était une gageure qui n’a pas rebuté l’Observatoire des Droits de l’Enfant de la région de l’océan Indien (ODEROI). Cette institution créée en 2004 s’était fixé comme objectif de constituer une banque de données fiables permettant le suivi de ce qui peut être considéré comme un fléau aux Comores, à Madagascar, à Maurice, aux Seychelles, et à La Réunion. Publié en 2006, le premier rapport a permis de secouer une chape de silence, d’hypocrisie, et aussi de sordides intérêts générés par l’exploitation d’une catégorie sociale sans défense.

Cinq équipes de consultants nationaux y ont contribué en se basant sur un plan détaillé et un manuel permettant d’assurer une méthode de travail à la fois compatible et cohérente. La méthodologie appliquée inclut notamment une approche quantitative et qualitative, tenant compte aussi bien des informations et des statistiques officielles que des conclusions de groupes de réflexion pouvant inclure enseignants, juristes, personnel médical, policiers, simples parents et enfants.

Comment définir plus en profondeur ce terme plutôt générique de violence contre les enfants ? La définition donnée par le professeur Pinheiro a été celle retenue : « La menace ou l’utilisation intentionnelle de la force physique ou du pouvoir contre autrui, ou contre un groupe ou une communauté qui entraîne, ou risque d’entraîner un traumatisme, un décès, des dommages psychologiques, un mauvais développement ou des privations ». L’enfant, pour sa part, est défini conformément à l’article premier de la Convention des Nations unies relative aux Droits de l’enfant : « Tout être humain âgé de moins de 18 ans ».

Pour dresser un état des lieux des différentes formes de violence, l’approche suivie est celle de l’environnement social de l’enfant, préféré aux types de violence, afin de faciliter l’élaboration de politiques adaptées aux cas rencontrés. Il s’avère, par exemple, que la violence physique, dont les châtiments corporels et les abus sexuels, se retrouvent aussi bien dans le milieu familial ou scolaire que dans les institutions de placement et de détention pour enfant.

« Mpanampy »

De manière générale, la violence sous sa forme banalisée et relativement modérée est considérée comme un élément du processus de socialisation. C’est le cas de certains châtiments corporels rarement condamnés, quand ils ne sont pas encouragés. Certaines formes de violence, telles que l’inceste ou les abus sexuels intrafamiliaux sont sous-documentées. Il n’est pas rare qu’on ne les dénonce pas, de peur de ternir l’honneur familial.

Concernant le mariage précoce, la Convention des Nations unies relative aux Droits de l’enfant a, certes, demandé aux pays de relever l’âge minimum du mariage, notamment pour les filles, afin qu’il soit le même que pour les garçons. Les statistiques disponibles sur les grossesses précoces montrent que le problème se pose dans tous les pays de la région. À Madagascar au moment de ce rapport, les données existantes révèlent une proportion de 27,9% chez les 15-19 ans. Ces grossesses peuvent s’expliquer par la relative précocité des relations sexuelles et le manque d’information. Ces grossesses se terminent parfois par un avortement clandestin.

Le travail des enfants comme domestiques pudiquement appelés « mpanampy » ou aide familiale est une pratique courante à Madagascar et aux Comores. La pauvreté associée à une législation permissive est en partie responsable de cette situation. Ce qui, au départ, était une forme de placement évolue souvent vers de l’exploitation pure et simple, étant donné le nombre d’heures de travail et le caractère pénible de certaines tâches assignées aux enfants-domestiques. Les groupes de réflexion de certains pays de la zone font état de violences préoccupantes, allant de la privation de nourriture aux retenues sur salaire en passant par les interdictions de sortie, les coups et blessures, et les abus.

« L’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales » couvre, enfin, plusieurs domaines comme la traite d’enfants, la prostitution, la pornographie mettant en scène des enfants, et le tourisme sexuel. À la date de parution du premier rapport de l’ODEROI, seuls Madagascar et Maurice ont réellement tenu compte de ce problème dans leur politique nationale de protection de l’enfance. Les études qualitatives y montrent que l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales est plus visible chez les filles, n’étant encore qu’à un stade émergent chez les garçons. Et que la demande locale est bien réelle, car il serait trop simplificateur de tout mettre sur le compte du tourisme international.

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