Notes du passé

Les Tanàm-panjakana pour renforcer l’ordre merina

«ÀRanomafana, Rainizoronia, commandait le territoire des Tsimanolo qui comprenait six gros villages, donc six garnisons de vingt soldats betsimisaraka chacune », écrit l’historien Manassé Esoaveloman­droso dans Les villages administratifs dans le pays betsimisaraka à la fin du XIXe siècle, en parlant du deuxième type de tanàm-panjakana ou villages-centres (lire précédente Note).

Ces villages-centres, caractérisés par l’intrusion permanente, dans l’univers villageois, des soldats perçus comme les agents de l’autorité royale, sont de deux sortes. La première comporte les villages-garnisons où les Betsimisaraka n’ont en face que des soldats betsimisaraka. La deuxième est formée des chefs-lieux de canton où les populations locales sont soumises à l’autorité d’un officier merina à demeure. Ce dernier est surtout chargé de collecter le isam-pangady, impôt qui frappe chaque travailleur de la terre, de répartir en différents groupes ses administrés afin que tout le monde participe au transport des colis royaux, de veiller à la bonne marche de l’école et du temple, de créer un marché.

Le dernier type de villages administratifs merina en pays betsimisaraka, est né du transfert de populations obligées de quitter leurs hameaux pour venir habiter dans les villages choisis par les autorités militaires. Selon l’auteur, le cas le plus extrême se produit en 1893 quand Rantoandro, commandant de Mahavelona, décide de regrouper tous les habitants de sa circonscription, dans cinq gros villages. Dans chacun de ces « villages de regroupement », une garnison commandée par des officiers merina représente l’autorité royale. « Villages-étapes, villages-centres et villages de regroupement apparaissent comme autant de manifestations de l’emprise de l’administration merina en pays betsimisaraka. »

Ces villages administratifs sont parfois présentés comme « le signe de l’efficacité administrative ou celui de l’action civilisatrice de l’oligarchie merina ». Pourtant, précise Manassé Esoavelomandroso, il est aussi possible de considérer leur existence comme la preuve des difficultés rencontrées par l’administration royale dans son désir de contrôler et de tenir la population betsimisaraka, et dans la volonté de lui faire accepter l’ordre qu’elle véhicule. Car, les trois types de tanàm-panjakana sont « autant de solutions inventées pour amener les Betsimisaraka à bien exécuter le fanompoana, services de tous ordres qu’un sujet doit à sa souveraine ».

À la fin du XIXe siècle, le transport des colis royaux est un « fanompoana lourd ». L’auteur signale qu’à cette époque, surtout à partir de 1890, le Premier ministre Rainilai­arivony se prépare à une guerre contre la France qu’il juge inévitable. Il commande alors des armes et des munitions dont le transport mobilise les Betsimisaraka pendant plusieurs années. Et c’est pour bien l’exécuter que les villages-étapes sont organisés.

Mais devant l’accroissement du volume et du nombre des entan’andriana, affaires ou caisses royales, les jadona ou tetezanolona sont débordés. Il devient alors nécessaire d’organiser les « villages-centres » afin qu’à tout moment, des contingents d’hommes valides soient disponibles et puissent transporter d’un lieu à un autre, les lots qui leur sont confiés.

Cependant, parfois les jadona sont maltraités par les Tsimandoa ou, ayant épuisé leurs vivres, ils abandonnent leur poste dans les villages-étapes. Quelquefois aussi, les garnisons des villages-centres n’arrivent pas à réunir les contingents qui doivent fournir les hameaux satellites dans la mesure où « les hommes fuient à l’approche des envoyés royaux, ou bien émigrent vers l’intérieur, en pays sihanaka, ou vers le Nord, dans la région de Mandritsara ». Pour apporter une solution définitive à ce problème du transport des colis royaux, les autorités merina décident de « fixer les Betsimisaraka dans un nombre restreint de villages », sur lesquels elles pensent pouvoir exercer une surveillance continuelle et efficace.

Pourtant, fait remarquer l’historien, toutes ces mesures ne semblent pas avoir atteint le résultat escompté puisqu’en 1894 comme en 1890, les Tsimandoa sont obligés d’attacher les six à huit porteurs de mail, anglais ou français, avec deux cordes une à leur taille, la deuxième à leur cou. Le but est « de les empêcher de s’enfuir ». L’auteur note que le mail est hebdomadaire, un service Antananarivo-Toamasina, et un autre dans le sens inverse. Finalement, « l’existence des tanàm-panjakana révèle beaucoup plus les difficultés de l’administration royale à maintenir les Betsimisaraka dans l’obéissance que son efficacité ».

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