Sur le thème de l’abandon


BAATAN. En mars 1942, les troupes japonaises chassaient les Américains des Philippines. Craignant que le général MacArthur ne soit capturé par les Japonais, le président américain Franklin D. Roosevelt ordonna à MacArthur de rejoindre l’Australie. Ce faisant, Douglas MacArthur abandonnait à leur sort des milliers de soldats, américains et philippins, qui cependant continuèrent le combat avant de finalement capituler : Bataan (avril 1942),Corregidor (mai 1942). Les 76.000 prisonniers (66.000 Philippins, 10.000 Américains) furent obligés d’entamer une « marche de la mort» de 106 km, depuis la péninsule de Baatan jusqu’au camp d’internement O’Donnell : 2500 Philippins et 500 Américains périrent en cours de route. Entre-temps, arrivé sain et sauf en Australie avec sa famille, MacArthur fit la fameuse promesse : «I shall return». Le 20 octobre 1944, il s’empressa d’annoncer «I have returned», alors qu’il mettait à nouveau le pied sur le sol philippin. HARKIS. Les Harkis étaient le nom donné aux auxiliaires de l’armée française qui ont fait les deux «guerres mondiales» et celle d’Indochine aux côtés des Français. Estimés à 300.000, ils ont également servi pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), comptant jusqu’à 1 million de personnes avec leurs familles. Après les accords d’Évian du 18 mars 1962, les Français de souche européenne sont rapatriés, tandis que les Harkis, qui ont pourtant lié leur sort à la France, sont abandonnés sur place et livrés à la vindicte des Algériens qui voient en eux des traîtres et des «collabos». La répression débute le 5 juillet 1962 à Oran et on estime de 55.000 à 75.000 les Harkis ou membres de leurs familles torturés ou tués. Si 42.500 hommes et une partie de leurs familles avaient été exfiltrés clandestinement, le président français François Hollande reconnut les «responsabilités de la France dans l’abandon des Harkis», cinquante quatre ans après les faits, le 25 septembre 2016. TROMELIN. Sur «l’îlot de solitude, particule élémentaire d’un infini maritime, confetti inhabité et hostile d’un kilomètre carré», une stèle commémorative est érigée depuis le 16 avril 2013 : «À la mémoire des 80 esclaves malgaches de L’Utile (31 juillet 1761) qui furent abandonnés durant 15 années sur cette île déserte. Sept femmes et un enfant survécurent et furent secourus le 29 novembre 1776, par l’enseigne de vaisseau Jacques Marie de Tromelin qui donna son nom à l’île». Cette plaque rappelle qu’après un naufrage, dans la nuit du 31 juillet 1761, cent vingt-deux Français quittent l’île à bord d’une embarcation de fortune que les esclaves avaient aidé à construire. Le « silence accablant » de ces derniers allait hanter le capitaine en second, Barthélémy Castellan du Vernet, qui avait pris la direction des opérations. Les Français survivants purent rallier Foulpointe, avant d’être conduits à l’île de France (future île Maurice), où Castellan du Vernet fit part au Gouverneur des «obligations que nous avions aux noirs que nous avions été forcés à regret d’abandonner». Bien des années plus tard, le 13 septembre 1772, il écrivit une dernière lettre au ministre de la Marine, sans doute pour soulager sa conscience : «l’humanité m’engage à vous faire part»...
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