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Épidémie : La saison de peste débute

Inconsciemment, nous invitons nous-mêmes, la maladie à nous atteindre par la pratique des feux de brousse et l’éparpillement des déchets.

LES épidémies s’enchaînent à Madagascar. Après la rougeole, l e s risques de la recrudescence de la peste sont devenus sérieux. Tous les facteurs qui contribuent à la propagation de la maladie ne sont pas maîtrisés, malgré les multiples réunions focalisées sur la prévention de la peste, ces dernières semaines.

L’appel solennel du chef de gouvernement Christian Ntsay, sur la nécessité des efforts dans la lutte contre les feux de brousse reste vain. Les feux de brousse s’amplifient. Les espaces brûlés, forêt ou non forêt, s’étendent sur plusieurs superficies dans les régions de Bongolava, de Vaki­nan­karatra, d’Itasy, d’Amoron’i Mania, d’Alaotra Mangoro, ou encore d’Analamanga.

Ce qui présente une menace à l’apparition de la peste bubonique. La forêt est l’habitat naturel des rats sauvages, réservoir de la peste, et lorsqu’elle est détruite, ces rongeurs se déplacent et se rapprochent de l’homme. L’insalubrité de notre habitat les attire.

Dans la capitale, dans les périphéries, ou dans la brousse, les ordures qui s’empilent ici et là ne préoccupent personne. D’un côté, les habitants ne se gênent pas à jeter leurs déchets et leurs ordures ménagères, un peu partout. De l’autre coté, les autorités responsables n’assurent pas leur fonction.

À Namontana, entre au­tres, les ordures dans les bacs n’ont pas été ramassées depuis des mois. Le Service autonome du maintien de la ville d’Antananarivo (Samva) se justifie par un problème logistique. Il ne disposerait que d’une dizaine de camions opérationnels, alors qu’il en faudrait au moins quarante, pour vider les bacs des cent quatre vingt dix fokontany, quotidiennement.

Et la commune urbaine d’Antananarivo qui devrait curer les canaux d’évacuation et assainir tous les coins des quartiers, reste bras croisés. Sur le long de la route d’Anosibe, en tout cas, les rats dansent sur les immondices qui n’ont pas été enlevées depuis des mois.

En dehors de la ville, comme à Iavoloha, à Andoha­ranofotsy, à Ambohimalaza, ou à Alasora, les communes ne disposent ni de lieux de décharges ni de véhicules de transports d’ordures. On ne s’étonne pas, si les déchets s’éparpillent en tous les lieux dans ces communes.

Treize cas non confirmés

Aucune leçon n’a été tirée de l’épidémie de peste urbaine qui a occasionné deux cents morts et plus de deux mille malades, entre septembre 2017 et avril 2018.

Beaucoup ne se sentent pas concernés par cette lutte, et laissent sur les épaules du ministère de la Santé publique la responsabilité d’arranger les choses. «Certaines autorités attendent qu’on dirige leur mission avant d’agir. Mais même s’il s’agit d’un domaine qui touche la santé, notre ministère ne doit pas être le premier ou le seul responsable », confie une source auprès du ministère de la Santé publique.

Le ministère du Transport est, par exemple, chargé de la traçabilité des passagers des véhicules de transport en commun, des zones régionales et nationales, par l’application du manifold. Mais jusqu’au moment où nous nous mettons sous presse, ceci n’est pas toujours opérationnel. Des responsables de gare routière indiquent même qu’ils n’ont reçu aucune instruction sur cette mesure.

Côté pratique, des responsables de coopérative notent que la mission est difficile, des voyageurs refusent de coopérer. « Ils ne donnent qu’un minimum d’information », apprend-t-on d’une source à Andohatapenaka. L’identité des passagers, leur contact et leur adresse, facilite la lutte contre la propagation de la peste pulmonaire, très contagieuse et mortelle.

Un pestiféré à bord d’un taxi-brousse reliant Antanana­rivo à Toamasina, qui a succombé à Moramanga, a contaminé ses voisins de siège et a entraîné l’épidémie de peste dans cette ville portuaire.

Vigilant, le ministère de la Santé publique s’active dès l’apparition d’un cas suspect. Il a, notamment, procédé, à la désinfection des villages d’Amboanana Arivonimamo, de Faratsiho et d’Ambato­mirahavavy, où treize cas suspects et non confirmés par l’Institut Pasteur de Madagascar, ont été notifiés.

Ses agents ont assuré la prise en charge des malades et la distribution de médicaments de prévention à toutes les personnes qui sont entrées en contact avec les malades. L’engagement social de tout un chacun est très sollicité.