La majorité des sujets de Ranavalona Ire approuvent sa politique antieuropéenne. De même que les efforts militaires que la défaillance de l’Armée risque de compromettre. Certes, « la reine incarnait l’opposition à la colonisation dont les dangers étaient apparus à Radama Ier, mais son despotisme était mal supporté par ces ‘borizano’ qui aspiraient, plus ou moins consciemment, à une vie meilleure » (« His toire de Madagascar », ouvrage destiné aux élèves des classes Terminales, 1967). Les impôts et la corvée sont, en effet, durement ressentis par le peuple. La sévérité des châtiments, la dureté de la souveraine toujours prête à croire les délateurs, effrayent les paysans de son royaume. De plus, un véritable conflit de générations oppose les fidèles de la reine à la jeunesse formée du temps de Radama Ier. « Ceux qui avaient reçu une instruction à Tananarive ou en Angleterre étaient suspects. »C’est autour du prince Rakoto, futur Radama II, de Raharo et de Rainilaiarivony, les fils du Premier ministre Rainiharo mort en 1852, que se groupent les mécontents. Dans sa naïveté, écrivent les auteurs de l’ouvrage d’Histoire, le jeune prince n’aperçoit pas la cupidité de Lambert et des traitants, et il pense être en mesure, grâce à eux, de réaliser rapidement « l’âge d’or ». Il n’hésite pas à solliciter une intervention étrangère que les réformateurs malgaches finissent par souhaiter. « Trois années passèrent après l’exclusion des étrangers, pendant lesquelles le despotisme de Ranavalona continua. » La souveraine tourne le dos le 16 août 1861. Malgré les avertissements de ses fidèles, elle laisse le pouvoir à « ce fils si différent d’elle ». En fait, l’avènement de Radama II marque l’échec définitif du clan Tsimahafotsy et donne le pouvoir à Raharo. Le précepteur du prince Rakoto, Raombana « dont le Journal commencé sous Ranavalona, est un document de première importance », son frère Rahaniraka et tous ceux qui ont souffert du despo ti sme de l a reine dé fun te, connaissent alors un immense espoir. « Mais les décisions du nouveau roi allèrent au-delà de tout ce que ses amis avaient imaginé. » Ainsi, la libération des chrétiens et la restauration du christianisme suivent la proclamation de la liberté de pensée et de culte. Les missionnaires anglais reviennent après une absence de près de vingt ans, les missionnaires français, catholiques, pénètrent à leur tour à Antananarivo, les commerçants se réinstallent… « Ces Européens s’affrontèrent vite dans le contexte de l’antagonisme de leur pays respectif. » Jean Laborde, rappelé par Radama II, soutient les R.P. Finaz et Webber contre le missionnaire anglais Ellis de la London Missionary Society. Au même moment, les traitants étrangers obtiennent l’appui de leurs gouvernements. Lambert obtient du roi la confirmation « des privilèges exorbitants qu’il avait osé demander six ans plus tôt ». Napoléon III reconnait « le Roi de Madagascar » en septembre 1862 et Jean Laborde devient consul de France. Et si le commerçant anglais Caldwell obtient avec l’appui de l’Angleterre, des privilèges commerciaux très importants, la balance parait pourtant pencher du côté de la France. Le bouleversement de l’ordre traditionnel et de la hiérarchie sociale suit l’abolition de la corvée et la disparition des privilèges. Radama II, en supprimant les ressources de l’État rend impossible le gouvernement du royaume. « Le désordre et la confusion régnèrent vite dans cette société qui n’était pas mûre pour une révolution aussi totale. » Les grands dignitaires qui ont favorisé l’avènement de Radama, se détachent de lui. Les Menamaso que certains historiens considèrent comme « les Andriana d’Atsimondrano ennemis de ceux d’Avaradrano », qui ont partagé les « plaisirs de jeunesse » du prince Rakoto, profitent de son affection pour accéder aux plus grands honneurs et abusent à leur tour du pouvoir. « L’indignation du peuple ne les arrêta point ! » Une véritable guerre civile oppose pendant deux jours les Menamaso et les partisans du Premier ministre qu’ils ont gravement offensé. La défaite des Menamaso est suivie de la défaite de l’assassinat de Radama, le 11 mai 1863. Sa cousine et première épouse, la princesse Rabodo, monte sur le trône et prend le nom de Rasoherina. Afin de calmer l’agitation qui règne parmi le peuple, les Andafy-Avaratra, ceux qui sont au Nord du Rova d’Antananarivo, et leurs partisans font accepter à la princesse Rabodo une charte par laquelle l’abolition de l’épreuve du tanguin et la liberté de religion pour tous sont maintenus. La future reine annonce cependan t une politique de fermeté en face des Européens. Elle accepte le principe du partage du pouvoir avec les représentants du peuple. « En vérité, les grands personnages du royaume qui se prétendaient les ‘chefs du peuple’, s’émancipaient de la tutelle royale. » Le couronnement a lieu le 30 août 1863. Pendant un an, le Premier ministre Raharo s’efforce de rétablir la paix intérieure et de contenir les appétits étrangers. Il devient vite un véritable despote.
La majorité des sujets de Ranavalona Ire approuvent sa politique antieuropéenne. De même que les efforts militaires que la défaillance de l’Armée risque de compromettre. Certes, « la reine incarnait l’opposition à la colonisation dont les dangers étaient apparus à Radama Ier, mais son despotisme était mal supporté par ces ‘borizano’ qui aspiraient, plus ou moins consciemment, à une vie meilleure » (« His toire de Madagascar », ouvrage destiné aux élèves des classes Terminales, 1967). Les impôts et la corvée sont, en effet, durement ressentis par le peuple. La sévérité des châtiments, la dureté de la souveraine toujours prête à croire les délateurs, effrayent les paysans de son royaume. De plus, un véritable conflit de générations oppose les fidèles de la reine à la jeunesse formée du temps de Radama Ier. « Ceux qui avaient reçu une instruction à Tananarive ou en Angleterre étaient suspects. »C’est autour du prince Rakoto, futur Radama II, de Raharo et de Rainilaiarivony, les fils du Premier ministre Rainiharo mort en 1852, que se groupent les mécontents. Dans sa naïveté, écrivent les auteurs de l’ouvrage d’Histoire, le jeune prince n’aperçoit pas la cupidité de Lambert et des traitants, et il pense être en mesure, grâce à eux, de réaliser rapidement « l’âge d’or ». Il n’hésite pas à solliciter une intervention étrangère que les réformateurs malgaches finissent par souhaiter. « Trois années passèrent après l’exclusion des étrangers, pendant lesquelles le despotisme de Ranavalona continua. » La souveraine tourne le dos le 16 août 1861. Malgré les avertissements de ses fidèles, elle laisse le pouvoir à « ce fils si différent d’elle ». En fait, l’avènement de Radama II marque l’échec définitif du clan Tsimahafotsy et donne le pouvoir à Raharo. Le précepteur du prince Rakoto, Raombana « dont le Journal commencé sous Ranavalona, est un document de première importance », son frère Rahaniraka et tous ceux qui ont souffert du despo ti sme de l a reine dé fun te, connaissent alors un immense espoir. « Mais les décisions du nouveau roi allèrent au-delà de tout ce que ses amis avaient imaginé. » Ainsi, la libération des chrétiens et la restauration du christianisme suivent la proclamation de la liberté de pensée et de culte. Les missionnaires anglais reviennent après une absence de près de vingt ans, les missionnaires français, catholiques, pénètrent à leur tour à Antananarivo, les commerçants se réinstallent… « Ces Européens s’affrontèrent vite dans le contexte de l’antagonisme de leur pays respectif. » Jean Laborde, rappelé par Radama II, soutient les R.P. Finaz et Webber contre le missionnaire anglais Ellis de la London Missionary Society. Au même moment, les traitants étrangers obtiennent l’appui de leurs gouvernements. Lambert obtient du roi la confirmation « des privilèges exorbitants qu’il avait osé demander six ans plus tôt ». Napoléon III reconnait « le Roi de Madagascar » en septembre 1862 et Jean Laborde devient consul de France. Et si le commerçant anglais Caldwell obtient avec l’appui de l’Angleterre, des privilèges commerciaux très importants, la balance parait pourtant pencher du côté de la France. Le bouleversement de l’ordre traditionnel et de la hiérarchie sociale suit l’abolition de la corvée et la disparition des privilèges. Radama II, en supprimant les ressources de l’État rend impossible le gouvernement du royaume. « Le désordre et la confusion régnèrent vite dans cette société qui n’était pas mûre pour une révolution aussi totale. » Les grands dignitaires qui ont favorisé l’avènement de Radama, se détachent de lui. Les Menamaso que certains historiens considèrent comme « les Andriana d’Atsimondrano ennemis de ceux d’Avaradrano », qui ont partagé les « plaisirs de jeunesse » du prince Rakoto, profitent de son affection pour accéder aux plus grands honneurs et abusent à leur tour du pouvoir. « L’indignation du peuple ne les arrêta point ! » Une véritable guerre civile oppose pendant deux jours les Menamaso et les partisans du Premier ministre qu’ils ont gravement offensé. La défaite des Menamaso est suivie de la défaite de l’assassinat de Radama, le 11 mai 1863. Sa cousine et première épouse, la princesse Rabodo, monte sur le trône et prend le nom de Rasoherina. Afin de calmer l’agitation qui règne parmi le peuple, les Andafy-Avaratra, ceux qui sont au Nord du Rova d’Antananarivo, et leurs partisans font accepter à la princesse Rabodo une charte par laquelle l’abolition de l’épreuve du tanguin et la liberté de religion pour tous sont maintenus. La future reine annonce cependan t une politique de fermeté en face des Européens. Elle accepte le principe du partage du pouvoir avec les représentants du peuple. « En vérité, les grands personnages du royaume qui se prétendaient les ‘chefs du peuple’, s’émancipaient de la tutelle royale. » Le couronnement a lieu le 30 août 1863. Pendant un an, le Premier ministre Raharo s’efforce de rétablir la paix intérieure et de contenir les appétits étrangers. Il devient vite un véritable despote.