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Rivo Rakotovao – « L’opposition est indispensable à la démocratie »

«  Les  pouvoir  veut  créer  une  démocratie  de  façade  ».

Après son mandat comme président du Sénat, Rivo Rakotovao reprend pleinement sa casquette de coordonnateur national du «Hery vaovao ho an’i Madagasikara» (HVM). L’ancien parti au pouvoir, justement, se veut être la tête de gondole du mouvement d’opposition Groupe Panorama. Durant un entretien à l’issue d’une journée bloquée au siège du parti HVM, à Andraharo, samedi, l’ancien chef d’institution explique les objectifs de ce Groupe d’opposition. Il parle, aussi, de ce qui le différencie de l’autre plateforme d’opposition RMDM.

L’Express de Madagascar. Après quelques mois de silence, le Groupe Panorama refait surface. Vous venez de tenir une journée bloquée, pour quelles raisons?

C’est surtout pour accorder nos violons. Pour voir quelles sont les valeurs et les principes qui nous rassemblent, puisque nous sommes une entité qui réunit divers partis ayant chacun leurs principes et leur façon de faire de la politique. Il y en a qui existent depuis plus de trente ans, d’autres sont récents. À l’instar des partis qui sont au sein d’une coalition pour soutenir le pouvoir, nous, ce qui nous rassemble c’est l’opposition au pouvoir après le constat des dérives par rapport à la démocratie et la conduite discutable des affaires publiques et économiques.

Pourquoi s’allier au sein d’un autre groupement politique, alors qu’il y a déjà un autre, le RMDM, qui est très actif?

Il n’y a pas de contradiction. Au contraire, il devrait y avoir une complémentarité. C’est la raison pour laquelle l’opposition n’a pas pu se structurer du temps de l’ancien président Rajaonarimampianina puisqu’elle s’est cherchée un leader. Ce n’est pas possible d’enfermer différents partis politiques dans un seul vase avec un seul chef. Cela peut, probablement, se faire sur le plan administratif, mais ce n’est pas pour autant que l’opposi­tion doit être réduite à cela et que cela devienne une obsession.

La mise en vigueur de la nouvelle loi sur l’opposition qui institue l’opposition officielle au sein du Parlement semble alors décrisper le jeu d’opposition extraparlementaire.

Non, le pouvoir veut créer une démocratie de façade. Il a taillé à sa mesure les règles du jeu, pour avoir «une opposition manarapentira». Pour avoir l’opposition qu’il veut. L’idée est que seule l’opposition officielle pourra participer au jeu politique. Pour nous, c’est un recul dangereux par rapport aux libertés d’expression et d’opinion. C’est la raison d’être du Groupe Panorama. C’est ce qui nous a poussé à nous rassembler. Pour dénoncer ce genre de dérive. Il ne faut pas oublier que l’opposition est indispensable à la démocratie. L’opposition en est le pilier. Imaginez-vous à quoi ressemble un pays sans opposition politique? La loi doit être impersonnelle. Ce texte est, par ailleurs, lié à la loi sur les partis politiques. Et il y a, aussi, la Constitution en dessus.

Certes, mais la coïncidence avec le réveil du Groupe Panorama et l’adoption de la nouvelle loi sur l’opposition qui dit qu’il n’y aura pas de chef de l’opposition hors du Parlement intrigue. D’autant plus qu’il semble y avoir eu une concurrence de leadership de l’opposition avec le RMDM présidée par l’ancien président Ravalo­manana. Au sein du Groupe Panorama, c’est le HVM qui est sous les projecteurs.

Le Groupe Panorama a son propre calendrier. Nous avions préparé cette réunion depuis quelque temps. Après vis-à-vis du RMDM, je dirais que la pratique politique et le principe sont les mêmes. Les deux entités s’opposent au pouvoir. Pour notre part, nous ne sommes pas dans une logique de rivalité. Comme je l’ai dit auparavant, le propre de la politique ne permettra pas de rassembler l’opposition sur une seule ligne. Avoir plusieurs fronts d’opposition peut être une bonne chose tant que tous restent fidèles à la valeur de base qu’est l’opposition au pouvoir. Le risque est que certains brisent les rangs en contrepartie de sièges. C’est pour cela que dans notre résolution d’aujourd’hui [samedi], nous avons convenu que nous n’entrerions pas dans le pouvoir sauf accord politique.

Qu’entendez-vous par accord politique?

Pour ne pas s’y méprendre, je tiens à préciser que notre objectif n’est pas d’avoir des sièges au sein du pouvoir. L’expérience de 2018 démontre, d’autant plus, qu’une cohabitation politique n’est pas bonne dans la conduite des affaires étatiques. Il faut, aussi, faire la différence entre accord politique et ouverture politique qui est une démarche unilatérale du pouvoir pour partager des sièges. Un accord politique est autre chose. C’est une démarche de résolution d’une crise. Elle résulte d’une concertation pour définir les règles du jeu et dont la finalité sera des élections.

« Le fait que l’État tend à être autoritaire est déjà le signe d’une crise. »

Vous soulevez le mot crise. À quel genre de crise faites-vous référence?

Rien que l’image que renvoie le pouvoir est déjà un indicateur de crise. Le fait de laver son linge sale en public est déjà le signe de l’existence d’une crise. Le fait qu’un député de la majorité et un ministre s’invectivent en public est alarmant. Après, il y a le mode de gouvernance. Tous les indicateurs économiques sont en baisse. Si nous regardons la déclaration d’Abidjan, elle retrace tout ce que l’opposition réclame depuis 2019. Le fait que l’État tend à être autoritaire est déjà le signe d’une crise. Il ne faut pas attendre des manifestations publiques et des violences pour prendre conscience qu’il y a une crise.

Justement, dans notre vécu politique, une crise c’est lorsqu’il y a des mouvements populaires et des violences.

Les indicateurs d’une crise, pour nous au sein du Groupe Panorama, ce sont ces exemples que j’ai soulevés. Les manifestations et les violences n’en sont les conséquences lorsqu’un pouvoir refuse d’écouter et s’entête dans une mauvaise voie. J’en reviens à votre question sur l’accord poli tique. C’est l’aboutissement d’une crise. Aux tenants du pouvoir de changer de démarche pour renverser cette tendance crisogène. Pour notre part, nous sommes dans une posture de dénonciation, de revendication. Nous revendiquons le respect de la diversité d’opinion. Nous dénonçons les dérives et ce qui ne va pas pour amener à une amélioration de la gestion des affaires étatiques.

Qu’est ce qui différencie le Groupe Panorama et le RMDM donc?

La démarche, probablement. Vous parlez du HVM. Nous avons initié le mouvement et suggéré des idées, effectivement. Mais chaque membre garde son autonomie. Nous sommes convaincus qu’il est mieux d’avoir plusieurs fronts d’opposition pour une diversité d’idées et de démarche menant vers un même objectif.

Le Groupe Panorama est-elle une entité dont la vocation est d’aligner un candidat unique à la prochaine élection présidentielle?

C’est une toute autre question. Cela implique que chaque membre concède à abandonner son autonomie au profit d’une démarche de groupe. Le Groupe Panorama n’en est pas là. C’est peut-être ce qui le différencie d’autres groupes d’opposition. Nous au sein du HVM, par exemple, avions déjà affirmé que nous aurons notre propre candidat à la présidentielle. Nous ne cherchons pas l’idéal. Nous travaillons d’abord sur ce qui nous rassemble. Après, dans l’avenir, nous verrons et cela implique un autre accord. Pour l’heure, la bataille qui nous rassemble est la révision du cadre juridique et institutionnel des élections.

La prochaine élection présidentielle reste donc un objectif pour le HVM?

Nous nous préparons pour les élections, effectivement. Nous ne nous en cachons pas, même au sein du Groupe Panorama. Je le réitère, cependant. Nous revendiquons une réforme du cadre juridique et institutionnel des élections dans une démarche inclusive. Il y a, notamment, le plafonnement des fonds de campagne au nom du principe d’équité électorale. L’élection est le summum de la démocratie. Le HVM défend toujours le processus électoral et l’alternance démocratique. Seulement, nous ne pouvons pas accepter une démocratie de façade.

Le HVM, lorsqu’il a été au pouvoir, a une part de responsabilité dans ces failles du cadre juridique et institutionnel des élections. Vous ne pouvez pas dire le contraire.

Je ne m’en cache pas. Seulement, la conduite de la vie de la nation consiste à améliorer constamment ce qui ne va pas. Les répliques du type, pourquoi ne l’avez vous pas fait lorsque vous étiez au pouvoir, n’est pas une démarche responsable. Nous ne sommes pas dans une cour d’école. Ces failles et manquement pourraient, aussi, être une raison pour laquelle nous avons été sanctionnées par une défaite électorale.

Le HVM a boycotté les dernières élections, comme les sénatoriales. Vous revendiquez une amélioration du processus électoral. Si vous n’obtenez pas gain de cause, l’abstention est-elle toujours une option?

C’est une voie, mais pas un objectif. Nous concentrons, pour l’instant, nos efforts politiques à cette revendication qu’il y a des améliorations nécessaires à faire dans l’organisation des élections. C’est la raison pour laquelle nous nous regroupons au sein d’une plateforme pour avoir plus d’écho. Il y a un risque de verrouillage du système électoral. Si les choses ne changent pas, l’abstention peut, éventuellement, être une façon d’affirmer notre désaccord. Mais ce n’est qu’une éventualité. C’est une option, mais l’option préférentielle.

« Le fait de laver son linge sale en public est déjà le signe de l’existence d’une crise ».

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