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Chronique

Présomption d’exploit

Avec 729 villes qui ont déjà accueilli le Tour de France depuis 1947, les organisateurs ont encore déniché dix autres qui auront droit à une publicité planétaire pour l’édition 2021. Heureusement. Parce que la France n’est pas que Paris, sa Tour Eiffel ou la patrouille de France survolant les Champs-Élysées.

Le Tour de France est beau. Jusqu’à ce qu’il arrive justement dans Paris. Avant, on a tout loisir d’admirer le charme de villes anciennes escarpées, d’apprendre l’histoire de monuments hors des sentiers battus, de découvrir la possibilité d’un Tour de France parallèle, par les spécialités gastronomiques du terroir: la galette saucisse de Bretagne, à l’étape du 30 juin, les diots de Savoie (4 juillet), ou le pâté en croûte national (14 juillet).

Sur le plan sportif, le classement général est gelé la veille de l’arrivée sur les Champs-Élysées. Cette dernière étape en ligne n’est plus qu’une formalité protocolaire. Balade touristique avant l’anecdotique sprint final qui n’intéresse que les collègues de Mark Cavendish.

Elle était autrement belle l’image de l’arrivée 1979. Avec l’iconique Peugeot 504 (les voitures actuelles, au design fade et uniforme, ne deviendront jamais collector) dans le sillage des deux premiers au général qui avaient faussé compagnie au peloton. Le Maillot jaune Bernard Hinault finira au sprint devant son dauphin Joop Zoetemelk, à 13 minutes au général, mais qui avait tenté le coup pour le panache.

D’ailleurs, le chauvinisme français évoque sans cesse Raymond Poulidor dans le rôle du «magnifique perdant» alors que Joop Zoetemelk a fini deuxième du Tour de France à six reprises (1970, 1971, 1976, 1978, 1979, 1982), ayant eu le malheur d’affronter successivement Eddy Merckx et Bernard Hinault.

En 1989, cette ultime étape en contre-la-montre fut l’occasion d’un dernier rebondissement dramatique quand Greg Lemond arracha la victoire finale pour huit secondes, en parcourant les 24,5 km entre Versailles et Paris à la vitesse moyenne de 54,545 kmh. Rejoignant ce précédent dans la légende du Tour, un autre contrela-montre renversant s’était couru en 2020, entre Lure et La Planche des Belles Filles. Filant à 39,5 kmh de moyenne, Tadej Pogacar a comblé 57 secondes de retard au général pour s’adjuger in extremis le Maillot jaune.

Emmené par Hinault et Zoetemelk, le peloton de 1979 a couru à une moyenne de 36,513 kmh. Le Tour le plus controversé, celui de 2005 qui a vu Armstrong déchu et deux autres coureurs du Top 10 disqualifiés, avait établi une moyenne à 41,654 kmh, la plus rapide jusqu’aux 41,61 kmh de l’édition 2020.

Mais, avec les années, la vitesse moyenne a régulière­- ment augmenté: 35 kmh à l’époque de Merckx, jusqu’à 38 kmh avec la génération Hinault, déjà 39 kmh durant le règne d’Indurain, pour se stabiliser à 40 kmh depuis 2003. Avec des pointes à 41,654 kmh (2005, avec Armstrong), 40,995 kmh (2017, avec Froome).

Finalement, le gain de 5 kmh, entre 1969 et 2021, peut s’expliquer par une meilleure préparation physique, un meilleur travail d’équipe et des distances plus courtes (on est passé de 4100 km en 1969 à 3482 km en 2021). Ou tout bêtement, un meilleur revêtement de la chaussée. Mais, les avancées les plus notables concernent le matériel: un vélo en carbone plus léger (qu’on change même en plein contre-la-montre selon la configuration du terrain), des pneumatiques à moindre frottement, des combinaisons aérodynamiques. Le contre-la-montre victorieux de 1989 avait laissé l’image forte de ce vélo révolutionnaire (guidon de triathlon et roue lenticulaire), étrenné par Greg Lemond et qu’adoptera par la suite l’ensemble du peloton.

En 1979, le «Blaireau» avait trusté sept victoires d’étape sans qu’on se pose des questions. Auparavant, cinq années durant, Eddy Merckx, justement surnommé «Le Cannibale» avait monopolisé tous les maillots mis en jeu, confortant sa statue de Commandeur. Aucune raison de soupçonner a priori une tricherie derrière chaque exploit, à moins de faire monter sur le podium les retardataires du grupetto.

Rideau sur la liesse populaire. Des analyses pointues auront tout le temps de se pencher sur les vitesses maximales dans les descentes (près de 100 kmh), la vitesse moyenne du vainqueur (41,16 kmh en 2021), la vitesse dans les grands cols (49 minutes pour Pogacar entre le col de Romme et celui de la Colombière). En attendant le retour du Tour. Et la magie qui opère toujours.

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