Editorial

Chambre de basse manœuvre

Un plébiscite. Jamais une élection à l’Assemblée nationale n’a été aussi unanime. Même à l’époque de Ratsiraka où l’Assemblée était plus que jamais croupion on n’a jamais eu droit à un score stalinien. Il y a toujours eu au moins un vote blanc ou nul pour donner un semblant de crédit au scrutin. Même les députés TIM ont voté tous en faveur du candidat de l’IRD à la présidence de l’Assemblée nationale. La veille pourtant, le TIM a reçu le récépissé du ministère de l’Intérieur lui donnant le statut officiel de parti d’opposition. De qui se moque-t-on ? On ne peut pas se déclarer opposant et suivre les yeux bandés la majorité quelle qu’en soit l’explication. Comment peut-on revendiquer le titre de chef de l’opposition et viser le septième siège de vice président de l’Assemblée nationale quand on est incapable d’assumer son statut ?

Qu’il s’agisse de la poursuite de la « collaboration » née au sein des soixante-treize députés sur la place du 13 mai il y a un an, cela ne regarde qu’eux mais il ne faut pas arnaquer l’opinion en se prétendant opposant. On voit mal désormais comment il peut y avoir des débats équilibrés à Tsimbazaza quand les présumés opposants dégonflent à la première escarmouche, à la première occasion en échange du titre ronflant de chef de l’opposition. On a beau avancer que l’opposition c’est dans le crâne, dans la force des idées, c’est d’abord et surtout dans le comportement, dans la logique des actions. On voit mal le TIM pouvoir servir de contre-poids à l’IRD mais on ne s’attendait pas à ce qu’il se prostitue au premier appel. D’aucuns avancent que c’est la continuité de la belle solidarité autour des Barea.

On est parti pour une chambre plus que basse. Une pensée unique, des débats à sens unique, des votes les yeux fermés. À moins que Christine Razanamahasoa mette en pratique son plan, celui de museler l’Exécutif. Une sorte de revanche pour l’un des fidèles de Rajoelina évincée sans aménités du gouvernement en janvier. Elle a annoncé la couleur en incitant ses pairs députés d’être des modèles et d’avoir à l’œil le gouvernement. D’emblée elle est passée à l’action en demandant au gouvernement de donner les moyens nécessaires aux députés pour qu’ils puissent assumer leur tâche. Entre autres les 4×4 que la précédente magistrature n’a jamais voulu leur octroyer. Que vont-ils faire si Rajoelina n’accède pas à leur demande ? Avec cent quarante sept députés, il est très facile de déposer une motion de censure contre le du Premier ministre ou une motion d’empêchement contre le président de la République. Une situation qui n’est pas sans rappeler le coup d’État institutionnel que ses propres députés ont infligé au président Albert Zafy en 1996. Qui l’eut cru ? L’histoire sera-t-elle un éternel recommencement ? La vengeance est un plat qui se mange froid. Razanamahasoa n’en disconvient pas. Le jour venu elle s’en délectera. On n’en est pas encore là mais tout change très vite en politique. Des situations impensables au départ deviennent des réalités en un rien de temps.
C’est dans ce schéma à la Hitchcock que l’opposition a un sens mais les députés TIM ne joueront pas le rôle principal. Les législatives se sont chargées de faire le casting à travers les urnes. Malheur aux vaincus.

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