Chronique de Vanf

Antananarivo : combien de Mille ?

La Ville des Mille. Le vrai Antananarivo est cette colline qui porte le Rova. C’est pour sa possession qu’Andrianjaka vint en déloger Andriampirokana. En 1610, dit-on, parce que l’histoire, pour être belle, doit garder sa part de fable et la possibilité d’une légende. Circa 1792, c’est pour la légitimité du tombeau d’Andriamasinavalona qu’Andrianampoinimerina et Andrianamboatsimarofy se disputèrent son Rova.
La Ville des Mille villages a depuis longtemps débordé de ses fossés défensifs. Brisé la roche d’Imarivolanitra pour donner naissance à Ambatovinaky. Continué jusqu’à Faravohitra qui ne sera cependant déjà plus la butte-ultime.
Antanàna-arivo, Antanàna-anivo : la Ville-centrale, Capitale-phare pour la campagne alentour qui va s’affadissant toujours davantage tandis que la Ville capte et accapare. Antananarivo et le désert merina : à la mort d’Andrianampoinimerina, en 1810, Antananarivo et Ambohimanga étaient encore de statut égal tandis que deux siècles plus tard, Antananarivo participe à Metropolis et qu’Ambohimanga demeure Commune rurale. Antananarivo et le désert malgache : où sont les meilleures écoles, où sont les meilleurs hôpitaux, où sont les principaux services publics ?
Antananarivo, île jadis entourée d’une mer de rizières, et qui s’accroche au passé de ses habitants dont certains se disaient encore «agriculteur» dans leur carte d’identité des premières années coloniales, 1896-1905, quand Gallieni exigea de chacun un travail «officiel». Antananarivo qui multiplie alors les niches d’un ambigu néologisme, «agriculture urbaine».
Antananarivo des Arivo lahy : ces premiers colons venus d’Avaradrano, accompagner Ramboasalama, d’abord roi d’Ambohimanga et roi d’Avaradrano, vers son destin d’Andrianampoinimerina, le prince-à-coeur-de l’Imerina. Ceux-là, dont les grands-pères tenaient encore l’angady à Ambohimanga, à Ambohidrabiby, à Ilafy, et qui formeront les ministères de 1881 ou se rendront en plénipotentiaires à Londres, Paris, Washington, Berlin, après moins de «quatre vingts ans d’influences européennes en Imerina» (cf. Georges-Sully Chapus). De cette homogénéité, les recensements en avaient longtemps attesté, surtout après la création d’un service statistique en 1947. L’INSRE était alimenté chaque année des données collectées au niveau des sous-préfectures, mais ce système a cessé de fonctionner en 1972. Depuis, on proclame des chiffres totem jamais mis à jour.
Les Tananariviens étaient 12.000 (en 1820), 43.028 (1896), 53.789 (1901), 117.489 (1939), 251.585 (1960), 325.000 (1968), 408.000 (1975), 653.611 (1982), 767.322 (1989)… Le RGPH ne trouvera pourtant que 710.236 habitants en 1993. Cette distorsion n’a rien d’étonnant entre «évaluations administratives», «estimations de croît naturel plus solde migratoire», «extrapolation à partir des recensements administratifs».
Le phénomène est une tendance lourde à l’échelle du Village Planétaire : que la moitié de la population mondiale vive dans des villes. Antananarivo est cependant saturée : sa source de Mandroseza, ses Tsena, ses rues, ses parkings, sa topographie, son espace vital, ses égoûts, ne sont pas indéfiniment extensibles à l’usage de plusieurs millions d’usagers : 2,61 millions estimait-on (INSTAT, UN) en 2015… Comment le savoir, comment gérer la situation, comment organiser aujourd’hui pour anticiper demain et éviter le Mur : c’est de cet outil fondamental de recensement constamment actualisé dont Antananarivo a urgemment besoin.
Annexes :
1820 : Début de la construction de Tranovola. Aménagements du Nord d’Anatirova. Environ 12.000 habitants dans la Capitale : (Didier Nativel, Maisons royales et demeures des grands à Madagascar. L’inscription de la réussite sociale dans l’espace urbain de Tananarive au XIXème siècle, Karthala, 2005, p.24).
Dans un rapport du 25 avril 1896, adressé au Ministre des colonies, le Résident Général Hippolyte Laroche donnait à titre indicatif les résultats d’un recensement non-officiel : 43.028 habitants à Antananarivo (dont 22.916 esclaves) : (Henri Vidal, L’arrêté du 26 septembre 1896 abolissant l’esclavage à Madagascar, in Annuaire des Pays de l’Océan Indien, 1978, p.74).
Au 31 décembre 1902, la population de la Capitale s’élevait à 57.635 habitants, en augmentation de 3.846 sur l’année précédente (Général Gallieni, Neuf ans à Madagascar, Hachette, 1908, p.208).
Selon le recensement du 31 décembre 1939, la Commune d’Antananarivo, dans ses treize cantons dont était encore détaché Ambohimanarina, comptait 117.489 habitants indigènes et uniquement civils (Firaketana, avril 1942, p.329).
Tous les effectifs de populations proviennent d’évaluations administratives, dont les écarts avec la réalité ont été mis en évidence par le résultat global du recensement pratiqué le 1er janvier 1960 : ainsi, alors qu’on estimait à 206.332 habitants la population de Tananarive le 1er janvier 1959, le recensement du 1er janvier 1960 dénombrait 251.585 habitants (militaires exclus) : (A. Arsac et P. Pelletier, Ville d’Antananarivo : Rapport d’enquête, SCET, 1960, p.1). Au 1er janvier 1959, les services statistiques estimaient la population de la province d’Antananarivo à 1.160.322 habitants et celle de Madagascar à 5.191.085 habitants.
Tananarive compte au 1er janvier 1968 environ 325.000 habitants à l’intérieur de son périmètre municipal qui englobe 73 kilomètres carrés. Cette estimation est fondée sur la population officielle de la ville au 1er janvier 1966 (INSRE) et le croît pour 1966 et 1967 d’environ 15.000 habitants par an (croît naturel plus solde migratoire) : (Gérald Donque, Population et société tananariviennes, extrait du Bulletin de Madagascar, n°270, Novembre 1968, p.919).
«350.000 habitants répartis dans une trentaine de milliers de logements !» (Gérald Donque, Les problèmes fondamentaux de l’urbanisme tananarivien, in Revue de Géographie, n°13, juillet-décembre 1968, p.21).
La ville d’Antananarivo compte 408.000 habitants (PNUD/OMS/OTH, Approvisionnement en eau et assainissement de Tananarive,
1975, p.1).
«Les chiffres de population basés sur une extrapolation à partir des recensements administratifs de 1965 et 1980» donnaient 653.611 habitants en 1982 (Aura/Groupe Huit/BCEOM, Projet Mag 79/009 : Développement des programmes d’habitat et Projet Mag 82/011 : Programme de Développement Urbain du Grand Antananarivo, 1985, tome 5, p.93).
La population de la zone (Grand Tana) est estimée en 1989 à 1.362.530 habitants dont 57% (soit 767.322 habitants) sur les 79 km2 d’Antananarivo-Renivohitra (Régions et Développement, Faritany Antananarivo, Projet PNUD/OPS MAG/89/018, mai 1991, p.36 et 49).

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