Faire mémoire, sauvegarder pour demain


L’autre 13 mai 2023, dans 1200 villes de 39 pays européens, plus de 3000 musées avaient participé à la «Nuit européenne des Musées», un événement créé en 2005 pour succéder à l’initiative berlinoise d’une «Lange Nacht des Museen» (1997). En comparaison, la petite trentaine de musées à Madagascar, recensés par Bako Rasoarifetra, présidente du Conseil international des Musées à Madagascar, n’est simplement pas à l’échelle d’une île-continent. Ce 18 mai, Madagascar était censé célébrer «la journée internationale des musées» : sauf que, depuis l’instauration de cette journée internationale en 1977, Madagascar aura perdu le musée du Rova d’Antananarivo, le musée du Rova d’Ambohidratrimo... Depuis 46 ans, nous aurons assisté à plus de disparition/détérioration que de création/réhabilitation. Et pourtant, en partant du concept double, sinon jumeau, de «MUSÉE» (préservation et exhibition des réalisations humaines ou conservatoire d’histoire naturelle) et «PATRIMOINE» (bâtiments historiques, architecture emblématique, livres anciens, collection de timbres, tableaux des peintres «classiques», etc.), Madagascar n’est certainement pas une «feuille blanche». Le softpower de la Culture majuscule excite une légitimité de soi-même tout en aspirant à une légitimité aux yeux d’autrui. Nous avons appris à identifier les musées mondialement célèbres de villes comme Washington, New York, Londres, Saint-Petersbourg, Paris. Pourtant, dans notre Océan Indien occidental, il y a l’exemple de l’Île Maurice qui s’est dotée de son National History Museum : après la reconnaissance de la réussite économique, vient la quête de la légitimité culturelle. Quand les Américains parsèment leur capitale Washington d’une statue monumentale de Lincoln et d’un autre Mémorial dédié à Jefferson, ou quand ils bâtissent la salle de lecture de la Library of Congress sur le modèle de la célèbre voûte de la British Library, ils voudraient paraître plus vieux, plus anciens, plus antiques que la date de 1776, année de la déclaration d’indépendance. Partout, il s’agit de s’inventer un passé : plus loin il se situe dans le temps long, plus grande sera la légitimité dans le concert des nations. Mais, le ressort psychologique fonctionne tout à fait parfaitement à titre individuel. Voilà vingt ans, par exemple, j’avais conduit les deux professeurs Jean-Aimé Rakotoarisoa et Rafolo Andrianaivoarivony à grimper au sommet d’une colline qui surplombe notre «tanindrazana» : je voulais qu’ils identifient et datent un ancien village fortifié avec ses murs de pierres sèches, son vavahady étroit, ses fossés labyrinthiques. L’énoncé d’une fourchette chronologique (17ème-18ème siècle) me réconforta dans une «certaine idée». (à suivre)
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