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Chronique

Mon plaidoyer chinois

J’ai définitivement une tolérance particulière envers ces civilisations qui n’avancent pas masquées derrière une religion. Qui croient en leur système propre et qui n’ont pas forcément envie d’augmenter le dénomi­nateur commun à brader un salut relatif avec l’Autre, définitivement étranger. Qui ignorent les mots de «prosélytisme» (de leur part) et de «conversion» (de la part d’autrui). Qui, indifférentes à un dogme, ne s’accrochent pas à l’arbre solitaire («hazo tokana») d’une «Vérité» autoproclamée convaincue de sa supériorité. Qui, pragmatiques, ne conçoivent pas le «syncrétisme» comme un gros mot sur une échelle de valeur qui placerait le monothéisme en vertu suprême. Et qui ne revendiquent pas une «communauté de Croyants» qui rassemblerait Basanés-BlancsCuivrés-Jaunes-Marrons-Noirs-Olivâtres tandis qu’elle dresserait un mur de haine, d’incompréhension et de malentendus, entre voisins de toujours sur un subconti­nent cinq fois millénaire ou dans les sables entre les deux eaux éternelles d’un Croissant qui fut autrefois fertile. À ce titre, la Chine me rassure infiniment.

La cuisine chinoise mange de tout. Sans tabou alimentaire décrété par un texte lévitique ou deutéro­- nomique ou coranique tombé du Ciel qui ostraciserait entre tous les autres un ongulé, mais non-ruminant. Quand on fait l’inventaire de toutes les atrocités commises au nom de ce racisme au cochon, l’extrême gourmandise d’esprit des Chinois offre des possibilités de commensalité sans frontières.

Il y a toujours moyen de s’entendre tant qu’un dieu, et surtout ses nombreux prophètes, n’interfère pas entre les hommes. Déprécier les divinités d’autrui, réécrire sa mythologie, s’approprier ses temples après l’en avoir expulsé. Quelque part, ce qui est présenté comme un acte fondateur héroïque, chasser les marchands hors du temple, s’est avérée une erreur fondamentale contre l’Humanité, devenant alibi, mobile et prétexte, aux revanches de religion depuis lors.

Contrairement à l’Afrique, mais à l’instar des autres îles de l’Océan Indien, Madagascar compte une communauté chinoise de longue date: au moins depuis le dernier tiers du XIXème siècle. Et l’existence d’une communauté «Sinoa Gasy» doit nous être une valeur ajoutée plutôt qu’un épouventail-repoussoir d’ailleurs agité par d’autres intérets, moins solidaires des Malgaches que concurrents des Chinois.

C’est à l’adresse de cette communauté chinoise «Zanatany», ceux qu’a adoptés la terre malgache après l’avoir semée de leur «tavony» (placenta), que l’ambassade de Chine s’adresse aujourd’hui expressé­ment. Tandis que nous hésitons à les nationaliser comme «passerelle» d’Affaires intérieures ou à les considérer hors «hadivory» au volet Affaires étrangères, la Chine a décidé de prendre mot avec sa «diaspora». C’est un geste fort qui transcende une méfiance qui menaçait de s’installer entre les «Zanatany», partis du Sud de la Chine il y a donc 180 ans, et les «Sinoa vaovao» (nouveaux Chinois), plutôt continentaux du Nord, débarqués depuis la nouvelle géographie diplomatique malgache post-1972.

En collaboration avec le bureau des affaires chinoises d’outre-mer de la province de Fujian, l’ambas­sade de Chine à Madagascar procède à la distribution gratuite d’un kit sanitaire d’hiver contre les épidémies (capsules Lianhua Qingwen, thé de Fujian) et commu­nique la possibilité de se faire soigner par l’équipe médicale chinoise d’Anosiala (+261321108888), tout en annonçant une extension de la «phase printannière de vaccination» aux compatriotes chinois d’outremer. Cette dernière éventualité, pour l’instant réservée aux titulaires d’un passeport chinois, suppose l’achemi­nement de vaccins chinois, sans doute «en concertation avec les départements gouvernementaux malgaches, les délégations chinoises à l’étranger et les institutions financières de la Chine».

La Chine a jugulé l’épidémie de coronavirus sur son sol. Sa Recherche & Développement a produit au moins deux vaccins, lesquels seront administrés aux athlètes des Jeux Olympiques d’été de Tokyo et aux Jeux Olympiques d’hiver de Pékin. Et sa «diplomatie du vaccin» s’active déjà dans notre région de l’Océan Indien. Il y a là un curseur qui attend de bouger de paradigme.

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