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Editorial

Biens mal acquis

Scandaleux. Le petit flacon du remède miracle ED 1 vendu à 5000 ariary au début s’achète désormais à 30.000 ariary chez des revendeurs informels sur les réseaux sociaux. La crise sanitaire fait des heureux. Très vite un réseau s’organise pour l’acheminement du produit de Fandriana où le docteur Edmond Rakotomalala fait la distillation de son élixir jusqu’à Tana. Les Malgaches ont le sens aigu des affaires et ne se posent pas de scrupules pour mettre à profit une situation quel que soit le contexte. Le reflexe est même devenu automatique depuis l’époque de la révolution socialiste où on se ruait vers Maurice pour rentrer avec des conteneurs de « sous pull ». Une période immortalisée par un tube du vieux Tselonina. Plus tard c’était le saphir, le litchi, la boutique de téléphone, le cybercafé, la pizzeria…

Juste retour des choses, des milliers d’emplois ont été perdus à cause de la crise sanitaire, ce n’est que justice si des chômeurs par hasard profitent de la situation offerte par la ruée vers le remède miracle aux dépens de toute moralité.

Sauf qu’il n’y a pas que ces petits spéculateurs occasionnels. Les pharmacies profitent également de l’aubaine pour mettre du beurre dans leurs épinards. Les médicaments semblent suivre la loi de l’offre et de la demande comme les produits de consommation usuelle. Certes ce n’est pas une nouveauté de voir le prix des médicaments flamber que l’ariary flanche ou pas mais les hausses sont exorbitantes dans une conjoncture qui ne s’y prête pas.

On se demande quels facteurs autres que la fluctuation de la monnaie peuvent impacter sur le prix des médicaments. Les prix sur le « marché » international ne subissent pas des variations comme le cours du pétrole ou des matières premières et d’ailleurs si c’était le cas, les baisses devraient aussi se répercuter sur le prix aux consommateurs.

Jusqu’ici les pharmacies et les grossistes importateurs font la pluie et le beau temps sans aucun contrôle. Hier le président de la République a annoncé que désormais l’État va prendre en main cette affaire avec le ministère de la Santé et l’ordre des pharmaciens. Ce n’est pas trop tôt mais c’est un geste salutaire. Andry Rajoelina a fermement condamné l’immoralité qui entoure le commerce sur les médicaments. La hausse est totalement inappropriée et ne fait que compliquer la lutte contre la pandémie.

Quand on sait qu’au tout au début de la crise un masque coûtait 2000 ariary pour être vendu quelques jours après à 20.000 ariary lorsque les cas de Covid-19 se sont multipliés, on peut avoir une idée du mercantilisme qui pourrit la vente des médicaments.

On espère que l’intervention de l’État mettra un terme à cette accumulation de biens mal acquis dans un secteur qui attire de plus en plus d’opérateurs nationaux comme étrangers.

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