Editorial

Ponction publique

Ce n’est pas trop tôt. L’État a décidé d’empoigner le problème à bras le corps. Depuis plusieurs années, la Fonction publique est devenue un repaire des non fonctionnaires. Le recrutement se fait rarement dans les normes et selon les procédures requises. Chaque ministre qui arrive apporte tout un charter de proches et de connaissances à intégrer dans la Fonction publique. Devenir fonctionnaire reste une assurance dans la sécurité de l’emploi et surtout une assurance retraite. Il fut un moment où être fonctionnaire signifiait mauvaise condition salariale, misère, pauvreté. Il n’y a plus que les enseignants qui se trouvent dans cette situation. Les conditions du magistrat, du policier, de l’officier, de l’inspecteur des douanes, des impôts… se sont nettement améliorées.

Les enseignants sont restés sur le carreau et continuent à courir derrière un meilleur traitement comme en témoignent les grèves récurrentes, chaque année, aussi bien au niveau primaire et secondaire qu’à l’université. L’année dernière la grève des enseignants de l’éducation nationale était encore basée sur des revendications sur diverses indemnités dont le taux datait de la première République et est juste insignifiant. Mais une retouche du salaire et des indemnités a une incidence financière importante dans le budget de l’État.

La situation est telle que les diplômés de l’enseignement mettent des années pour avoir un poste et intégrer la fonction publique. Depuis 2014, l’État a préféré recruter ceux qui n’ont aucune qualification pour assurer la fonction d’enseignant. Cette année, on devrait encore recruter dix mille enseignants Fram si le programme n’a pas changé. Cette décision de l’État de remettre les pendules à l’heure et d’opérer un grand coup de balai peut avoir des impacts sur ce qui a été prévu. Désormais, c’est la qualité qui doit primer sur la quantité.
Quand on sait que l’État débourse annuellement 2432 milliards d’ariary, soit 28,6% du budget, pour le solde de ses quelque deux cent vingt mille agents, on réalise qu’il s’agit d’une véritable ponction publique.

L’année dernière, plus de neuf mille faux fonctionnaires avaient été débusqués. Visiblement, il y en a davantage à en juger le nombre d’employés entassés dans un bureau administratif ou un ministère. Une surpopulation négative et budgétivore.

Reste à espérer que l’économie dégagée par l’État à travers ce coup de pied dans la fourmilière servira à financer d’autres dépenses publiques utiles et au servira du développement. Selon les recommandations du Président de la République, la santé, la justice, l’éducation, la sécurité publique, les services d’inspection seront désormais les domaines prioritaires pour les nouveaux recrutements. Ce qui devrait mettre fin à la gabegie en vigueur dans certains ministères dont l’utilité reste à prouver.

Dans l’état actuel du pays, l’éducation et la santé sont les domaines qui ont le plus besoin de personnel qualifié. Faute de poste et las d’attendre, les enseignants diplômés de l’Ecole normale supérieure ont fini par embrasser une autre carrière alors que la plupart des médecins diplômés de l’Etat travaillent dans une clinique privée de la capitale. Il faut ainsi une cohérence dans la politique de l’État. À quoi bon créer des écoles supérieures si on n’a pas de poste à pourvoir aux jeunes diplômés ?

1 commentaire

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter

  • « IL faut dégraisser le mammouth » disait un ministre socialiste de l’éducation nationale en France . Emmanuel Macron projette de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires durant son mandat avec essentiellement des postes de départ à la retraite non réattribués . Ils ont compris de gauche ou de droite que ce sont les entreprises privées avec ses investissements qui créent la richesse . Madagascar garde encore les tares de la vision colonialiste du secteur public : sécurité de l’emploi , congés payés et retraites financées . Il faut à tout prix inverser la tendance en misant sur les investissements à outrance ( suivez-moi du regard ) et l’industrialisation à grande échelle du pays .L’image du fonctionnaire « pépère » ne doit plus être ancré dans l’esprit des jeunes diplômés en quête d’emplois .Il ne faut pas s’étonner de la réussite de la plupart des pays anglo-saxons optant pour le libéralisme économique , la mondialisation aidant .