Nouveau métiers - La formation professionnelle à peaufiner


Négligée sinon considérée comme une futilité, la formation professionnelle commence à être adoptée comme une nécessité par des entreprises. Des cabinets spécialisés offrent des encadrements taillés sur mesure. DES Malgaches scandalisés. Un gigantesque projet d’exploitation minière a fait venir des soudeurs des Philippines pour relier de bout en bout un long pipeline connectant le gisement à l’usine de transformation. « Ici, nous avons des spécialistes en la matière à chaque coin de rue, pourquoi ont-ils cherché des gens à des milliers de kilomètres pour nous voler des emplois décents  », ont alors lancé des nationalistes endurcis, frustrés qu’ils étaient par tant d’indifférence. Mais « ces magiciens malgaches » qui foisonnaient avaient-ils les qualifications requises pour exécuter un travail de haute précision ? Voilà une illustration des besoins en formation professionnelle. Il ne suffit pas d’avoir la science infuse d’une spécialité donnée pour tout revendiquer. Aujourd’hui, les recyclages, les remises à niveau, le « capacity building » sont autant de nouvelles matières, des figures imposées aux entreprises. Au risque de disparaître dans le flot d’une concurrence impitoyable. L’évolution permanente des nouvelles technologies oblige les cadres et les employés des entreprises à se remettre en question. Pour ne pas être dépassés par les événements et déphasés par rapport à l’époque où ils vivent. Ce qu’ils maîtrisent aujourd’hui, au bout de leurs doigts collés au clavier de leurs ordinateurs, fera partie d’une histoire ancienne dès demain. Aussi, des cabinets dévoués à ces « nouvelles disciplines », ont vu le jour. Des coaches pour ceci et pour cela offrent leurs services avec des numéraires assez conséquents. Des préparateurs psychologiques aux animateurs de séminaires, en passant par d’autres gourous de la psychiatrie, ils sont nombreux à éblouir leur auditoire. Au point de devenir incontournables. Avec la crise sanitaire qui persiste, leurs apports sont de plus en plus sollicités. Entre charlatanisme et nécessité, il existe néanmoins des notoriétés qui font l’unanimité dans des domaines variés et précis.

QUESTIONS AU MINISTRE ERNEST TSIKEL’IANKINA - « Le MTFP est en phase d’appliquer le Référentiel Qualité des Établissements »

Sans tambour ni trompette et malgré des moyens limités, le ministre de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle, assume son rôle. Le ministre Ernest Tsikel’Iankina en parle. .Selon vous, quelle place l'enseignement technique et la formation professionnelle doit-il tenir dans la vie économique ? Le ministère de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle (METFP) devrait former les jeunes et adultes suivant les besoins réels et évolutifs des secteurs en émergence, qu’ils soient modernes ou traditionnels, tout en facilitant l’insertion professionnelle de ses cibles. Le système ne laisse personne de côté. Outre les jeunes dans le système d’enseignement technique et professionnel classique, il offre aux individus hors système scolaire des opportunités de développement des compétences, d’apprentissage des métiers de base et d’entrepreneuriat afin d’améliorer l’employabilité et l’insertion professionnelle de ses apprenants. .Il a toujours été question de l’adéquation formationemploi sur le marché du travail, avez-vous des propositions pour y parvenir ? Oui, notre stratégie d’adéquation Formation-Emploi consiste à réorienter progressivement les formations aux réalités socioéconomiques du pays. Afin de mieux former les jeunes aux emplois disponibles dans le tissu économique local, les activités prioritaires sont les suivantes  : l’identification des secteurs prioritaires et des métiers porteurs, l’élaboration des référentiels de formation, la dotation des équipements et outillages pédagogiques ainsi que la formation des formateurs et des chefs d’établissement. Les établissements sont dotés d’autonomie d’action et de capacité d’initiative locale, tant au niveau d’une offre diversifiée de formation que de collecte de fonds additionnels auprès des partenaires sociaux locaux .Votre département a-t-il assez de moyens- financier, humain, matériel- pour réussir ses missions ? Force est de constater que malgré tous les efforts déjà fournis par l’État et le soutien massif de nos PTF envers qui j’adresse vivement mes remerciements pour l’occasion, nos établissements manquent encore de moyens. C'est la volonté qui prime avant toute chose. La volonté d'atteindre les objectifs, de réaliser les missions allouées au METFP et le reste s'ensuit. Pour pallier les insuffisances de moyens de mise en œuvre de la formation au niveau des établissements, le ministère a adopté les stratégies de développement des compétences  suivantes : la formation par alternance, l’apprentissage sur site de production, la mobilisation des formateurs et tuteurs professionnels suivi d’une formation en andragogie, l’autonomie d’action aux établissements pour mobiliser des fonds additionnels auprès des partenaires sociaux et collectivités. .Peut-on avoir un bilan succinct des actions et perspectives Depuis septembre 2020, le ministère a pu former cent vingt mille jeunes sur une centaine de métiers porteurs répondant aux besoins des entreprises, des collectivités, des familles et des individus, notamment ceux victimes de la pandémie. Les perspectives sont les suivantes : ¬ Formation et développement de l’employabilité d’environ quarante mille jeunes en trois ans en rapport aux qualifications demandées par les entreprises des zones d’émergence ¬Développement des compétences et d’entrepreneuriat d’environ neuf cent mille individus hors système scolaire d’ici 2023 à des métiers spécialisés et des métiers de base des secteurs traditionnel, artisanal et agricole. .Madagascar possède-t-il une main-d'œuvre qualifiée en nombre suffisant pour répondre aux défis des divers grands chantiers ouverts ici et là? Non, pas encore et c’est la raison essentielle de la remise en place du METFP dans la structure gouvernementale. Bref, rattraper progressivement le retard accumulé au niveau de la formation professionnelle de la population Malgache. .Que pensez-vous du progrès des nouvelles technologies, devra-t-on réorienter notre système éducatif dans ce sens? Pour le METFP, le progrès des nouvelles technologies est une vraie opportunité. Il est encore une source de multitudes de formations professionnelles, à travers les nouveaux métiers créés et c’est aussi une source des nouveaux moyens pédagogiques utiles, efficaces et efficients pour l’accessibilité du grand public à la formation professionnelle. .Des centres de formation, il en existe presque à chaque coin de rue. Comment le ministère de tutelle fait-il pour les agréer ? L’enseignement ne doit pas être considéré comme un «  business  ». La création d’un centre de formation professionnelle doit suivre les normes imposées par les textes règlementaires. À ce sujet, toute demande de création d’un nouvel établissement doit recevoir au préalable l’aval du ministère à travers un arrêté fixant les conditions et les modalités d’obtention d’autorisation d’ouverture et d’agrément de filière des établissements d’enseignement technique et de formation professionnelle. Le METFP est dans la phase de mettre en application le Référentiel Qualité des Établissements (RQE) afin de garantir les normes de l'assurance qualité. Ce n'est pas une question de sanction, mais vraiment d'accompagnement des établissements de formation publics et privés vers le processus de la formalisation. Ce RQE représente la base d'un système d'appui organisationnel et de renforcement de capacités des établissements de formation publics et privés. Le manque de communication est l’un des facteurs de blocage, il faut sensibiliser les établissements informels sur le processus d'agrément et de l'assurance qualité prescrits dans le RQE. Dans le souci de l’excellence, le suivi et l'évaluation des établissements agréés sont indispensables car le «  succès d'un établissement repose sur une volonté constante d'amélioration ». .La Validation des Acquis de l’Expérience est une pra t ique couran te dans le monde, qu’en es t - i l à Madagascar ? Tout d’abord, la VAE permet à toute personne engagée dans la vie active de faire valider les acquis de son expérience professionnelle afin d'obtenir un diplôme ou un certificat au même titre que celui obtenu par la Formation professionnelle initiale, délivré sous l'autorité du ministère. Elle est mise en œuvre sur la base d'un référentiel de certification. Cette année, le METFP va lancer un pilote sur treize diplômes identifiés dans les cinq secteurs de la Politique nationale de l’Emploi et de la Formation professionnelle : Tourisme, Hôtellerie, Restauration, Bâtiment et Travaux Public, Textile Habillement et Accessoire, Technologie de l’Information et de la Communication, et Développement Rural. Pour cette phase de lancement, le ministère envisage de certifier des centaines de candidats issus de ces cinq secteurs.  

Emploi - Le tissu industriel se met à jour

[caption id="attachment_119133" align="aligncenter" width="677"] Le SIM est le premier à faire bénéficier ses ouvriers spécialisés d’une formation pour un tissu industriel dynamique.[/caption] Les cotisations des entreprises ne suffisent pas pour financer des formations de qualité. Le Fonds malgache de formation professionnelle (FMFP) vient à la rescousse. Qualificatif oblige. La Grande île, malgré un nombre conséquent de diplômés qui arrivent sur le marché chaque année, est toujours en manque de capital humain qualifiée dans le milieu professionnel. Dans une tentative d’amélioration de cette situation. Dans ce con tex te, le Syndica t des indus tries de Madagascar (SIM) entame, présentement, une vague de formation au niveau de sa main-d’œuvre qualifiée afin de doter Madagascar d’un tissu industriel dynamique et compétitif. « L’activité industrielle exige des connaissances techniques très spécifiques. Les déficits en qualification et en compétence sont palpables et ralentissent les entreprises. Une formation continue est plus que nécessaire pour combler cette lacune », explique Lantomalala Andriananja, chef de service de la recherche, du développement et de la formation à l’Institut national de promotion-formation (INPF) à Ivato. Cette formation, élaborée par le SIM et appuyée par le FMFP, a pour objectif, d’une part, de rehausser la qualité de l’offre de formation professionnelle et, d’autre part, de promouvoir la culture de la formation en entreprise. Celle-ci s’inscrit surtout dans le cadre de la mise en œuvre de la Politique nationale de l’emploi afin d’anticiper les lacunes en capital humain sur les projets d’investissement d’envergure. Financement « Il s’agit surtout de nous préparer afin que le pays puisse être en mesure de faire face aux projets de grande envergure. De cette manière, les investisseurs ne seront plus dans l’obligation d’importer de la main-d’œuvre étrangère, comme ce fut le cas du projet Ambatovy à ses débuts. Ces formations professionnelles seront, en outre, l’assurance pour ces investisseurs que nous, autochtones, sommes amplement qualifiés pour assurer les tâches qu’ils nous confieront », souligne un des participants à l’atelier. La technologie évolue continuellement. Les ouvriers qualifiés doivent ainsi mettre leur savoir-faire à jour en suivant sa progression. Dans ce sens, le fonds lance des appels à projet, afin que les groupements puissent en soumettre. C’est ainsi que le SIM a pu bénéficier d’un financement de près de 60 millions d’ariary pour une série de formations. Un peu moins de quatre vingt dix salariés, issus d’une dizaine d’entreprises membres du syndicat, vont recevoir un renforcement de compétences techniques en maintenance de machines de production, en respect des consignes hygiène, sécurité et environnement et en écritures comptables. Les impacts et enjeux de la formation professionnelle à Madagascar À Madagascar, les challenges actuels relatifs à la productivité et la compétitivité des entreprises demeurent un souci majeur. Les travailleurs, les entreprises et les organisations aspirent ainsi à des lendemains meilleurs que seules la promotion et la réalisation d’une formation professionnelle adéquate peuvent rendre effectifs. L’apprentissage, défini comme les diverses approches pour façonner un travail fructueux grâce aux formations tant théorique que pratique, constitue un excellent dispositif permettant aux gens d’être plus efficaces et performants dans la réalisation de leur travail et leur mission. Valoriser l’apprentissage aussi bien en milieu urbain que dans le monde rural devient donc plus qu’une nécessité à Madagascar. Le potentiel de la formation et du renforcement des capacités professionnelles est immense sans le moindre doute. L’apprentissage contribue incontestablement à promouvoir non seulement les objectifs économiques, mais également sociaux et culturels du pays. Une formation professionnelle performante à Madagascar peut concourir à ce que la génération future acquière les compétences requises dans l’exercice de leur travail. Nous pouvons ainsi en déduire de ces considérations que le développement du système de formation professionnelle est une solution plus qu’indispensable pour stimuler l’économie du pays, résoudre divers problèmes sociaux et enfin à responsabiliser chaque citoyen actif dans la société.

Interview exclusive de Joelle Andrianarijaona, directrice générale d'Inclusiv Academy: Inclusiv Academy accompagne ses apprenants jusqu’à leur insertion professionnelle

[caption id="attachment_119130" align="aligncenter" width="404"] Joelle Andrianarijaona, directrice générale d'Inclusiv Academy.[/caption] Après la création d'ISIKA, une plateforme e-learning intelligente, un centre de formation professionnelle, Inclusiv Academy, voit le jour. Il dispense une formation intensive de six mois à toute personne de niveau Bac+4 pour son insertion sur le marché du travail. Inclusiv Academy existe depuis moins d’un an, pouvez-vous nous en dire plus ? La première étape a été de travailler sur l’ingénierie pédagogique co-construite avec les futures entreprises recruteurs pour s’adapter au contexte et au public local. Des équipes expertes ont rejoint le projet par la suite. J’entends par là les équipes pédagogiques et les supports. Nous avons emménagé dans nos locaux fin septembre. Nous nous sommes équipés de matériel informatique et pédagogique adéquat pour le bon déroulement de la formation. Chaque apprenant a son poste de travail autonome. Malgré les difficultés au quotidien (embouteillages, coupure d’électricité et connexion internet instable), à trois mois du début de la formation, nous sommes fiers d’affirmer que nos stagiaires sont au même niveau que les stagiaires formés à ISIKA. Ceci prouve la performance de notre équipe pédagogique. Tout commence par la création d’ISIKA en janvier 2018 à Paris, c’est également une école de reconversion aux métiers du numérique. Elle développe une plateforme e-learning intelligente. Ce premier projet visait à étendre la formation et en faire bénéficier les jeunes malagasy. Inclusiv Adademy existe officiellement à Madagascar depuis octobre 2020. Nous avons accueilli notre première promotion le 8 décembre 2020 Qu’est-ce qui vous différencie d’autres centres de formation dans le même domaine ? Tout d’abord, la durée de notre formation intensive est de six mois. Ce qui est un gros avantage pour des personnes qui souhaitent faire une reconversion professionnelle. Le choix pour notre formation permet au bénéficiaire d’éviter de repartir sur un cycle académique long, surtout s’ils ont déjà un Bac +4 ou plus. Ensuite, l’acquisition de compétences est basée à la fois sur le savoir-faire et le savoir-être. Nous accompagnons nos apprenants jusqu’à leur insertion professionnelle. Inclusiv Academy organise des Job Dating pour présenter les apprenants aux recruteurs. Et enfin, nous sommes experts de la réorientation professionnelle. Quel est le niveau requis pour les participants ? Notre formation convient à toute personne qui a un niveau Bac  +4 et plus, toutes filières confondues. Des profils exceptionnels de niveau inférieur, à fort potentiel, peuvent rejoindre le programme car nous privilégions la diversité dans nos promotions. Compte tenu des frais d’inscription, que peuvent escompter les bénéficiaires de votre formation ? Notre objectif principal, et ce à quoi nous travaillons au quotidien, est leur insertion sur le marché du travail. Dès leur prise de poste, ils sont directement opérationnels. Nos formateurs accompagnent les bénéficiaires pendant toute la durée de la formation pour atteindre cet objectif d’employabilité. Les contenus des formations sont axés sur la technique, les méthodologies de gestion de projet, le savoir-être en entreprise et les techniques de recherche d’emploi.  Au cours de la formation, chaque apprenant bénéficie de support théorique, renforcé par de la pratique dans de situations réelles. À la fin de la formation, ils présenteront devant les entreprises partenaires une application numérique. Quels types de responsabilités assureront-ils en entreprise ? Dans leur futur métier,  ils seront en étroite collaboration avec le client, ils définiront avec lui ses besoins par l’assimilation de ses processus métiers et par l’analyse de l’existant en établissant un cahier des charges. Ils seront ensuite amenés à concrétiser le projet par la conception et la programmation du logiciel avec les technologies appropriées. Enfin, ils assureront les conceptions de plan de tests, les débogages et les formations utilisateurs lors de la recette client avec la mise en exploitation du logiciel lors de la recette finale. Ce programme consolidera leurs compétences métiers, essentielles à leur nouvelle carrière professionnelle, telles que la gestion de projet, l’agilité et la prise de parole en public. En plus de leur introduction dans les métiers du numérique, la formation leur assurera une employabilité durable. Votre première promotion sortira bientôt. Quel bilan tirez-vous de ce premier trimestre ? En premier lieu, nous pouvons dire que nous sommes fiers de nos premières réalisations. Nos stagiaires sont de véritables « commandos ». Malgré les difficultés du quotidien, ils ont pu acquérir les compétences attendues à ce stade de la formation, ceci grâce à un encadrement exigeant et bienveillant de nos formateurs accompagnateurs. Le bilan, nous l’avons dit précédemment, nos apprenants suivent le même rythme et sont au même niveau que ceux du centre « Isika » basé à Paris. À ce stade de la formation, les entreprises partenaires les observent déjà en vue de leur proposer un poste à la fin de la formation. Vous faites bénéficier vos apprenants de la formation à distance par des experts internationaux, comment cela se gère-t-il ? À la base, ces experts devaient venir à Madagascar pour intervenir dans les formations. Avec la situation sanitaire actuelle, cela n’a pas pu se faire, nous avons donc switché sur un distanciel. Nos stagiaires viennent tous les jours à l’école car la formation se déroule en présentiel. Mais une partie de la formation est dispensée à distance par des formateurs basés en Europe, en Afrique et en Asie. Avec les outils de visioconférences, ces formations se passent très bien … quand il n’y a pas de problème de connexion internet ! Nous reconnaissons la faculté d’adaptation à la fois des formateurs et des apprenants. Comment fait-on pour intégrer votre centre de formation ? C’est très simple ! Vous avez deux options. La première est de suivre notre page Facebook et vous inscrire en message privé pour assister gratuitement à nos réunions d’information. La deuxième option est d’intégrer directement notre processus de sélection en nous envoyant votre CV par email ou sur notre site internet.  
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