Fumée sans feu?


Je me suis garée en face la libraire catholique Antanimena vers midi trente. Le temps de manger vite fait dans un petit restaurant. La voiture était tout à fait visible par les taxis qui stationnaient à quelques mètres de là. À mon retour, pas plus de trente minutes après, j’ai vu le hublot arrière de ma voiture totalement fracassée. Du sang et des débris de vitres partout sur la chaise arrière. Visiblement, le voleur tentait d’atteindre l’ouverture de la portière, puis les affaires que j’avais mises dans la malle. Comme par miracle, tous les taxis, les agents de sécurité qui étaient là se sont volatilisés. Depuis, j’ai teinté les vitres de ma voiture. Cette histoire date d’il y a six années de cela. Depuis, qu’est-ce qui a changé? Un ami s’est fait totalement piller son sac, son ordinateur dans un embouteillage devant l’EKAR Ambatomainty. En un éclair, ils ont pris tout ce qui était sur la banquette arrière de sa voiture. Un autre ami s’est fait tirer son téléphone au même endroit. Des centaines et des centaines d’autres ont vécu pareils scénarios, voire pire. Un homme vient d’être froidement assassiné sur sa moto. Sa promise était à son enterrement en robe de mariée car les deux allaient se marier dans quelques mois. Dès que la nuit tombe, des malfaiteurs jettent des moellons sur les voitures, motos en pleine ville. Les femmes sont victimes d’attouchements sexuels dans les transports en commun. Les bus sont de vrais corbillards ambulants. On peut mourir d’un accident à tout moment car la corruption chronique fait que d'innombrables véhicules dangereux passent sans problème les mailles des visites techniques. Un millier de textos ne suffiraient pas pour décrier les vices dans le domaine du transport à Madagascar. Des centaines ne suffiraient non plus pour lister tous noms des victimes, mortes injustement sur les routes. Des fins tragiques faute de sécurité routière, faute de sécurité tout court, faute de protection adéquate et de prise de responsabilité par l’État. Quand le ministère de la météorologie et du transport annonce une fois de plus que les vitres fumées sont de nouveaux interdits, l’on se demande si eux et nous vivons la même réalité. Il y a combien de morts à cause des cyclones, inondations. Combien de veuves, de veufs, d’orphelins pleurent en ce moment? Combien de personnes restent disparues? Combien d’autres essayent avec beaucoup de mal de survivre? D’autres cyclones sont annoncés. Est-ce que ce ministère a pris la peine d’écrire, de réfléchir dessus et pour partager un vrai plan d’action d’urgence? La réponse, on la connait. Malgré ce contexte difficile, les priorités ne sont pas les mêmes. D’un, tout citoyen lambda qui teinte les vitres de sa voiture le fait pour se protéger de l’insécurité car l’État, dont le ministère de la météorologie et du transport ne suggère rien, ne fait rien pour le protéger et le peu qu’il a. De deux, si la loi est faite pour tous, que les détenteurs de pouvoir qui sont les citoyens comme ceux à qui on l’a prêté, élus et nommés, soient sous les mêmes règlements. Une fois de plus, que nos dirigeants sachent qu’à une loi injuste, nul n’est tenu d’obéir. Du moment que l’état de peut garantir un minimum de sécurité pour les citoyens, la légitime défense est de mise.
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