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Editorial

Ponction publique

Une véritable fessee en public. Voilà ce que la Banque mondiale vient d’asséner au ministre de l’Économie , des finances et du budget à travers une lettre dont la confidentialité a été littéralement violée par les réseaux sociaux. Un mal pour un bien puisque, vingt ans auparavant on n’a jamais su qu’est-ce qui se tramait derrière les rideaux entre l’État et les bailleurs de fonds. Et depuis quarante ans de coopération avec eux, c’est toujours le peuple qui boit la tasse.

Le ton de la lettre est péremptoire , autoritaire et omnipotent. Celui d’une puissance coloniale à un pays soumis, pauvre et sans les moyens de ses ambitions.

La Banque mondiale n’est pas contente que l’État ait décidé d’annuler la grille tarifaire de la Jirama, qui est une hausse de tarif déguisée qu’on le veuille ou non, pour ne pas sanction un davantage la population déjà étouffée par la crise sanitaire. Elle menace d’annuler les financements prévus dans le cadre d’une aide d’urgence Covid-19 de 75 millions de dollars et de 400 millions de dollars. Des sommes importantes certes mais on en a vu d’autres. Puis, il y a beaucoup d’argent que les bailleurs de fonds accordent sans qu’on les demande . Le fait est que qu’en quarante ans de coopération avec le FMI et la Banque mondiale, le pays n’a cessé de s’enliser dans une pauvreté indescriptible. On ignore combien de milliards de dollars ont été injectés dans l’économie malgache depuis. Ce qui est certain c’est qu’ils n’ont rien changé dans les conditions de vie de la population. On a eu beau changer le nom des programmes financés par les bailleurs de fonds selon l’époque et la conjoncture, ils n’ont absolument rien apporté. On passait du Programme d’ajustement structurel à la Fac élargie de crédit en passant par les Pays pauvres très endettés sans aucun résultat palpable. Au contraire, ce qu’on appelait les « conditionnalités »des bailleurs de fonds ont amplifié la profondeur de la pauvreté pour la simple raison qu’ils imposaient la dévaluation du Fmg devenu ariary, la création de taxe sur le riz et les médicaments et on en passe et des meilleurs. Il est vrai que les dirigeants successifs sont en partie responsables des échecs répétitifs mais c’est surtout l’irréalisme du projet qui le fait foirer à tous les coups et surtout le manque de suivi et de contrôle.

Avec l’augmentation du tarif de la Jirama, les conséquences seront absolument les mêmes. Sous prétexte de vouloir sauver la Jirama, on sacrifie la population. L’Etat a fait son choix, populiste peut-être mais souverain et réfléchi pour éviter une secousse sociale dont l’étendue ne peut pas être définie.

Qu’est-ce qu’on peut gagner en ponctionnant le revenu d’une population déjà exsangue et moribonde? C’est un véritable genocide qui dure depuis un demi-siècle.

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  • Prise de position courageuse qui aurait pu souligner les effets délétères causés par la sacro-sainte idéologie économique portée et imposée par l’organisme sur les populations à travers les pressions exercées sur les sociétés publiques qu’elle entend privatiser, puisqu’il s’agit du seul remède économique viable selon ses critères, son schéma directeur. De là à considérer que les aides ou les prêts déboursés sont prévus pour ce faire, il n’y a qu’un pas. Déplorable et criminel au bout du compte, comme vous osez le dire.

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