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Editorial

Châtiment et sentiment

A cause des justiciers de facebook, la vie d’un père de famille peut basculer aujourd’hui vers la prison. Pris en flagrant délit en train de punir un enfant prodigue, mis à pied par son école, par les paparazzis des réseaux sociaux qui n’ont rien raté de la scène de « torture », le père et toute sa famille se trouvent au centre d’une affaire d’habitude banale mais devenue un scandale social par l’ampleur donnée par les gardiens de la conscience des réseaux sociaux.

C’est en pleurs que l’enfant a supplié les enquêteurs au commissariat central de Tsaralalàna pour qu’on envoie pas son père en prison car il l’aime et qu’il nourrit sa famille. Le petit garçon a rajouté que les coups l’ont assagi et qu’il aime toujours son père. Son épouse a tout simplement déclaré que c’était juste une punition nécessaire pour un en fan t récidiviste.

Y-a-t-il meilleur avocat que les proches du père garde à vue au commissariat avant d’être traduit ce jour devant le parquet? Il a eu la malchance de corriger son fils avec plus ou moins de brutalité sous l’œil des voyeuristes de facebook qui n’ont pas attendu longtemps pour diffuser la scène en direct. L’indignation totale a été immédiate.

Personne n’a cherché le pourquoi du comment. Le père était loin de réaliser que son forfait a été filmé intégralement. Il a dû se cacher pendant 24 heures avant de se rendre à la police avec son fils, son épouse et son avocat et de demander pardon comme si corriger son fils était un crime.

Que va décider le parquet? Punir ce père de famille pour servir d’exemple à ses éventuels disciples quitte à priver ses enfants de pilier et de protecteur. Le dilemme est immense. Les juges se trouvent entre le marteau et l’enclume, entre les magistrats des réseaux sociaux dont le jugement est sans appel et le devenir d’une famille qui risque d’être orphelin d’un père vivant.

Voilà donc une petite famille qui vivait jusque-là dans une belle tranquillité du côté de Soavimasoandro, propulsée sans le vouloir au devant de l’actualité et dont l’avenir est désormais en pointillé. On peut dire que le père a été purement et simplement lynché par l’opinion. Eh oui, pire qu’une justice populaire, le lynchage médiatique est impitoyable. Le père de Dylan l’a appris à ses dépens.

La balle est désormais dans le camp du tribunal. Difficile pour les juges de décider en leur âme et consciences vu les différentes pressions qui entourent l’affaire. Entre le châtiment et le sentiment, le tribunal n’est ni chair ni poisson.

La meilleure décision est de laisser à sa famille la correction qu’il mérite s’il y a lieu. Emprisonner le père c’est définitivement enlever à l’enfant la seule et unique balise aux bêtises et aux dérives de sa jeune existence.

Deux jours de garde à vue suffisent amplement pour le remettre dans le sens de la marche. Rien que l’angoisse d’avoir un talon au seuil de la prison doit désormais le retenir chaque fois qu’il a envie de donner des pompes à son fils et de donner un câlin au balai.

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