Notes du passé

Trois sortes de villages administratifs sur la côte Est

Au XIXe siècle, la présence merina en pays betsimisaraka se traduit par un chapelet de centres fortifiés, le long de la côte Est. D’après Manassé Esoavelomandroso (La province maritime orientale du Royaume de Madagascar à la fin du XIXe siècle (1882-1895), chaque centre- capitale d’un gouvernement ou renivohitra (ville-mère)- sur le littoral comprend deux quartiers. D’une part, le port est habité par les Betsimi­saraka et les étrangers ; de l’autre, le fort domine les maisons qui abritent les soldats merina et leurs familles.

Parfois, les deux quartiers sont séparés l’un de l’autre par plusieurs kilomètres et forment deux villes distinctes comme « le couple Tanimandry (centre militaire et administratif) et Andevoranto (centre commercial); ou Maintinandry (centre militaire) et Vatomandry (centre administratif et commercial) ».

Toujours selon l’historien, la présence merina apparait aussi dans l’existence de zana-bohitra, chefs-lieux de district dont la plupart se trouvent à l’intérieur des terres et non plus au bord de la mer. Certains Betsimisaraka appellent aussi ces villes-enfants, tanàm-panjakana ou villages administratifs pour les distinguer des villages betsimisaraka. Certains n’existent plus dans la seconde moitié du XXe siècle, d’autres subsistent encore, mais perdent leur importance d’antan. D’autres enfin continuent à jouer leur rôle de centres administratifs et sont plus ou moins animés ou actifs.

Les conditions variées de leur création expliquent la diversité des tanàm-panjakana. « Centres d’encadrement des Betsimisaraka et de rayonnement de la civilisation aux yeux des autorités merina, ils bouleversent, par leur existence, l’économie et la culture des populations soumises.» Manassé Esoavelo­mandroso indique que, à la fin du XIXe siècle, trois types de villages administratifs existent en pays betsimisaraka.

Les plus anciens, également les plus connus grâce aux relations des voyageurs, sont les villages-étapes qui sillonnent la piste Toamasina-Antananarivo. Entre les deux villes, s’égrènent de petits hameaux de cinq ou six cases, des villages d’une cinquantaine de cases à l’exemple de Vavony ou Ankarefo, et même de gros centres comme Beforona avec son rova-le fort qu’habite l’officier qui commande la place-, son temple et son école. Ainsi, les nombreux Tsimandoa- les courriers royaux qui sont des coureurs endurants- et les Maromita- porteurs de marchandises qui fréquentent régulièrement cette voie- sont assurés de trouver un gîte.

En outre, la distance entre deux étapes est assez courte. Et « pour assurer un acheminement régulier et efficace de sa correspondance et de ses colis, le gouvernement de Tananarive perfectionne le système en choisissant un certain nombre de villages qui deviennent ainsi des villages-étapes ».

Pour en assurer la sécurité, une garnison légère de cinq à six hommes est installée dans chaque village, mais celui-ci garde son chef civil ou mpitantsaina. Les hameaux des alentours fournissent un contingent pour les transports. Ces hommes appelés jadona ou tetezanolona (pont humain ou relais) doivent assurer aux Tsimandoa le gîte et le couvert alors qu’eux-mêmes reçoivent leurs vivres de leurs familles. Après leur temps de service qui dure plusieurs mois, ils sont remplacés par un autre contingent. « Ainsi, la population valide d’un village n’est jamais au complet, à aucun moment de l’année. »

Le deuxième type de tanàm-panjakana est formé des villages-centres, nés surtout après la première guerre franco-merina de 1883-1885, grâce à l’initiative de Rainandriamampandry, gouverneur général de la province de l’Est de 1882 à 1895. « Dans la volonté de rapprocher l’administration royale des Betsimisaraka et de faire participer ces derniers à la défense du royaume, Rainandriamampandry, en juillet 1888, installe dans chaque gros village vingt soldats, tous Betsimisaraka, chargés de garder la forêt et de faire régner l’ordre et la paix. »

En septembre 1889, il perfectionne cette organisation administrative en plaçant les soldats dans tous les gros villages d’un canton, sous les ordres d’un officier merina qui réside dans le plus gros centre qui devient ainsi le chef-lieu de canton.

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