Chronique

Chronique de VANF : Jeune actualité d’un vieux problème kurde

Sud-Est de la Turquie, Nord et Nord-Est de la Syrie, Extrême-Nord de l’Irak, Ouest de l’Iran : le Kurdistan n’existe pas, tout en étant obsessionnellement présent dans ces quatre pays.

Les nationalistes kurdes datent de 612 avant J.-C., correspondant à la naissance d’un empire sur l’Anatolie centrale et l’Iran, le début de l’ère kurde.

Au Xème siècle, les Kurdes se partageaient entre quatre principautés kurdes : les Chaddadites au Nord, les Hassanwahides et les Banou Annaz à l’Est, les Merwanides à l’Ouest. Survient l’invasion des Turcs seldjoukides, et c’est un sultan turc qui consacra la particularité de ce peuple en lui créant un Kurdistan en 1150.

De 1169 à 1250, la dynastie kurde des Ayyoubides, fondée par Saladin, assume le leadership du monde musulman jusqu’aux invasions turco-mongoles du XIIIème siècle.

Depuis toujours, les Kurdes semblent pris en tenaille entre des entités unifiées (Perses et Ottomans, Turcs et Syriens) ayant plus de puissance que les principautés kurdes morcellées : kyrielles de modestes seigneuries héréditaires, innombrables fiefs et 17 hukumets autonomes dont certaines frappaient monnaie. En 1847, devant l’avancée des forces ottomanes conseillées par des officiers prussiens comme Helmut von Moltke, s’effondrait la dernière principauté kurde.

Émiettement kurde, détermination turque, opportunisme pusillanime des Européens (Russes, Britanniques, Français,Italiens) sur le principe d’un «maximum de sécurité avec le minimum d’effectifs». Malheureusement : aux dépens des Grecs ou des Arméniens, hier, et des Kurdes aujourd’hui, le retrait américain d’octobre 2019 avait été précédé d’autres retraits occidentaux semblables par le passé.

En septembre 1922, les Turcs s’emparent de la région de Smyrne après l’abandon à leur sort des Grecs par la France et l’Italie et que les Britanniques eurent laissé les Turcs reprendre les Détroits et la Thrace orientale. Quarante ans plus tard, le 6 mai 1946, quand l’Armée Rouge se retire d’Azerbaïdjan, le gouvernement iranien, soutenu et armé par les Américains, reprend la main à Tabriz, mettant fin à l’expérience (depuis décembre 1945) d’une République autonome azerbaïdjanaise.

La République kurde du Mehabad avait elle-même été proclamée, le 22 janvier 1946, au sein de cet Azerbäidjan iranien qui l’entraînera dans sa chute : son président Qazi Mohamed sera pendu par les Iraniens, le 31 mars 1947 ; le ministre de la Défense mollah Moustafa Barzani, avait réussi à se réfugier en URSS, le 16 juin 1947, mais certains de ses compagnons, anciens officiers de l’armée irakienne, furent pendus par les autorités irakiennes.

Les Européens devraient se souvenir de leur propre revirement entre le traité de Sèvres (1920) et celui de Lausanne (1923), non sans avoir conclu des accords séparés avec les Turcs dans l’espoir d’avantages commerciaux. Par exemple, par l’accord du 9 mars 1921, la France conclut avec le gouvernement turc la rectification en faveur de la Turquie du tracé de la frontière fixée à Sèvres, entre la Turquie et la Syrie, sous mandat français : le territoire syrien ainsi cédé avait une superficie de 22.000 km2 tandis qu’était abandonnée une population de 775.000 âmes.

Signé le 10 août 1920, entre les alliés et la Turquie, le «traité de Sèvres» ne sera jamais ratifié, permettant à la Turquie de récupérer les territoires promis à l’Arménie, et sera remplacé par le «traité de Lausanne» signé le 24 juillet 1923 : les Kurdes savent précisément où, dans le Traité de Sèvres, conclu le 10 août 1920 trouver la mention de la création future d’un État kurde : Section III (art. 62-64). Par contre, après la victoire des troupes de Mustafa Kemal sur les Grecs en 1922, la mention des Kurdes disparait dans le traité de Lausanne.

Un texte de l’Institut kurde de Paris aime rappeler que dans la République turque de Mustafa Kemal, les écoles kurdes avaient été fermées, l’usage de leur langue et le port de leur vêtement national interdits : «les conquérants et les empires de jadis s’étaient contentés de certains avantages et privilèges économiques, politiques et militaires.

Nul n’avait entrepris d’empêcher la population d’exprimer son identité culturelle, d’entraver la libre pratique de sa vie spirituelle. Nul n’avait conçu le projet de détruire la personnalité kurde, de dépersonnaliser, en le coupant de ses racines culturelles millénaires, tout un peuple. Ce projet fut celui des nationalistes turcs qui ont voulu faire de la Turquie, société éminemment multiculturelle, multiraciale et multinationale, une nation une et uniforme».

Lors du soulèvement de mars 1925, la répression turque aurait fait 500.000 morts kurdes : le conditionnel de rigueur ne permet pas d’affirmer si des troupes occidentales étaient témoins, ni si elles s’étaient au préalable retirées…

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