HUILES ESSENTIELLES - Un atout économique indéniable


L’endémicité estimée à 80% et les vertus thérapeu­tiques des plantes locales mettent Madagascar parmi les premiers pays en voie d’émergence qui ont le plus de chance de transformer leur économie en misant sur la richesse de sa biodiversité et particulièrement sur les huiles essentielles. Véritable patrimoine naturel reconnu à travers le monde, la flore de Madagas­car regorge de trésors d’essences de plus en plus prisés. Exportés au profit des plus grandes enseignes internationales, les essences tirent les demandes sur le marché mondial vers le haut. D’après l’Economic Develop­ment Board of Madagascar (EDBM), leur origine leur confère une « forte potentialité d’investissement » et les recettes devraient croître significativement dans les prochaines années. Selon les chiffres disponibles, 95% de la production malgache d’huiles essentielles sont destinées à satisfaire la demande extérieure. Les huiles de Ravintsara, de Mandravasarotra (saro) et d’ylang-ylang, des incon­tournables du secteur, suscitent particulièrement l’intérêt des investisseurs. Pour les acteurs de la filière, les produits déve­loppés à partir des essences des plantes de Madagascar ont déjà largement démontré leur capacité à séduire les marchés. Au plan financier, on avance que l’exportation des huiles essentielles pourrait générer le milliard USD, contre environ 150 millions USD par an actuellement, bien avant 2030 comme il a été prévu initialement. Ainsi, le défi est aujourd’hui de booster la production tout en assurant la pérennité des activités et en garantissant que tous les intervenants de la chaîne de valeur soient correctement rétribués. De l’avis d’un exportateur, la Grande île détient actuellement 25% du marché mondial de l’huile essentielle de girofle et près du tiers de celui de l'ylang-ylang. Et notre interlocuteur d’estimer que ces parts de marché pourraient doubler d’ici deux à trois ans et que les autres produits comme le ravintsara et le baobab sont à même de révolutionner le marché pour ne plus se con­tenter des créneaux de niche. Pour les décideurs publics, la filière demeure une valeur sûre et devrait contribuer davantage à muscler le tissu industriel du pays tout en augmentant les recettes d’exportation dont elle représente 20% actuellement. D’après les projections les plus récentes, le volume des huiles extraites des plantes pour l’alimen­taire, la parfumerie, la cosmé­tologie ou encore l’homéopathie devrait décupler dans les 5 ans à venir pour Madagascar, dont la production exportée tourne actuellement autour de 2 200 tonnes. Ce qui ferait de ce marché la première source de devises du pays au cas où les mines venaient à stagner.

Conseil National

Désormais, l’heure est à l’amélioration de l’organisation de la filière. C’est dans ce cadre que le projet de mise en place d’un Conseil National dédié s’est inscrit. L’objectif étant d’éviter dès maintenant les erreurs de gouvernance de la filière qui pourraient léser certains acteurs impacter négativement l’image de Madagascar qui, jusqu’ici, parvient à être bien perçu par la clientèle, bien que la dégradation permanente des ressources naturelles du pays commence à inquiéter sérieusement les intermédiaires et les donneurs d’ordre. Rappelons que le Grou­pe­ment des exportateurs d'huiles essentielles de Madagascar (GEHEM) avait signé, en septembre 2021, avec le ministère de l’Envi­ron­nement et du dévelop­pement durable (MEDD) un accord pour acter la mise en place mettre en place du Conseil National des huiles essentielles, extraits et oléorésines, pour promouvoir et développer cette filière. Ce qui a permis la création effective de la plateforme quelques mois plus tard. Pour les acteurs de la filière, il s’agit de « valoriser de manière durable nos ressources naturelles car Madagascar dispose de divers produits qui constituent un potentiel économique, social et environnemental considérable ». Il a également souligné que le partenariat public-privé pour développer la filière huiles essentielles comporte plusieurs volets. Le premier, qui comprend les parties juridique et gouvernance, vise à mettre en place un cadre légal, réglementaire et de gouvernance moderne et attrayant. Sans oublier la révision du dispositif fiscal. Le second concerne l’énergie et l’environnement qui prévoit notamment un reboisement massif, la lutte contre l’utilisation du bois de chauffe et la mise en place d’un cahier de charges unique dans la fabrication d’alambics. Enfin, le troisième volet va créer le label naturel bio et durable “Vita Malagasy”.
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