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Pr. Auberlin Rakototiana : « Le vol d’organe pendant l’autopsie est impossible»

Professeur Auberlin Rakototiana, chef de service de la Médecine légale au Centre hospitalier Joseph Ravoahangy Andrianavalona (CHU JRA).

• Quand doit-on faire une autopsie ?
– Une autopsie est pratiquée en cas de mort brutale ou de mort suspecte. On parle de mort brutale, lorsqu’une personne a été tuée par balle, percutée par un véhicule, frappée par la foudre, tombée sur une échelle, ou a reçu des coups. Et une mort est suspecte, lorsque la victime est sortie de chez elle en bonne santé, et a succombé, pendant qu’elle jouait au basketball, par exemple. C’est la loi qui prescrit l’autopsie, car la cause du décès doit être précise. On ne peut pas affirmer tout de suite que ce soit l’empoisonnement. Car cela peut être une maladie contagieuse, entre autres. Si les examens ont confirmé que la personne a été tuée, l’ouverture d’enquête a lieu automatiquement. Si son décès a de l’impact sur la santé publique, des mesures s’en suivent.

• Les patients décédés à l’hôpital ne sont donc pas sujets d’autopsie ?
– Si. L’examen est nécessaire, toujours, s’il s’agit d’une mort brutale ou suspecte. Par exemple, une personne heurtée par un véhicule et qui rend l’âme sur le lit d’hôpital. On doit déterminer exactement la lésion. Est-elle imputable au traumatisme auquel elle a été victime. Car ce n’est pas obligatoirement l’accident qui a causé sa mort. Prenons pour exemple, un homme de 70 ans qui a fait un infarctus sur la route. Peu après, un véhicule l’a heurté. Si l’autopsie confirme que c’est l’infarctus qui a provoqué son décès et non l’accident de circulation, le conducteur pourra être déchargé. Et si la personne accidentée a été ivre, et rend l’âme sur un lit d’hôpital. Si son état a été mis à nu pendant les recherches, la circonstance va atténuer la faute du chauffeur.

• La famille du défunt peut-elle demander le résultat ?
– Non, la famille n’a pas le droit de le demander. C’est à l’officier de police judiciaire, à savoir, la brigade criminelle, la section de recherche, qui a fait la demande d’autopsie qu’on remet le résultat.

• Des familles redoutent la corruption et la modification des résultats.
– C’est impossible. La modification des résultats n’existe pas.

• Comment pouvez-vous être aussi affirmatifs?
– Parce que c’est moi le premier responsable ici. Je me connais, et je connais mon équipe. Le problème dans la société malgache, c’est de croire obstinément qu’un tel est mort empoisonné ou tué. Alors que lorsqu’on fait les examens, on aperçoit qu’il a été victime d’un accident vasculaire-cérébral, ou que le taux d’alcoolémie a été très élevé. Mais cette conclusion, très peu de Malgaches veulent l’admettre.

• Certaines personnes ont témoigné qu’on a volé l’organe de leur proche pendant l’autopsie.
– Cela n’existe pas. Le vol d’organe n’existe pas pendant l’autopsie. Que va-t-on en faire ?

• Le vendre et le greffer sur un malade ?
– La greffe d’organe est encore impossible à Madagascar. Ni la loi, ni les équipements médicaux ne le permettent pas. Nous n’en disposons pas encore. La conservation d’un organe ne dure, par ailleurs, que 6 heures de temps. Ce délai étant écoulé, l’organe est inutilisable. Il faut aussi un produit spécial pour conserver ces organes, ce qui n’existe pas encore à Madagascar. Mais nous nous préparons, toutefois, à la transplantation rénale. Les textes sont en cours d’élaboration.

• Les organes des personnes décédées peuvent-ils être utilisés dans une transplantation ?
– Il existe deux types de donneurs. Les donneurs vivants et les donneurs décédés. Pour les décédés, il faut que ce soit une mort cérébrale, c’est-à-dire, que son cerveau ne fonctionne plus, tandis que son cœur continue à battre. Lorsque son cœur s’arrête de battre, on utilise une machine qui aide le cœur à fonctionner encore un moment. Finalement, donc, la personne à qui on peut prendre un organe à transplanter est une « personne vivante ». Lorsqu’on meurt, nos organes deviennent inutilisables.