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Editorial

Optimisme béat

Pour une « agréable » surprise, difficile de trouver une autre. Le dernier Conseil des ministres a tablé sur un taux de croissance de 4,5% de l’économie globale, en termes réels du Produit intérieur brut, PIB, pour l’exercice 2020-2021. Alors qu’avec la situation qui prévaut, et bientôt celle du post-Covid, si le mal daigne nous laisser tranquille pour les quatre mois restants de cette année maudite, un net recul de la progression économique est attendu.

De 5,1 aux alentours de zéro, selon les prévisions les moins pessimistes de la loi de finances rectificative, par rapport aux prétentions initiales. Alors, cette projection tombée du ciel, venue au moment où on l’attendait le moins, comme les grêlons de contre saison, ne peut que laisser perplexe tout le monde.

D’autant que le communiqué y afférent, évasif et expéditif sur le sujet, n’a pas mentionné outre mesure, comment le pays va-t-il faire pour atteindre un tel objectif ambitieux, sinon démesuré. Si l’on prend comme base de départ les constats actuels des principaux indicateurs sur le tableau de bord des agrégats macro-économiques, ils se prêtent plutôt au pessimisme ambiant. Aussi, cette déduction paraît hâtive et dépourvue de bon sens.

Car, par exemple, le tourisme, un des leviers de cette croissance en question, pourvoyeur de devises, créateur d’emplois, une industrie peu polluante, vit sa pire saison après le relent de relance de l’an passé. La prochaine réouverture de la destination Nosy-Be aux vols internationaux, programmée au début d’octobre, a été saluée par les opérateurs engagés dans les activités touristiques. Certains ont même laissé un soupir de regrets.

En estimant qu’il aurait été plus profitable de prendre cette décision salutaire au début de la crise sanitaire. Quand Madagascar était encore épargné par l’avancée du mal. Avec un nombre réduit de contaminés du coronavirus. Il fallait isoler Nosy-Be du reste du pays et inviter des étrangers à fuir leurs « bastions », Italie-Espagne-France, en proie à la vague déferlante de la pandémie à ce moment précis. Ils auraient eu à leur disposition un havre de paix paradisiaque. Laissant derrière eux la Covid-19 et son cortège funeste.

Il s’agit alors d’une opportunité saisie sur le tard. Cela étant, ce bond prodigieux à venir, rappelle deux autres vues de l’esprit du passé. En 2002, par la crise politique opposant Didier Ratsiraka à Marc Ravalomanana, ce si précieux indice a passé quatre points en dessous du zéro. L’année suivante, il a été remonté de 4%, en valeur absolue. Marc Ravalomanana, devenu président de la République au forceps, faisant un raccourci des plus absurdes, a alors conclu, en additionnant la soustraction, que le PIB a crû de 8%. Ni plus, ni moins.

Roger Kolo, en avril 2014, Premier ministre nommé par Hery Rajaonarimampianina, quatre mois après son flop d’investiture, lui, n’a pas fait dans la dentelle. En six mois, il a prévu que la Grande île, qui vient de sortir d’une douloureuse transition de quatre années, avec les graves conséquences des sanctions internationales, était en mesure de réaliser une poussée phénoménale de 7,5% de son PIB. Même les dragons asiatiques à leurs années de gloire n’ont pas pu effleurer cette barre mythique, dans le délai imparti.

Venu tâter les pouls des nouveaux dirigeants élus, Andris Pielbags, commissaire européen au développement, a eu un léger sourire approbateur mais diplomatique, au coin de ses lèvres en entendant la nouvelle. C’est dire l’ampleur de la gaffe…

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