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Editorial

Ni fleurs ni corona

Il y a quarante ans plus ou moins, on commençait à réaliser la superfluité des fleurs et des couronnes dans les derniers gestes qui accompagnent un être cher arraché à la vie de différentes manières. Les fleurs et les couronnes étaient une manière de s’associer au deuil et une manifestation extérieure de son rang social. Le montant du famangiana reste à la discrétion de l’enveloppe et de la famille éplorée. Sinon du mobile banking, étant donné qu’il n’est pas recommandé d’utiliser du liquide pour limiter les risques de contamination. En tout cas, cela reste un geste de solidarité et de compassion dans la pure tradition du Fihavanana pour devenir l’expression d’un rang social, d’une certaine autorité plus tard. Une déclinaison des traditions et des mœurs au fil du temps.

Quelques années plus tard, on en finit également avec les veillées funèbres, tradition séculaire où tout le village tient compagnie à la famille éplorée, laquelle doit servir café et petits pains aux vaillants veilleurs qui profitent de l’opportunité pour faire valoir leur talent de virtuose de l’a capella et de buveurs impénitents.

Les temps qui courent ont fait comprendre à la majorité des gens qu’on dépense plus dans les veillées qu’on en gagne dans les famangiana. Mais surtout qu’il s’agit d’un boulevard offert aux brigands qui se rendent se rendent aux veillées pour faire un repérage et revenir pour le grand coup quelques jours plus tard.

Et le coronavirus vient dépouiller ce qu’il reste de la plus précieuse des traditions de ces dernières consistances. Le linceul ne fait plus le mort. La réalité dépasse désormais la fiction immortalisée par le scénariste Louis C Thomas dans un théâtre radiophonique. Les victimes du coronavirus sont enveloppées dans un sac mortuaire avant d’être mises dans un cercueil de fortune scellé par les autorités. Et comble de malheur, on frôle la suppression du dernier acte solennel que les vivants doivent aux morts, l’enterrement. Eh oui, c’est juste incroyable. Le dernier adidy source de tsiny s’il n’est pas accompli, est en passe de devenir une formalité expéditive. Les autorités imposent une mise en terre symbolique avec la seule présence des proches directs de la victime. La cérémonie est abrégée au maximum. Une courte prière pour secouer Saint Pierre dont l’agenda est surbooké depuis huit mois, afin qu’il inscrive le nom du disparu parmi les nouveaux pensionnaires de l’univers céleste. Le fameux kabary est réduit à sa plus simple expression alors que l’enterrement était un moment de prédilection des orateurs pour montrer ce qu’ils valent en joute oratoire.

C’est toute une série des us et coutumes autour de la mort qui est en train d’être balayée d’un seul coup par ce diable de corona. Pire, comme dans certaines familles, la Covid-19 fait le tour de toute une fratrie, il n’y a plus assez de larmes pour pleurer tout le monde. La mort est attendue sans cruauté et avec philosophie. L’essentiel est de mettre en terre rapidement le malheureux proche. À jamais car s’il ressuscitait, on aura de nouveau affaire avec corona.

Autant donc mettre une croix sur cette possibilité.

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