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Redressement – L’économie communautaire s’enracine dans l’Androy

 La verdure et le bétail forment le paysage ultra austral de Madagascar en l’absence de catastrophe.

Contrairement aux idées reçues sur le climat désertique et l’enseignement des manuels scolaires sur la végétation épineuse, l’extrême Sud de Madagascar regorge de potentialités en matière agricole, animale et minière. Pleins feux sur cette réalité.

Pour la mise en œuvre du déve- loppement humain. L’État dont l’existence n’est connue dans le Sud qu’à travers les bureaux administratifs peu fréquentés et assez délabrés, est assisté d’organisations internationales et non gouvernementales dans cet objectif. Elles le soutiennent aussi dans la préparation des personnes vulnérables à la résilience face aux catastrophes humanitaires omniprésentes.

La distribution d’eau se fait en charrette transportant deux jerricans.

Carence en eau

C’est le principal problème éternel dans l’extrême Sud de Madagascar, dont les zones rurales constituent l’intervalle entre l’espace océanique et les villes existantes en milieu sableux. Les autorités locales existent tout comme dans toutes les autres parties de Madagascar, mais l’économie monétaire domine. Tout est question d’argent et tout se monnaye. Un abandon de la moralité traditionnelle dans la vie quotidienne fait place au mercantilisme basé sur l’échange de faveurs facturé dès que l’occasion se présente. Dans les villages qui environnent la ville d’Ambovombe, l’argent est considéré comme source de toute facilité. L’éducation morale est absente, mais les ONG à l’instar de CARE International prennent le relais dans la réalisation de l’éducation et l’autonomisation financières des communautés villageoises.

Résilience

Face à la pénurie, notamment en eau
potable, deux jerricans et une charrette sont octroyés par Care International à chaque communauté villageoise de vingt personnes, dans le district d’Ambovombe. L’accès difficile et la rupture de l’alimentation en eau potable caractérisent initialement ces villages. La population connaît, chaque jour, l’expérience d’une traversée de six à neuf kilomètres pour trouver un point d’eau.

« Actuellement, chaque foyer bénéficie d’une ration de vingt litres d’eau potable par jour, grâce au transport des deux jerricans sur une charrette tirée par un bœuf offert à tour de rôle par les foyers bénéficiaires. Dans une communauté villageoise où les vingt membres désignent deux individus pour assurer ce transport à chaque fois, il suffit de payer 1000 ariary pour obtenir la quantité d’eau par foyer. La part d’eau potable obtenue est utilisée pour l’alimentation et l’hygiène », témoigne une mère célibataire de cinq enfants.
Le destin partagé auparavant par les villageois qui se déplacent au loin pour trouver de l’eau est actuellement un cauchemar. Le transport facilité de l’eau et son accès à un prix réduit grâce à l’obtention de la charrette et des deux jerricans permet, à chaque communauté, de vingt membres qui nourrissent sept cents personnes de s’approvisionner en continu en eau potable.

Les mères de famille planteuses et vendeuses d’huile essentielle de kignagna.

Augmentation de revenus

L’agriculture dans l’extrême-Sud offre des produits utiles à la nutrition et à la santé. C’est la pluie aléatoire qui entrave le rendement des produits agricoles. Or, normalement tous les trois mois, les récoltes de fécules comme le manioc et la patate connue sous le dialecte local par « bageda » se font. La diversification des cultures est encore un obstacle en raison même de la catastrophe humanitaire basée sur l’indisponibilité de revenus en liquide qui permettent une vie commode. Les paysans et villageois n’ont le choix que d’écouler leurs produits, tous similaires, sur le marché hebdomadaire unique du chef-lieu de district qu’est la ville d’Ambovombe.

Dans l’optique de se faire un complément de revenus, des mères de famille se regroupent pour commercialiser du « kignagna ». Il s’agit d’une plante à plusieurs vertus médicinales. « Le litre de l’essence de kignagna est vendu à 10 000 ariary. La plantation de kignagna est choisie par vingt mères de famille regroupées afin de trouver une source de revenus supplémentaires. Grâce à l’encadrement de toute une année dispensé par le projet Fagnoitse, financé par l’USAID et mis en œuvre par CARE International, des activités génératrices de revenus ou AGR comme la plantation et commercialisation de kignagna sont assistées techniquement », témoigne une mère de famille venant d’un village reculé dans le district d’Ambovombe et présente à la foire de projets le 11 juillet dans la ville.

Le coordinateur technique de Fagnoitse fait une démonstration sur le mécanisme associatif villageois d’épargne et de crédit.

Caisse de solidarité

Les villageois se rassemblent dans un groupe pour cotiser afin de constituer une caisse d’épargne et de crédit. Chacun de ces villageois peut faire un emprunt dès qu’il acquiert la qualité de cotisant de six mois. Un intérêt de 10 % mensuel est à restituer avec la somme empruntée, selon le délai de remboursement. « La caisse de solidarité prévoit une forme de distribution de dividendes tous les neuf mois. La caisse tire profit des prêts auxquels s’ajoutent les intérêts une fois que ceux-ci sont restitués. Tous les membres bénéficient de la distribution et, à tout moment, peuvent contracter des prêts selon des montants en proportion à leurs contributions respectives. La caisse s’appelle Voamamy et chaque village en a aujourd’hui. Les membres empruntent pour créer de petits commerces et pour s’assurer des achats importants. Chaque Voamamy devient également un recours pour un membre en état de nécessité », indique le coordinateur technique du projet Fagnoitse, Andry Rasolonanahary.

Une mère parmi les éleveurs qui se regroupent par vingtaine, explique le mode d’élevage de chèvres.

Cheptel caprin

L’élevage de chèvres par foyer ne rapporte pas en raison de la difficulté d’entretien, de l’insuffisance d’eau et de la cherté des services vétérinaires. Les villageois s’associent actuellement en groupes. Ces derniers bénéficient chacun de l’octroi de cinquante sept chèvres destinées à être élevées d’une manière intensive. « Une chèvre connaît une portée tous les cinq mois. La reproduction permet ainsi au cheptel d’augmenter en nombre. Une chèvre vaut 210 000 ariary et peut être commercialisée à ce prix si jamais un membre du groupe se retrouve dans un besoin urgent. Le groupe paie deux individus pour une journée afin d’assurer le suivi en alimentation et en santé des chèvres élevées. La solidarité permet de formaliser l’élevage et de raffermir l’entraide entre les villageois, même si les aléas naturels sont des dangers qui planent en permanence », rassure un membre d’un regroupement d’éleveurs.

Un agent communautaire montre les six localités où les habitants ont été victimes de la sécheresse.

Des chiffres et des lieux

Des milliers de personnes sont victimes dès que la sècheresse prévaut dans l’extrême Sud. Parmi elles, se trouvent à l’heure actuelle, quarante deux mille rescapés et récupérés pour pouvoir survivre. Le projet Fagnoitse qui signifie littéralement « levier », devrait permettre à ces personnes touchées par la sècheresse de se redresser tant socialement que financièrement. Ces personnes forment huit mille quatre cents ménages. Imanombo, Ampamata, Jafaro, Marovato Befeno, Tsimananada et Ambanisarika sont les communes rurales du district d’Ambovombe où les populations vulnérables et victimes de la sècheresse sont sauvées depuis un an par le projet Fagnoitse. Ce sauvetage est prévu coûter 1 106 760 dollars sur financement de l’USAID, mais seuls 58% de cette enveloppe ont été utilisés. Cent vingt tonnes de semences ont été distribuées aux foyers bénéficiaires pour leur assurer un redressement vital pérenne.

 

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