Chronique

Bête algorithme sur Facebook

«Votre publication va à l’encontre de nos standards de la communauté sur la nudité ou les activités sexuelles. Ces standards sont en place parce que la nudité peut heurter certains membres du public».
Facebook s’est ému que je publie cinq photos de l’exposition de Onja Be (actuellement au Chick’N Art Ankorondrano). Sur ces photos, véritablement entre «Ombres et Lumière», ou, comme le dit l’artiste «Quand les courbes se dévoilent, les détails se cachent», rien qui puisse choquer. On voit un beau sein bien mis en valeur. On devine le corps nu d’une femme. On devine, on ne voit rien. Tout est justement dans la suggestion, dans l’imaginaire. Chez Facebook, on ne comprend pas que c’est du Nu artistique.
Helmut Newton (1920-2004) est un artiste côté chez Christie’s. Sa photo, intitulée «Sie Kommen» (Here They come, Naked and Dressed) a trouvé acquéreur à 241.000 dolars. De quoi s’agit-il ? Il avait mis en vis-à-vis deux photos du même groupe de quatre femmes. À gauche, elles défilent totalement nues, mais sans détail scabreux qui eût tué l’effet artistique. À droite, elles adoptent exactement la même posture sauf qu’elles sont entièrement habillées, l’une d’elles portant même un chapeau.

La Revue Réponses PHOTO, dans son numéro 137 d’août 2003, publie un dossier sur le NU, annoncé très explicitement en page de couverture avec la photo classique pleine page qui dévoile beaucoup sans rien montrer. Un autre magazine, PHOTO «la référence de l’image depuis 1967», ose même un tritre sans équivoque «Tout Nu» (n°524, mars-avril 2006) avec une femme dans le plus simple appareil alanguie sur fond de Tour Eiffel. N’était-ce son geste, à mes yeux superflu, d’un majeur bien tendu, la photo, la couverture, le sujet, n’ont rien de scandaleux. Le «Festival européen de la photo Nu» en était à sa dix-neuvième édition, en mai 2019, sans faire scandale. Et faut-il donc habiller au Photoshop ces femmes balinaises (Indonésie), simplement au travail, mais qui, de leurs seins nus, ont aimanté un anthropologue qui les a immortalisées au sépia d’il y a plusieurs décennies ? Et le sexe féminin de «L’origine du monde» (Gustave Courbet) ? Et les seins de la Vénus de Milo ?
Je ne publie pas non plus du Nu tous les jours. Mais, la liberté d’expression doit pouvoir me le permettre, chaque fois, surtout que ce n’est pas de la pornographie et que c’est de l’art. Mes publications sont peut-être publiques, mais elles ne sont obligatoires pour personne. Un réseau social qui prétend tout embrasser devrait confier son travail de rédaction en chef à une sensibilité humaine, seule encore à pouvoir faire preuve de discernement.

En novembre 2012, dans le mouvement «Le soulèvement des femmes dans le monde arabe», une jeune femme égyptienne avait posté une photo d’elle sans voile mettant cette liberté de «sentir le vent dans ses cheveux» en regard de la photo sur le passeport, portant le voile. Facebook a censuré : c’est quoi le message ? Qu’une femme arabe sans voile ne peut pas se prendre en selfie sans que ce soit immédiatement outrage… En septembre 2016, Facebook avait retiré la célèbre photo de la jeune fille vietnamienne fuyant, nue, et hurlant de douleur après un bombardement au napalm de son village. Cette photo date de la guerre du Vietnam et avait reçu le Prix Pulitzer. Message : un document historique n’est pas à l’abri d’un révisionnisme étriqué. En mars 2018, Facebook avait censuré le tableau «La liberté guidant le peuple» parce que Marianne y est peinte les seins nus… Question : reste-t-il une intelligence humaine derrière Facebook ?

Comme Espen Egil Hansen, le rédacteur en chef du journal norvégien Aftenposten, portestait auprès de Mark Zuckerberg : «Les médias ont la responsabilité de réfléchir à ce qu’ils publient, au cas par cas. Ce droit et ce devoir, que tous les journalistes du monde doivent exercer, ne devraient pas être sapés par un algorithme codé».

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