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Développement du grand Sud – La matérialisation de la continuité de l’État

Les 13 Velirano pour le Sud du président Andry Rajoelina rappellent vaguement les 21 engagements de l’État envers cette partie du pays durant l’ancien régime. Des engagements pris en compte dans la Stratégie de développement intégré du Grand Sud de Madagascar élaborée par l’État avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le Développement depuis 2017, et qui est partagée par l’administration Rajoelina.

Bravo ! Pour une fois, on se retrouve dans une logique de continuité de l’État. Nous avons déjà beaucoup travaillé sur ces problèmes du Grand Sud et il y a énormément de matières à capitaliser. » Un technicien dans l’élaboration de la Stratégie de développement intégré du Grand Sud (SDIGS) et originaire de l’Anôsy, félicite le pouvoir actuel de joindre leurs apports aux efforts déjà entrepris auparavant en ce qui concerne la résolution des maux des régions du Sud de Madagascar. La SDIGS elle-même s’inscrit « dans la continuité du Plan de relèvement et de résilience du Grand Sud de 2016 ». Elle entendait permettre « l’orientation des interventions publiques et privées autour des leviers identifiés pour favoriser l’émergence d’une dynamique de développement autonome de la région à partir de ses atouts économiques et naturels ». Cette stratégie comptait alors cinq axes prioritaires. À savoir « les infrastructures comme moteur d’une économie intégrée et locomotive du Grand Sud : routes, énergie, eau »; « la diversification et l’accélération des filières porteuses : agriculture, élevage et mines »; « la gouvernance, sécurité et culture »; « le capital humain : éducation, santé, nutrition, eau et assainissement, protection et assistance sociale » ; et « la préservation de l’environnement, réduction des impacts du changement climatique et renforcement de la résilience aux risques de catas­trophes ».

Ce qui concorde également avec les thématiques abordées durant le Colloque pour l’émergence du Sud initié par Andry Rajoelina. « Nos travaux ont porté sur différents thèmes : bien-être social et développement humain, infrastructures de base, sécurité alimentaire, émergence agricole et résilience communautaire, la paix et la sécurité, les rôles et places du secteur privé », note le Président sur son compte Twitter. Le mouvement émergence s’est, en effet, approprié la SDIGS tout en l’adaptant au programme du Président. «  Cette stratégie considère à la fois l’initiative Émergence de Madagascar et les 13 Velirano du président de la République. Elle garantit également le réengagement de l’État et des collectivités territoriales décentralisées autour d’une initiative intégrant le développement, la résilience, la protection sociale, la consolidation de la paix et l’humanitaire », soutient le ministère de l’Éco­nomie et des Finances (MEF) dans un article relatant les avancées dans les réflexions autour du Financement du Grand Sud de décembre 2019.

« Presque tout ce qui a été discuté durant le Colloque est inscrit dans la SDIGS, sauf la mise en place d’usines et de pipelines », soulève celui qui a auparavant participé à l’élaboration de cette stratégie. En effet, aussi bien la réhabilitation des infrastructures routières que l’amélioration de l’accès à l’eau et à l’énergie, ou encore le soutien à une agriculture résiliente etc., ont déjà tous fait l’objet d’études dans la SDIGS. À titre d’exemples, dans cette stratégie, la réhabilitation de l’axe Tolagnaro-Ihosy (RN13) a déjà été évoquée avec une nécessité de financement estimée à 110 millions USD. De même, l’extension à la région Androy de l’aire d’influence autour des deux pôles de croissance que sont Toliara et Tolagnaro à travers la RN10, et dont le coût des travaux était estimé à 177 299 250 USD. Les autres secteurs ne sont également pas en reste si l’on ne cite que l’éducation, la santé ou encore l’environnement pour lesquels plusieurs lignes d’actions ont été développées.

Salué de tous

Les acteurs du développement dans cette partie de la Grande île n’ont pas manqué de saluer cet engagement du Président. «  On remercie le président de la République, le Premier ministre et tous les membres du gouvernement ainsi que tous les élus car c’est la première fois que nous assistons à un Colloque spécialement dédié à la situation du Sud », déclare Viviane Dewa, présidente de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) d’Anôsy et représentante du secteur privé durant le colloque. Une position que partage Soja Lahimaro, gouverneur de la région Androy. « Je suis plus que satisfait de ce colloque », dit-il, « car pour nous, il s’agit d’un point marquant de l’histoire. Il ne s’agit pas uniquement de l’Anôsy, de l’Androy et de l’Atsimo Andrefana, mais de tout Madagascar, car la zone Sud est mathématiquement la base de l’île. Et quand on construit quelque chose, il faut commencer par la base », soutient-il. « Les projets présentés lors du Colloque répondent en partie aux besoins des Malgaches dans le Sud. Ce Colloque écarte également l’hypothèse selon laquelle c’est l’absence de volonté politique qui entrave le développement du Sud », convient, de son côté, Tsimanaoraty Paubert Mahatante, Maître de Conférences à l’Université de Toliara, spécialiste de la Pêche et du changement climatique, et originaire de l’Androy.

Inclusivité

Les résolutions du Colloque initié par le Président répondrai­ent parfaitement aux maux du Grand Sud, estiment la plupart des acteurs. « Notre objectif est d’opérer une transformation radicale du Grand Sud en identifiant les actions prioritaires par district et en répondant aux aspirations profondes de la population locale », souligne d’ailleurs Andry Rajoelina. Une démarche inclusive qui semble être tout à fait en son honneur. Selon Soja Lahimaro, les résolutions de ce Colloque « pourront tout à fait résoudre de façon pérenne les maux du Sud ». « Elles coïncident absolument aux priorités et attentes des populations parce qu’on a mis en place des projets inclusifs. On a pris les secteurs point par point pour voir les principaux problèmes du Sud et voir des solutions en conséquence. Donc il n’y a pas de raisons que cela ne marche pas », explique-t-il.

À la suite du colloque et afin de lutter contre la désertification et l’aridité de la région, l’État a décidé de développer des techniques agricoles adaptées au contexte régional, entre autres la technologie du goutte-àgoutte ou la micro-irrigation, la culture sous serres, le développement de nouvelles races de zébus… Des projets qui nécessitent la participation des populations bénéficiaires et qui créent également de l’emploi dans les régions. En ce qui concerne la sécurité, «  une base opération­nelle avancée sera installée dans les zones les plus touchées par l’insécurité », annonce le Président. Pour faire face au kere, l’État a décidé de mettre en place « un centre de réhabilitation nutritionnelle et médicale » qui permettra de faire le suivi de l’état de santé des personnes en situation de malnutrition. Ce centre sera doté, selon Andry Rajoelina, d’un service de santé, d’un centre alimentaire et d’une banque alimentaire.

La réhabilitation des routes nationales RN12A, RN13 et RN10 est, sans doute, l’un des projets phares issus du Colloque, le désenclavement de ces régions étant « primordial pour la con­duite du changement ». À également été évoqué durant ces deux jours d’échanges entre les différentes parties prenantes nationales du développement du Grand Sud, le programme Mionjo de la Banque mondiale qui, selon le Président, « participera à la réhabilitation du pipeline Mandrare-Sampona ainsi que du pipeline de 90 km d’Ampotaka à Tsihombe ». Ce programme, d’un budget de 100 millions USD, devrait bénéficier à 1 410 550 personnes de cette partie du pays. Le chef de l’État a également annoncé la mise en place d’un pipeline qui conduira l’eau du fleuve Efaho jusqu’ à Ambovombe. Des travaux qui seront financés sur fonds propres de l’État.

Outre les routes et les pipelines, l’État prévoit de mettre en place une usine d’ensachage d’eau qui assurera, selon le Président, « l’approvisionnement de soixante mille personnes quotidiennement dans plusieurs districts ». « Nous n’allons plus attendre. Nous allons maintenant nous lever et travailler car nous ne sommes pas seulement là en tant que facilitateurs ou participants, mais vraiment en tant qu’acteurs majeurs », déclare le gouverneur de la région Androy, Soja Lahimaro. « Les dires du Président ont pour nous une force exécutoire », insiste-t-il.

L’économie bleue comme perspective

Le secteur privé a profité du Colloque pour insuffler la nécessité de se pencher un peu plus sur les opportunités offertes par l’économie bleue dans le cadre de la lutte contre la pauvreté dans ces régions du Sud. « En tant que CCI, notre contribution était d’avoir proposé à l’État de développer l’économie bleue », soutient Viviane Dewa. Selon la présidente de la CCI d’Anôsy, le développement offert par l’économie bleue est l’idéal car il est transversal. « Il y a, en fait, plusieurs retombées », explique-t-elle. Si l’on ne cite que la levée des problèmes liés au transport routier. D’après ses explications, « on n’aura plus vraiment besoin de routes terrestres pour venir à Tolagnaro pour le transport de marchandises, par exemple, car on peut développer le cabotage au niveau national. Ainsi, nous n’aurions plus de contraintes routes à part la météo ». Le secteur privé avance la proposition d’usage de bateaux de type Beacher pour développer ce transport maritime car ces derniers peuvent «  beacher un peu partout sur la côte Est et ne demandent pas beaucoup d’infrastructures », souligne Viviane Dewa. Les beachers peuvent même aller jusque dans l’Androy tout en minimisant les risques liés à l’insécurité sur les routes, et « c’est ce qui est intéressant  », met en avant notre interlocutrice. Dans cette optique, transporter des marchandises de Toamasina jusque dans l’Atsimo ne prendrait plus, selon elle, que « deux à trois jours en mer  ». Outre le transport, la pêche est un secteur qui a un fort potentiel de développement, car la mer du Sud « est très poissonneuse  », soutient la présidente de la CCI d’Anôsy. Le Sud affiche un très grand potentiel en termes de « pêche au gros et petits pélagiques avec un stock estimé à 64 000 tonnes» con firme le Dr Tsimanaoraty Paubert Mahatante. Le potentiel énergé­tique ainsi que toutes les activités qui tournent autour de l’océan, sont ainsi des pistes de développement non négligeables. Si l’on ne prend que le tourisme nautique, le développement d’infrastructures portuaires « installation des ports de pêche », la mise en place d’écoles de pêche, de chambres froides, de ports en eau profonde, la création d’un chantier naval à Maroaloke ou à Faux-Cap etc.

Des infrastructures qu’on pourrait qualifier de base pour permettre aux populations du Sud, notamment de l’Androy, de déployer leur plein potentiel et sortir de la pauvreté et du cercle vertueux de la sècheresse et du kere. Car, d’après Viviane Dewa, ces populations, particulièrement les Antandroy, « n’ont pas l’habitude d’aller dans l’eau car la plupart habitent dans des hameaux et ne veulent aller nulle part ailleurs ». D’un autre côté, « la mer dans le Sud est très agitée, car c’est à la croisée de l’océan Indien et du Canal de Mozambique ; sans oublier le vent du Sud qui s’intensifie avec le courant des aiguilles, ainsi que la présence de beach rock qui sont des roches frangeantes pouvant facilement casser les embarcations  », explique le D r Tsimanaoraty Paubert Mahatante.

L’option de développement de l’Économie bleue n’a cependant pas été prise en considération dans les résolutions du Colloque. Néanmoins, « nous allons continuer de la proposer», insiste Viviane Dewa car « je pense que si les Seychelles, La Réunion ou l’île Maurice peuvent vivre de cela, nous aussi, nous pouvons entièrement en tirer profit ».

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