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Bemiray – « Pour que la mer ne soit plus la limite de notre rizière »

La guerre « civile » en Syrie dure depuis cinq ans sans que la communauté internationale veuille bien lever le petit doigt : du moment que Daech n’exporte pas son terrorisme dans le monde occidental et que les migrants n’envahissent pas l’Europe, tant pis pour les malheureux Syriens ! Un ciel limpide non pollué en particulier par la lumière des villes permet de scruter les étoiles, alors, parlons un peu d’astronomie. Enfin, les escaliers aux centaines de marches du monde nous intéresseraient. C’est le menu du Bemiray de ce jour.

Guerre et terrorisme – Le calvaire d’une famille syrienne

2011-2016. Cinq ans d’une folie meurtrière qu’aucune des parties en présence ne peut plus imputer uniquement aux « autres » sont en passe de rayer de la carte un pays qui fut pourtant le berceau d’une civilisation plusieurs fois millénaire. Les chiffres accusent : 470 000 morts, 7 millions de déplacés intérieurs, 5 millions de personnes contraintes à l’exil. Si hier la totalité des bien-pensants du monde entier, y compris chez nous, ont clamé « être Charlie », comment comprendre qu’aujourd’hui, devant ce drame humanitaire qui dépasse l’entendement, personne ne se sente Syrien   Des écrivains et journalistes n’ont plus que leur plume pour dénoncer les frappes aveugles, et se faire l’écho de drames vécus au quotidien par des anonymes qui n’auront jamais accès aux colonnes des grands magazines. Ahmed Ibrahim est un de ceux-là. Il raconte l’histoire d’un sexagénaire aujourd’hui réfugié en Turquie, dont le plus grand plaisir était de pêcher tranquillement dans les eaux de l’Euphrate, quand le ciel n’était pas encore assidûment fréquenté par les avions de chasse.

Daech érige son État islamique sur un territoire chevauchant l’Irak et la Syrie.
Daech érige son État islamique sur un territoire chevauchant l’Irak et la Syrie.

« Chaque fois que Daech décidait d’exécuter un jeune de la ville, et chaque fois qu’on subissait une nouvelle salve de bombardements de la part du régime, des Russes, ou de l’alliance occidentale, mes enfants nous pressaient de quitter la ville. Je savais que, dès que nous aurions quitté la maison, celle-ci allait être squattée par ces oiseaux de malheur de Daech. Depuis trente-trois ans nous la construisons, nous la meublons, chacune de ses briques est chargée de mille souvenirs. La deuxième marche de l’escalier de l’entrée, qui est cassée et qu’on n’a jamais réparée, bien qu’on n’arrête pas d’y trébucher, à qui la laisserions-nous   Qu’adviendrait-il des photos de mes enfants accrochées au mur   Qui arroserait le beau palmier que j’ai planté devant la porte

Zakat
Le lundi 16 novembre 2015 fut un jour de bombardements particulièrement violents. Nous avons finalement décidé de partir. Mais il ne faut pas croire qu’il suffit d’aller à la gare routière pour prendre le bus. Il y a toute une série de complications, des pattes à graisser, des mafias à contourner, de nouvelles règles qui sortent de nulle part à respecter… Un ami m’a conseillé de me faire faire une attestation selon laquelle moi et ma femme serions malades, et aurions besoin de nous faire soigner en Turquie. Mon mensonge n’a pas convaincu  le médecin-chef de l’hôpital. Il fallait trouver une autre solution : se faire marchand. Les marchands pouvaient sortir de la ville, à condition de laisser la part de la zakat, ou aumône islamique, prélevée sur la valeur de la marchandise. En dollars, puisqu’ils n’acceptaient pas d’être payés autrement. Finalement, ma femme et moi « étions » commerçants, un fait dûment attesté par des documents officiels de l’organisation Etat islamique, et ce grâce à une zakat calculée en fonction de la marchandise que j’étais censé importer pour un million de livres syriennes, somme qu’en réalité je ne possédais pas. J’avais juste de quoi couvrir  les frais de voyage, après la vente d’une partie de nos meubles.
Personne n’était au courant, ni voisins, ni membres de la famille, et nous sommes partis comme des voleurs, très tôt le matin, sur la pointe des pieds. Il fallait qu’une dernière fois je trébuche sur la deuxième marche de l’entrée de la maison. A notre retour, je la réparerai. Ma femme a pris ma main dans la sienne, et ses larmes étaient les dernières gouttes d’eau qui ont arrosé notre beau palmier ».
Et que dire de ce couple de Damas, rapporté par Akram Al-Bounni, qui, quoiqu’il advienne, a tenu à célébrer la Saint-Valentin chez des amis   Dans le taxi, la jeune femme remarqua le regard insistant du chauffeur, au point qu’elle a demandé sans détour une explication. Le conducteur a ralenti, et lui a avoué qu’elle ressemblait beaucoup à sa fille. « Elle nous a quittés, il y a quatre ans. Elle était sur le point de passer son bac, quand elle a été ensevelie sous les ruines de notre maison avec ses frères que nous avons récupérés en morceaux ».
Ne sachant que dire, elle lui a offert la rose rouge que son mari venait de lui acheter pour la Saint-Valentin, et n’a plus relevé la tête jusqu’à l’arrivée. Elle est descendue de la voiture dans un mouvement de fuite, tandis que son mari payait la course. Quand il l’a rejointe, elle s’est retournée : l’homme avait posé la tête sur le volant et serrait entre ses mains la rose rouge…
Samar Yazbek, qui avait cru à un « printemps syrien » et est aujourd’hui réfugiée en France, résume en ces mots l’agonie de son pays : « La communauté internationale poursuit sa vie, alors même que la vie s’éteint devant ses yeux ».

Les escaliers du temple d’Angkor Wat, au Cambodge, sont raides.
Les escaliers du temple d’Angkor Wat, au Cambodge, sont raides.

Curiosité du monde – Des escaliers toujours plus hauts 

C’est presque un rite pour beaucoup de touristes, une fois parvenus sur l’esplanade de la Place de l’Indépendance, de marquer un temps d’arrêt : question de se remettre des 168 marches de l’escalier Ranavalona 1ère, et de s’attarder sur un panorama de carte postale caractéristique de la capitale. Sur la colline d’en face, l’escalier d’Ambondrona parait avoir été tracé au couteau dans une mosaïque où se superposent les couleurs et les architectures les plus diverses. La Ville des Mille serait-elle aussi celle des cent escaliers   Des plus connus aux simples passages anonymes, on pourrait citer l’escalier Ramilijaona entre Mahamasina et Imarivolanitra, l’escalier Prince Kamamy entre Ambanidia et Andafiavaratra, l’escalier Razafindrazay de 480 marches qui part de la cuvette de Mahamasina pour aboutir sur le parvis de la cathédrale d’Andohalo. Un vrai parcours sportif pas à la portée de tous les mollets,  mal entretenu, mais quelle vue !
Le record du nombre est sûrement tananarivien, mais pas celui de l’originalité, ou des dimensions des ouvrages. Le temple d’Angkor Wat, au Cambodge, possède des escaliers tellement raides qu’on ne peut les gravir qu’à quatre pattes. Ils symbolisent la difficulté d’atteindre le royaume des dieux, et on ne demande qu’à croire. A Hawaï, les Haiku Stairs, également connus sous le nom d’« escaliers du ciel », comptabilisent 3 922 marches, soit plus de huit fois notre record homologué ! Sa fermeture au public depuis 1987 pour cause de risques trop élevés n’a jamais empêché les casse-cou de passer outre. En Chine, le Huangshan est un ensemble rocheux ayant statut de Parc naturel. Son point culminant, le Pic du Lotus,  est à 1 864m et est desservi, au choix, par un escalier de 4 000 marches à donner le vertige, et un téléphérique qui n’arrive pas au sommet. A croire que cette lacune, si c’en est une, est voulue, afin que tout le monde ait sa part de marches à gravir. Les Chinois ont des relations très particulières avec leurs montagnes. C’est avec une sérénité toute confucéenne que beaucoup se font photographier à quelques centimètres du vide, arrachant des cris d’effroi de la part des visiteurs étrangers…
Pour nombre de ces derniers, le « Tiger and Turtle » de Duisbourg n’est pas un inconnu. Civilisation occidentale oblige, avec cet ouvrage intégralement en acier galvanisé, on revient au tout-loisir. Vu de loin, on le prendrait pour un manège de « montagnes russes » avec ses grandes boucles, ses montées et ses descentes presque à pic. La différence est que le circuit de 220 m est à parcourir, non pas dans une machine lancée à une allure démentielle, mais à pied, étant intégralement constitué d’escaliers de seulement un mètre de large. Peur et sensations fortes garanties, car ne défie pas le « tigre et la tortue » de Duisbourg qui veut… La nuit, la structure se métamorphose en une féérie éclairée par 880 lampes à diode électroluminescentes montées dans les mains courantes.
A New York enfin, l’Empire State Building se prête à une compétition originale consistant à escalader ses étages dans les meilleurs temps. Transposé chez nous, il pourrait s’envisager de faire de même avec notre escalier le plus long, dans le cadre de Journées Annuelles de la Ville Haute, dépositaire de tout un pan de l’Histoire de Madagascar. Quand on n’a pas la mer, il n’est pas interdit d’avoir des idées…

Astronome – Plus près des étoiles 

Il arrive qu’un visiteur venant d’Europe, levant le nez en l’air, ait cette réflexion par une belle

Toute une batterie de « télescopes » pour scruter le ciel dans le désert d’Atacama au Chili, jour et nuit.
Toute une batterie de « télescopes » pour scruter le ciel dans le désert d’Atacama au Chili, jour et nuit.

soirée de juillet : « c’est curieux, le ciel chez vous parait bien plus plein, bien plus beau que chez nous ! » Ce n’est pas faux, le ciel de l’hémisphère Sud peut même à lui tout seul constituer un spectacle grandiose pour qui a la passion, ou tout simplement la curiosité, de s’y intéresser autrement que par hasard. La meilleure période est l’hiver austral, et cette observation est tout à fait possible à Antananarivo, ou plus exactement à Ankadiefajoro, à moins de deux kilomètres d’Andoharanofotsy, dans les faubourgs sud de la capitale. Le Pr Ratsifaritana, un passionné d’astronomie, a en effet eu l’idée d’y aménager le sommet d’une colline à la fois en observatoire ouvert à tout public, et en lieu de méditation. Car il est impossible de ne pas se sentir infiniment petit devant l’infiniment grand…
Comme on est sur une hauteur, la pollution lumineuse est presque inexistante, et l’impression de pouvoir toucher les étoiles du doigt est réelle. L’observatoire peut aligner jusqu’à huit télescopes selon l’importance des groupes de visiteurs. Les sites à visiter s’appellent Omega de Centaure, 47 de Toucan, ou encore les nuages de Magellan. Et comme les voitures accèdent jusqu’au sommet de la colline, les touristes peuvent tranquillement rentrer à leur hôtel après leur voyage … astral.
D’une toute autre dimension, et s’adressant cette fois-ci à la science, est ce qu’offre le désert d’Atacama au Chili, toujours dans l’hémisphère Sud. Dans cette région réputée être une des plus arides de la planète, les astres brillent avec une intensité introuvable ailleurs, et sont « surveillés » en permanence par des télescopes géants à la recherche de nouvelles planètes tournant autour d’autres étoiles et, pourquoi pas, de nouvelles avancées dans l’explication de l’origine de la vie. L’absence presque totale d’humidité donne à l’atmosphère une limpidité exceptionnelle, et les stations qui y sont installées n’ont pas reçu une seule goutte de pluie depuis des décennies. Pendant les nuits sans lune, la silhouette des objets se découpe dans la lumière émise par les milliards d’étoiles de la Voie lactée, qui n’est qu’une des centaines de milliards de galaxies qui peuplent l’univers. Une lumière qui ne nous parvient qu’après avoir traversé des espaces vides distants de dizaines de milliers d’années-lumière…

 

L’astro-physicien Charles Ratsifaritana  (à dr.) incite les gens  à visiter son observatoire Astro, à Ankadiefajoro, pour observer les étoiles.
L’astro-physicien Charles Ratsifaritana
(à dr.) incite les gens
à visiter son observatoire Astro, à Ankadiefajoro, pour observer les étoiles.

Microclimat
Dans ce désert d’Atacama, au sommet du Cerro Paranal à plus de 2 600m d’altitude, quatre coupoles de 35 mètres de haut abritent le Very Large Telescope de l’Observatoire européen austral. L’ensemble est composé de quatre miroirs primaires de 8,2 mètres de diamètre reposant sur une structure de 450 tonnes, et de quatre télescopes auxiliaires. Chaque miroir pèse près de 45 tonnes, et peut se déformer jusqu’à cinquante fois par seconde. Ils sont couplés à des capteurs infrarouges destinés à analyser la lumière émise par les nuages de gaz dans lesquels se forment les étoiles, et qui sont véritablement « les salles d’accouchement de l’univers ».
A Atacama, les scientifiques ont reproduit les mêmes expériences que celles effectuées par les sondes Viking 1 et Viking 2 pour détecter une éventuelle activité biologique sur Mars, et sont arrivés aux mêmes conclusions : il n’y a pas la moindre trace de vie dans ce désert. Astronomes, ingénieurs, et logisticiens vivent donc dans une sorte de serre entièrement destinée à l’observation du ciel, et qu’ils ont surnommée La Résidence. Tout l’intérieur baigne dans une lumière naturelle passant par un dôme transparent équipé d’un système de voiles opacifiants. Mais on y est encore sur terre, la vie est presque normale : pour créer un microclimat, on y a aménagé une piscine et une plantation d’arbres tropicaux, dont des bananiers…

Rétro pêle-mêle

Le petit écran nous a habitué aux concours culinaires de France, très suivis, dont le moindre des attraits n’est pas cette anxiété crispant les visages dans l’attente du verdict. La Fédération des Hôteliers et Restaurateurs de Madagascar  programme en ce mois de mai 2007 son concours du meilleur Chef malgache, mettant en lice douze présélectionnés de toute l’île. Chaque candidat doit présenter un plat à base de caneton pour quatre personnes, ainsi qu’un dessert au chocolat et à la vanille. Le jury composé de personnalités malgaches de la table, de membres réunionnais de l’académie culinaire de France, ainsi que de disciples d’Auguste Escoffier, porte son choix sur Jackson Randriamaro, chef du Grand Hôtel d’Antsiranana.

BE6Les compagnies aériennes desservant Nosy Be ne cessent d’augmenter, en cette année 2007. La liaison avec Milan est assurée le lundi par Blue Panorama, le mercredi par Air Madagascar, et le samedi par Air Italia. Johannesburg est desservie le samedi par Air Link. La Réunion et Mayotte sont proposées le mardi et le samedi par Air Austral, Air Madagascar assurant un vol pour la Réunion via Antsiranana le lundi. Le service Paris Orly-Nosy Be de Corsair est, quant à lui, programmé à partir du 1er novembre.

Six artisans d’Antsirabe s’organisent pour offrir aux touristes une visite complète de leurs ateliers. Chacun dispose d’un showroom où il est possible d’acquérir des produits de qualité à des prix d’atelier. Un circuit haut en couleurs et instructif, au bout duquel les visiteurs sauront tout sur le tissage de fibres naturelles, le papier antemoro, les « bonbons gasy », la transformation de matières recyclées, sans oublier la lapidairerie dont le Vakinankaratra est un haut-lieu.

Textes : Tom Andriamanoro
Photos : L’Express de Madagascar – AFP