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Chronique

Histo-Géo malgache (2)

C’est Napoléon qui formula précisément une vieille évidence : «Un État fait la politique de sa géographie». Madagascar est une île, et devrait faire la politique de cette géographie insulaire. Sur le volet culturel, sur la question immigratoire, dans l’approche diplomatique. Mais, la géographie est également à usage interne : les vrais «pays» sont délimités par des fleuves et des montagnes : selon que l’on soit en-deçà ou au-delà de l’Ankaratra…

Ajax d’Amsterdam, Bayern de Munich, Juventus de Turin, Real Madrid, FC Liverpool, Austria Vienne, Spartak Moscou, Étoile Rouge de Belgrade… De vrais noms de villes portés sur une carte de l’Europe par FranceFootball. La géographie de l’Europe, ce n’est pas en cours d’histo-géo que je l’ai apprise, mais à suivre, nuitamment sur ondes courtes et avec quelques jours de décalage dans les pages de France-Football, l’ancienne Coupe de l’UEFA : Norrköping (Suède), Bröndby (Danemark), Magdebourg (Allemagne), Graz (Autriche), Arnhem (Pays-Bas), Salonique (Grèce), Tirana (Albanie), Lucerne (Suisse), Malines (Belgique), Dundee (Écosse), Timisoara (Roumanie), Glenavon (Irlande du Nord), Rovaniemi (Finlande), Lubin (Pologne), Odessa (Ukraine)…

Avec la Ligue des Champions, trustée par les mêmes grandes équipes, le cours de géographie se déplacera vers la Ligue Europa Conference : Rome, Leicester, Rotterdam, Marseille… Si, comme les équipes malgaches, les clubs européens avaient arboré le nom de leurs sponsors, mes connaissances de la géographie seraient restées nulles : Elgeco ou CNAPS, aujourd’hui ; Fortior ou Corps Enseignant, hier. Dans la capitale française, ils peuvent dire «Ici, c’est Paris». Sur le by-pass, «Ici», c’est nulle part…

J’avais déjà pu disserter sur l’affiche d’un match, à l’entrée du tunnel d’Ambohidahy : «Barea vs. Éthiopie». L’Éthiopie, je sais la situer sur une carte du monde, je connais ses merveilles patrimoniales inscrites au patrimoine de l’Humanité, j’ai appris l’exploit de ses troupes contre les Italiens à la bataille d’Adoua (1896). Bref, Éthiopie, c’est un pays. Un pays réel, sur une carte. Mais, «Barea», c’est où ?

Le «Fanagasiana», dont au moins le concept revient brièvement dans l’actualité à l’occasion du cinquantenaire du «13 mai 1972», doit être surtout de l’histo-géo de Madagascar: la connaissance de la géographie et de l’histoire de la quatrième plus grande île du monde. Par exemple, Maha-masina, «pierre de l’onction du Hasina», fut le lieu de couronnement de deux souverains du XIXème siècle. Et c’est depuis la même «vatomasina», pierre sacrée, que fut proclamé l’indépendance retrouvée, en 1960. Qu’est devenue cette pierre consacrée en un haut lieu historique qu’on prétend débaptiser en «stade Barea» ?

Grande île lointaine, perdue dans les profondeurs des classements de la Banque mondiale ou du PNUD, Madagascar souffre déjà d’un sérieux déficit de notoriété. Son nom déjà phagocyté par un dessins-animés de Hollywood, je doute que Madagascar puisse exister sur une mappemonde et dans les têtes si on l’affuble encore d’un surnom.

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