A la une Politique

Général Richard Rakotonirina – « Face aux nouvelles menaces, il faut un nouveau format de l’armée »

La fête nationale marquera non seulement le 60e anniversaire du retour à l’indépendance, mais aussi le 60e anniversaire de la création de l’armée. Pour la grande muette, cette 60e bougie coïncide avec le déclenchement de sa restructuration. Dans une interview faite jeudi, le général Richard Rakotonirina, ministre de la Défense nationale, explique le contour de cette réforme. Elle vise à édifier une armée à même de défendre les intérêts de Madagascar, en ce 21e siècle.

Au même titre que le retour à l’indépendance, cette année marque le 60e anniversaire de l’armée. La question que tout le monde se pose aujourd’hui est, au regard de la crise sanitaire, qu’en sera-t-il des festivités ?

Nous sommes toujours dans une conjoncture sanitaire compliquée. Il faudra en tenir compte. Madagascar pour l’instant, parvient à contrôler de manière honorable l’extension de l’épidémie. Il y a aussi la découverte et la consommation du Covid-Organics qui rassure la population. Cela nous permet de prévoir des rayons de soleil sur le futur. Néanmoins, l’organisation des festivités sera calibrée en fonction du contexte, sous l’égide du président de la République, chef suprême des armées.

La restructuration de l’armée a aussi démarré cette année. Beaucoup s’interrogent, même au sein de vos rangs, en quoi est-ce nécessaire ?

Permettez-moi de faire une petite contextualisation. Au retour de l’indépendance, Madagascar a bénéficié du parapluie militaire de la France. Lors de la révision de l’accord de coopération en 1973, ce lien militaire a été rompu. Durant la deuxième République, Didier Ratsiraka alors président, l’a érigé en armée populaire. Aussi, depuis plus de quarante ans, il y a eu un immobilisme. Aujourd’hui, la Politique générale de l’État (PGE), ordonne à l’armée une mission nouvelle. Sa contribution à la lutte contre l’insécurité pour préserver l’État de droit.

Ce n’explique pas pourquoi il faut restructurer.

Tout simplement, parce que l’armée n’a pas suffisamment été structurée et mobilisée pour participer aux opérations de sécurisation intérieure. Ce nouveau cadre d’emploi implique la définition d’un nouveau format de l’armée. Les équilibres stratégiques rendent, par ailleurs, improbable la guerre entre les États. Il faut tenir des différents dimensions et formes de l’insécurité et y ajouter de nouvelles menaces comme la pandémie actuelle et les catastrophes naturelles. J’en profite pour remercier le président de la République, pour son courage politique et sa décision historique d’engager cette réforme. Une nouvelle forme d’armée est donc nécessaire, pour répondre à ces nouvelles menaces.

La nouvelle structure prévoit un chef d’état-major des armées et trois états-majors pour l’armée de terre, la marine et l’armée de l’air. Pourriez-vous nous expliquer leurs attributions respectives ?

On reproche souvent à l’armée des défaillances opérationnelles comme l’incapacité de contenir les bandes armées, la lenteur d’intervention et les insuffisances dans la surveillance du territoire maritime. Il y a aussi, les défaillances organiques que sont, entre autres, le manque de professionnalisme et de crédibilité des acteurs, le corporatisme, ainsi qu’une mauvaise répartition géographique. Tout cela a entraîné une rupture de la confiance de la population. Aussi, l’état-major des armées est dédié à l’utilisation opérationnelle des forces. Les états-majors des trois armes ont la responsabilité des chaînes organiques.

À quoi la population peut-elle s’attendre suite à cette restructuration ?

L’objectif est qu’elle perçoit un saut qualitatif dans les actions de l’armée. Une armée harmonieuse, sous contrôle démocratique et proche de la population. Une armée réconfortante en tout temps et capable d’appuyer le développement. En somme, le résultat attendu sera donc, une armée apte à défendre et protéger les intérêts vitaux et stratégiques du pays. Ceci avec les forces essentielles minimales efficientes et dissuasives, en adéquation avec nos ressources économiques.

Face à la crise sanitaire, où en est cette restructuration ?

La guerre épidémiologique ne doit pas empêcher la mise en œuvre de la PGE. Les réformes pour améliorer l’architecture sécuritaire du pays, suivent leur cours. Les nouveaux chefs des états-majors sont nommés. Nous avons jusqu’en juin pour rôder le fonctionnement de ces nouvelles structures. Des travaux intensifs sont ainsi menés pour la mise en place de la chaîne opérationnelle et organisationnelle. L’objectif est de générer au plus vite une nouvelle force et avoir un redécoupage défensif du territoire par le traçage de nouvelles zones de défense.

À vous entendre, l’armée sera donc plus vouée à lutter contre l’insécurité. Qu’en sera-t-il de la défense du territoire alors ?

La nouvelle mission de l’armée dans la réalisation de la politique sécuritaire n’occultera pas son rôle de défense opérationnel du territoire. Elle sera donc, sur deux fronts. Seulement ramener l’insécurité dans le pays à un seuil acceptable est un prérequis au développement. Outre les actions sur terre, cette mission sécuritaire vaut également pour l’armée de l’air et la marine. Cette dernière joue par exemple, un rôle majeur dans la lutte contre l’exportation illicite des ressources naturelles et des bovidés. Par ailleurs, Madagascar étant une île, il est important de défendre ses intérêts et préserver sa souveraineté dans sa Zone économique exclusive.

En parlant de souveraineté et de territoire maritime, quel est le rôle de l’armée dans la revendication de la restitution des îles éparses ?

Comme vous le savez, l’État s’engage dans un processus de restitution des îles éparses. Le Président a récemment affirmé que Madagascar ne souhaite pas une cogestion, mais une véritable restitution. Dans son discours lors de la concertation nationale sur les îles éparses, au Centre de conférence internationale (CCI), Ivato, le chef de l’État a souligné que cette revendication de la souveraineté malgache sur ces îles, se fera par voie diplomatique.

Le cas échéant, est-ce que l’armée sera capable de défendre nos intérêts sur l’ensemble notre territoire maritime ?

C’est la principale raison de la restructuration de la marine nationale. Le ministère de la Défense, dans ses mesures d’anticipation, doit toujours prévoir dans un futur immédiat, un scénario cohérent de contrôle de son espace maritime.

Parlons brièvement de l’état d’urgence sanitaire. Le déploiement de l’armée avec des blindés intrigue et amuse même les citoyens. Pourriez-vous nous dire quel est exactement le rôle de l’armée dans cette crise sanitaire ?

L’armée est un acteur à part entière de la guerre contre le coronavirus. Elle est présente dans les actions sociales comme la distribution de masques, de Covid-Organics et des filets de sécurité sociale. Elle est active dans la réplique sanitaire et les actions en milieu contaminé avec la Brigade d’intervention sanitaire (BIS). Dès les premières semaines du confinement, jusqu’à ce jour, l’armée est déployée pour faire respecter les mesures prises par le gouvernement. Elle appuie à la sécurisation durant les couvre-feux.

Avant de conclure, un point intrigue. Jusqu’à quand l’armée va-t-elle se complaire aux forces essentielles minimales ?

Dans le plan de restructuration, nous prévoyons évidemment des lignes budgétaires pour renforcer les rangs et le matériel de l’armée. Il faut néanmoins, souligner qu’outre la nouvelle mission qui lui est attribuée, cette réforme a aussi pour but d’avoir des forces efficientes par rapport aux moyens de l’État. Depuis quelques mois, toutefois, les efforts étatiques dans le rééquipement sont déjà conséquents. En prenant cette décision, le président de la République a rendu sa fierté à l’armée. Il y a eu l’achat de nouveaux matériels roulant et d’aéronefs. Ces derniers, particulièrement les hélicoptères sont sur tous les fronts. Que ce soit dans les missions de sécurisation, de sauvetage lors des catastrophes naturelles, et même durant cette crise sanitaire.

4 commentaires

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter

  • Soyons sérieux, si restructuration, ça va couter ce que mada n’a pas, penser que la marine peut éventuellement protéger ses eaux porte à sourire, avec quels bateaux… l’armée à Madagascar n’a pas lieu d’être une restructuration de la gendarmerie et de la police serait plus judicieuse . et couterait moins cher à l’état. Ensuite il y a des accords de protection avec la France. A trop vouloir on se crée des problèmes et le pays n’en a pas besoin davantage . Commençons par faire les routes, détaxer le solaire et le gas, pour que le peuple puisse vivre correctement, et donner du travail à tous. Former les gasy pour que ce soient eux qui dirigent les sociétés d’exploitation à Mada . développer le tourisme de bon niveau et créer des conditions pour recevoir les étrangers qui veulent y vivre, et ne pas accepter tout le monde, ‘(conditions de revenus) Qui va envahir Mada ? )

  • 3)
    Quel équipement de Base a besoin de compléter l’armée de Terre – Mer – Air ?
    Vedettes rapides hautes mer
    Salaire prévisionnel de l’effectif officiel de base
    Auto-indépendance alimentaire des familles au sein de l’armée.
    2)
    Que faut-il faire le vendredi 26 juin 2020 ?
    Que ne faut -il pas tenter avec déni pour célébrer l’honneur de l’Esprit du vendredi 26 juin 2020 ?

    La liste réduite des participants à mettre en fonction :
    La liste des invités potentiels prêts à venir sans s’humilier soi-même et eux mêmes mondialement :

  • Mon Général,
    un peu de modestie est de mise pour un grand chef de guerre…
    Madagascar n’a pas d’ennemis alors comptez sur vos Amis, les vrais pas ceux qui ne rêvent que de piller vos eaux territoriales et vous mettre à terre …
    Votre combat est interne soyez un véritable Chef de Paix, éduquez vos hommes et formez les à aider votre peuple, et travaillez un peu plus vos forces spéciales anti dahalo

  • GENERAL, vos observations sont celles qui conviennent a un Pays developpés,je veux bien entendre vos arguments corporatistes – Mais savez vous que une majorité de Malgaches n’ont pas de quoi se nourrir au quotidien? Ils ne peuvent non plus acheter des medicaments pour se soigner ne parlons meme pas des infrastructures routieres – Et vous mon Général vous parlez d’investir dans de nouveaux equipements militaires en connaissez vous le budget? vous n’etes pas sans savoir ce que coute une armee moderne et son entretient – D’autre part l’armee dont vous revez ne serait pas a meme de la defense du territoire Malgache donc son role ne serait que le maintient de l’ordre de la population pour cela il existe la police et la gendarmerie donc il est plus adequat de restructurer ces 2 corps en materiel .
    une Armee n’a pas sa place dans un pays pauvre ou d’autres priorites basiques sont necessaires.
    Dissoudre l’Armée incorporer materiels et personnels a la police et la gendarmerie serait plus efficace et moins couteux
    PRENEZ COMME EXEMPLE LE COSTA RICA QUI N’A PAS D’ARMEE DEPUIS DES DECENNIES ET QUI A DEVELOPPE UN PAYS ECOLOGIQUE UN TOURISME ECOLOGIQUE IL A CONSACRE LE BUDGET QU’IL CONSACRAIT A SON ARMEE
    POUR LE DEVELOPPEMENT ET LE BENEFICE DE SON PEUPLE ET DE SON PAYS.
    NE VOUS REJOUISSEZ PAS MON GENERAL D’ETRE A LA TETE D’UNE ARMEE et donc son peuple souffre au quotidien

    RAPPROCHEZ VOUS D’UN HOMME COMME LE PERE PEDRO QUI LUTTE AU QUOTIDIEN CONTRE LA PAUVRETE A MADAGASCAR ET ARRETEZ VOTRE SUFFISANCE PERSONNELLE.