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Bemiray – Monde – L’Europe et ses nationalismes

Le musicien Richie Havens pose devant un « hippies magic bus », exposé au musée du Centre  pour les arts de Bethel, New York.

Les mouvements indépendantistes apparaissent comme des épines au pied de l’Union européenne, surtout le problème de la Catalogne. Tom Andriamanoro ravive ensuite la mémoire des septuagénaires en rappelant le phénomène hippie, avec certains clichés comme « Faites l’amour et non la guerre », le psychédélisme, et autre drogue artificielle type LSD. Enfin, la production de biocarburants nécessiterait des plantations de canne à sucre ou de palmiers à huile pas du tout écologiques !

Ainsi va l’histoire. Les États unitaires se sont souvent bâtis sur le dos des particularismes régionaux. Se fondre dans un moule unique n’a pas toujours été bien perçu, surtout si la chose s’accompagne de ce qui est considéré comme une dépersonnalisation. L’exemple qui a ébranlé les certitudes unitaristes de l’Europe est celui de la Catalogne qui décide la tenue, en octobre 2017, d’un référendum d’autodétermination approuvé par le Parlement régional catalan, mais rejeté par le Tribunal Constitutionnel espagnol. La question posée aux électeurs a le mérite de la clarté : « Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous la forme d’une république ? » Elle est néanmoins doublement provocatrice, car brandissant le séparatisme tout en adressant une nique à la monarchie espagnole. Le 12 septembre, le Tribunal Constitutionnel rend un jugement définitif d’inconstitutionnalité en se fondant sur la Constitution espagnole de 1978, dont huit articles ne seraient pas respectés. Le Parquet du Tribunal Supérieur de Justice de Catalogne ordonne à la Garde Civile et aux corps des police, catalane et espagnole, de saisir le matériel électoral pour empêcher la tenue du scrutin. Le 20 septembre, quatorze membres du gouvernement régional catalan sont arrêtés. Dix mille manifestants descendent dans les rues de Barcelone, entonnant l’hymne catalan et des chants républicains. Les maires catalans sont menacés d’arrestation s’ils se montrent coopératifs pour l’organisation du scrutin. La veille du référendum, Madrid envoie plusieurs milliers de membres des forces de l’ordre à Barcelone, et réquisitionne des bateaux de croisière pour les loger.

L’autonomiste, Gilles Simeoni (au c.), et l’indépendantiste,
Jean-Guy Talamoni (3è à dr.), corses, lors d’une conférence de presse,
le 3 avril dernier.

Le jour du scrutin, trois cent dix-neuf bureaux de vote sont fermés, ce qui représente 14% du nombre total. Les forces de l’ordre n’hésitent pas à utiliser la force pour évacuer les électeurs, ce qui a fait dire au chef des indépendantistes, Carles Puigdemont, à ses partisans : « Votre dignité contraste avec l’indignité de la violence policière ». Les gouvernements européens, tout en soutenant Madrid, condamnent, dans leur ensemble, l’usage exagéré de la force. Les résultats donnent 2 044 038 « Oui » contre 177 547 « Non ». 770 00 votes n’ont pas pu être comptabilisés, ayant été confisqués ou détruits par la police.
La portée de ce référendum catalan ne pouvait être que symbolique. Mais comme disait Emmanuelle Reungoat, maître de conférence en Sciences politiques de l’Université de Montpellier : « Il est difficile de faire comme si cette revendication n’existait pas, et n’avait pas de légitimité ». Le soir du vote, le FC Barcelone doit jouer son match à huis clos, sa demande de report ayant été refusée. Car pour le gouvernement espagnol et son chef Mariano Rajoy, « il n’y a pas eu de référendum aujourd’hui en Catalogne ».

Des éléments de la « mossos d’esquadra » catalane devant l’entrée du Parlement régional de Barcelone.

Autonomie et indépendance
À l’opposé du cas de la Catalogne, même si certains s’évertuent à les rapprocher, est celui de la Corse. Sur « l’Ile de beauté », deux courants se disputent le leadership du nationalisme : d’une part les autonomistes de Gilles Simeoni, et de l’autre les indépendantistes de Jean-Guy Talamoni qui n’hésite pas à clamer qu’il « n’est pas Français ». Tout en étant bien présents sur l’échiquier, ces derniers reconnaissent que l’indépendance n’est pas encore d’actualité : « Si on passait au vote dimanche prochain, c’est sûr qu’on serait perdant ». Le politologue Thierry Dominici résume bien la situation : « L’indépendance, c’est une question qui se pose chez les militants, mais qui n’a aucune accroche sur les citoyens ». Les Corses reconnaissent qu’il y a un monde entre les réalités catalanes et celles de leur île. Sur les plans démographique et économique, il y a, d’un côté, 7,5 millions de Catalans qui produisent 20% du PIB espagnol, et, de l’autre, 330 000 Corses pesant à peine 0,4% de la production économique de la France. Et Thierry Dominici de poursuivre son constat : « Un référendum ? Il y a en Catalogne un degré de faisabilité qui n’existe pas en Corse ». Conscients de leur faiblesse, les indépendantistes ont conclu une alliance avec les autonomistes lors des dernières territoriales, contre l’engagement de ne pas revendiquer l’indépendance dans les dix ans à venir. Les résultats ont démontré la supériorité écrasante du mouvement autonomiste. Il ne pouvait en être autrement, quand on sait, par exemple, à quel point la Corse dépend encore des subventions de l’État. Et le leader des indépendantistes de se rendre à l’évidence : « L’indépendance ne peut pas encore être à l’ordre du jour tant qu’elle ne peut pas être matériellement envisageable. La Catalogne est une région prospère. L’enjeu dans les dix ans qui viennent est donc d’abord d’enrichir matériellement la Corse ». Et l’autonomiste Gilles Simeoni de conclure tout en savourant sa popularité : « J’ai beaucoup de sympathie pour le peuple catalan, mais leur modèle n’est pas applicable chez nous ».

Pour la députée européenne Giana Pitrella, le fait d’en être arrivé à l’organisation d’un référendum a fait du 1er octobre 2017 un jour noir pour l’Europe. Et si cela se reproduisait un jour ailleurs, en Belgique par exemple ? Des analystes prévoient à terme l’éclatement de ce pays en trois entités : la Wallonie francophone, la Flandre qui parle le néerlandais, et… Bruxelles capitale européenne. Ce ne sera alors plus une histoire…belge

Le kiosque de Square Garden de Meier Rio de Janiero,
où l’Église Universelle du Royaume de Dieu a commencé.

Rétro pêle-mêle

On est en 2004. Les inquisiteurs ont dû déchanter. Le procès des brûleurs de Bible de Fianarantsoa n’a pas tourné à celui de l’Église Universelle du Royaume de Dieu. Avec six mois de prison ferme pour les principaux acteurs et quelques condamnations avec sursis pour les lampistes, il a ramené l’acte à sa vraie dimension, celle d’un délit de profanateurs n’impliquant pas l’Église elle-même.
Les juges ont su garder la tête froide malgré la pression exercée par un « Comité anti-brûleurs », où figuraient de hautes personnalités de la ville et même de la province. De toutes les tendances du christianisme, cette Église brésilienne est, en effet, celle qui colle le plus à la Bible, et on l’imagine mal brûler son ouvrage de référence. À cette même période aussi, l’ambassadeur malgache présentait ses lettres de créance au Président Lula, ceci expliquant peut-être cela…

 

 

Bob Dylan, lors d’un concert en juillet 1987,
était un des chanteurs les plus enthousiastes
du mouvement hippie.

Société  – Il était une fois les hippies

En 1944, l’écrivain Somerset Maugham publie un roman visionnaire intitulé Le fil du rasoir. Son héros, Larry, est un jeune Américain désabusé qui refuse la brillante carrière qui s’offre à lui, rompt ses fiançailles avec une jeune fille fortunée de Chicago, et embarque pour l’Inde après quelques mois de bohême passés à Paris. En quête d’une paix intérieure, il s’inscrit dans l’ashram d’un yogi qui l’initie à la méditation orientale.

Plus de 500 000 spectateurs ont assisté au premier festival de Woodstock, du 15 au 18 août 1969.

Le mérite du livre est d’avoir prédit, avec vingt ans d’avance, le phénomène hippie. Cette recherche d’une régénération spirituelle par l’Orient est, en fait, le contrecoup de l’industrialisation à outrance du monde occidental, et la nostalgie d’une civilisation censée être restée à l’écart de la malédiction technologique. Comme le disait déjà Heinrich Heine, « l’Occident dégoûté de sa faible et froide spiritualité cherche la chaleur au sein de l’Orient ». Un véritable élan de masse déporte alors toute cette jeunesse anxieuse vers d’autres rivages, alors que l’Amérique est au faîte de sa puissance. Mais cette quête d’une rédemption par l’exil n’est pas exempte de contradictions et d’ambigüités qui, dès le début, la vouent à un échec certain. Idéologiquement parlant, le hippie a la haine de tous les courants de gauche, ainsi que de ceux des Noirs américains, comme le Black Power. Mais dans sa décision d’immersion dans un ailleurs encore nébuleux, il ne choisit, en fait, pas un environnement nouveau encore nébuleux, mais le négatif du sien propre. Les chemins de Katmandou se révèlent ainsi sans issue, car le routard idéaliste a gardé sous ses semelles la boue de son pays…

Le musicien Richie Havens pose devant un « hippies magic bus », exposé au musée du Centre
pour les arts de Bethel, New York.

Autodestruction
Et quelle désillusion ! À la place des peuples purs qu’il s’imaginait, il rencontre des Indiens et autres Népalais mercantiles, plus intéressés par son pouvoir d’achat que par ses connaissances védiques, et qui se rient secrètement de sa prétention à divorcer d’avec lui-même. La déception engendrant l’isolement, voilà que se recréent des communautés de Blancs chevelus et émaciés. Cela valait bien la peine d’avoir fait des milliers de kilomètres pour se retrouver exactement comme chez soi!
Très naturellement, le rêve de renaissance spirituelle se transforme en épopée de l’autodestruction. Le principal rôle est désormais tenu, non plus par un yogi de pacotille qui lui vend une sagesse imaginaire, mais par le dealer. La dépendance à la poudre blanche ou aux acides, la méfiance envers tous et chacun, le cortège de maladies physiques ou mentales qui assaille son organisme à bout de souffle finissent par faire de lui un paria méprisé de tous. C’est alors une pente folle jusqu’à l’épuisement, ou l’overdose dans la rue ou dans quelque cage d’escalier. Fin.

 

Les plantations de canne à sucre, destinées à la production de l’éthanol, ne seraient pas écologiques avec l’utilisation d’engrais chimiques et de pesticides.

Environnement – Bioénergie, quelques précautions

Selon une étude effectuée par le Mouvement mondial pour les forêts (WRM), une plantation trop intensive de canne à sucre peut contaminer le sol en cas de recours important aux engrais chimiques et aux pesticides. Elle exige aussi beaucoup d’eau, ce qui peut léser les cultures vivrières. Autre plantation pointée du doigt par WRM, celle du palmier à huile toujours aux fins d’obtenir de la bioénergie. Elle serait à l’origine de 87% du déboisement en Malaisie entre 1985 et 2000. En fait, ce n’est pas le palmier à huile lui-même qui est en cause, mais les choix économiques des gouvernements eux-mêmes. La croissance de 43% de la superficie mondiale plantée de palmier à huile entre 1990 et 2002 était imputable à l’Indonésie et à la Malaisie, cette dernière envisageant alors de déboiser six millions d’hectares de forêt supplémentaires pour les remplacer deviner par quoi ?

 

 

 

Lettres sans frontières – Tu as fait grincer ton lit ?

Un Européen regardait par la fenêtre. C’était le Directeur Gongohi, un homme grand et gros, dont la voix portait loin. Toujours chaussé de souliers à semelles de crêpe, il arrivait à l’improviste. À son entrée au réfectoire, tous les bruits cessaient. Les fourchettes et les cuillers ne frôlaient même plus les gamelles, malgré le plaisir habituel des élèves à racler le fond des assiettes dans le seul but de faire du bruit. Près d’eux, son ombre pesait tellement que ces garçons se retenaient de mâcher.

Le premier jeudi de la rentrée fut le jour de la distribution du trousseau par l’économe, en la présence du Directeur. L’économe, par une fenêtre, jetait deux tricots, deux pantalons, deux vestes, deux serviettes, à saisir au vol pour immédiatement s’éclipser afin de céder la place à l’élève suivant qui devait arriver en courant. La veste pouvait être trop grande ou trop petite, le pantalon trop long ou trop court, aucune importance. On ne peut tout de même pas s’arrêter à de telles bagatelles.
Le coucher sonné, Gongohi faisait la ronde des dortoirs. Le jeu favori des internes après le bavardage était de faire grincer les lits. Le surveillant prenait des noms, les lits grinçaient quand même. Gongohi, lui, arrivait en silence, une lampe torche à la main. Les bruits aussitôt cessaient. Mais s’arrêtant au hasard devant un lit, il tirait l’occupant par les pieds en lui demandant :
-Tu as fait grincer ton lit ?
-Non monsieur.
-Tu dors ?
-Oui, monsieur.
-Ah ! il dort ! En voilà un oiseau qui dort les yeux ouverts. Tu dors ?
-Oui, Monsieur le Directeur.
-Tiens, tiens, monsieur dort, c’est donc moi le fou. Est-ce que je suis fou ?
-Non, Monsieur le Directeur.

 

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