Chronique

La nécessaire fin d’une époque

Nous sommes le 18 février 2020. Antananarivo était dans un tel état de décadence que la décision anodine de replanter les panneaux de signalisation et de surligner les marquages au sol est devenue un geste révolutionnaire : Stop, Cédez, Priorité, Sens interdit, Flèche directionnelle…

Les auto-écoles, qui se plaignaient de ne pouvoir enseigner la théorie du Code de la route, faute de panneaux ou marquages au sol, vont pouvoir actualiser leurs propres connaissances datant d’une lointaine époque où le double-volant était la règle.

La «génération taxibe» a commis un crime effroyable : tuer le Code de la route. Le taxibe, un mode de transport conceptuellement préhistorique, a malheureusement prospéré sur les ruines de notre tiers-monde matériel et moral. Heureusement, le taxibe est voué à disparaître avec le stade d’arriération dont il fut la conséquence mais dont il serait la cause si on lui permettait de survivre.

Antananarivo, et les Tananariviens, méritent un autre concept de transport. La parenthèse taxibe se refermera avec son cortège d’incivisme au volant, de corruption des moeurs automobiles, de nivellement par le bas des normes de confort et standards de sécurité.

Attention, ceci est une Chronique d’il y a quinze ans, «Priorité» (18 novembre 2005) : On n’aurait pas de toute une Chronique pour faire l’inventaire du n’importe quoi dont les chauffeurs de taxi ou de taxibe, voire de particuliers à leur tour contaminés par le laisser-aller ambiant, sont capables. Parfois, au nez et à la barbe d’agents de la circulation totalement dépassés ou qui se souviennent opportunément devoir rentrer chez eux pris en stop par ces mêmes transports en commun.

Attention, ceci est une Chronique d’il y a trois ans, «Archéologue du temps» (31 mai 2017) : L’autre jour, au grand-rond point d’Anosy vers Ampefiloha, j’ai vu un chien traverser prestement «dans les clous» (qu’on a depuis longtemps remplacés par des marquages au sol qui partent à la première pluie). Ce chien errant avait donc un comportement autrement plus «citoyen» que nombre d’humains qui traversent partout et n’importe comment, souvent en dépit du simple bon sens.

Le même jour, un peu plus loin, un parent d’élève, sans doute très pressé de déposer sa progéniture à l’école française d’Ampefiloha, coupa purement et simplement vers la file d’en face, court-circuitant la circulation, ce dont il n’eut cure : témoin de cet incivisme, ladite progéniture est censée apprendre quoi ? Dans une ville, dont les panneaux de signalisation sont la proie des trafiquants de ferraille, les «sens interdit» ne sont plus formels mais aussi aléatoires que la tradition orale. D’où sort cette voiture qui, quittant la station-service Jovenna d’Ambohijatovo, coupe tout de suite vers Ambatonakanga ? Qu’est-ce que toutes ces voitures qui remontent depuis «Gilpin» pour filer subrepticement vers Ankadivato, s’évitant le détour, et les embouteillages, d’Antsahabe ? Combien de fois ne voit-on une voiture (parfois avec la fameuse cocarde aux couleurs du drapeau) rouler purement et simplement en contre-sens depuis Antanimbarinandriana vers Amparibe ?

Un autre jour encore, je croise cette voiture auto-école arrêtée au beau milieu de nulle part sans crier gare, sans scrupule de signalisation. Quels conducteurs ce moniteur inconscient nous prépare-t-il, à leur inculquer ainsi, pire que le non-respect du Code, l’absolue indifférence à l’existence même d’un Code de certaines précautions minimales ?

Attention, ceci est une Chronique d’il y a neuf ans, «La Constitution à l’image du Code de la route» (30 juin 2011) : Mais, il n’y pas que les taxibe et taxi, à l’incivisme légendaire. Des particuliers ont été contaminés du mal qui cancérise doucement notre société depuis un quart de siècle. Le plus grave, c’est que tout ce monde, va-nu-pieds comme possesseurs de limousine et gros 4×4, sont des électeurs. Comment discuter de la Constitution quand, même du Code de la route, nous faisons fi !

La solution ? La sanction immédiate d’une voiture-tamponneuse, engin-bélier, char-balai, pour mettre hors de circulation les voitures en infraction, reste un doux fantasme que seul l’agacement devant cette chienlit provoque. On devrait donc se résoudre à ériger un mur en guise de ligne continue : l’abstraction est devenue incompréhensible à nos concitoyens auxquels il faut opposer un obstacle physique, infranchissable même en Hummer.

Cette auto-école, remontant un couloir en sens interdit, ce mercredi 29 juillet 2011 à midi, quel peut être le message que transmet le moniteur à son apprenti : celui d’une circulation sans foi ni loi ?

On voulait Antananarivo vitrine de Madagascar, voilà le pays à l’image de la circulation automobile dans la Capitale : le laisser-faire et le laisser-aller, le bonus aux contrevenants, le malus à ceux qui sagement, donc désormais bêtement, respectent les lignes continues.

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