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Chronique

Trente ans sur le métier

Vingt-cinq à L’Express de Madagascar. Mais, la scribouillardise avait commencé par une longue «Lettre ouverte», griffonnée rapidement après le 10 août 1991, et déposée directement au desk de Mada­gascar Tribune. Elle paraîtra in extenso le surlendemain, lundi, ayant obtenu l’imprimatur du redchef Franck Raharison. Mon tout premier Op-Ed, dont le titre n’a pas pris une ride: «Ni Iavoloha, ni 13 mai». On a tous connu cette appréhension d’avant première publication, cette impatience à trouver le journal, cette nervosité fébrile à chercher «son» papier. Et la joie déjà susceptible des trop nombreuses coquilles, par la triple faute d’une écriture illisible et d’un opérateur de saisie abandonné à lui-même par un correcteur au fait du triptyque Larousse-Robert-Hachette.

Au cours de ces trois décennies, j’avais pu croiser quelques-unes des «plumes» du métier. Pour s’entendre (un peu, beaucoup, pas du tout) avec un Ancien, aucune formule n’existe, sauf l’équation inter-personnelle. Rémi Ralibera, Jésuite de son état, me parlera une seule fois de mes écrits. J’avais pu apprécier sa «Chronique de Rasedi­niarivo» dans Lakroa aussi, retins-je son unique recomman­dation: «Ne trempe pas ton encre dans le mépris».

Franck Raharison, Stéphane Jacob, Pierre Ranjeva, Christian Chadefaux, Rémi Ralibera : par ordre d’apparition, finalement, ils auront tous déjà disparu. À un titre ou à un autre, certains à plus d’un titre que d’autres, ils auront été dans cette «Taïga où tout le monde se connaît» (c’est le titre d’un film soviétique).

Stéphane Jacob. J’avais fait sa connaissance pendant le stage d’initiation au journalisme (comme nos grands Anciens, je n’avais fréquenté aucune école de journalisme) de l’UIJPLF (Union internationale des journalistes et de la presse de langue française). Son naturel bourru n’allait pas facilement s’accommoder de mes regimbades de «gamin» de 20 ans. Nous étions à la veille des évènements de mai 1991 dont le déclenchement allait disperser notre promotion. L’occasion d’un visite à l’imprimerie Madprint et la découverte de ce qu’était la «typo»: après quoi, je ne risquais plus d’oublier ce qu’est un «bas de casse». Au reportage assigné dans le Zoma d’alors, qui avait envahi jusqu’aux abords de la gare de Soarano, j’avais préféré monter vers ma chère et vieille Haute-Ville: le chantier de reconstruction du palais d’Andafiavaratra (incendié le 11 septembre 1976) était en cours, et comme l’édifice n’était pas encore couronné, j’obtins l’autorisation d’escalader les échafaudages jusqu’au sommet de la tour Sud-Est. «Vue imprenable», simplement vertigineuse, dans la sublime solitude des cimes détestées par le vent, avec à mes pieds le carré béant du grand salon de Rainilaiarivony. Un an plus tard, le stage à Midi-Madagasikara me fit interviewer Tovonanahary Rabetsitonta («Tsy lahatra akory ny fahantrana»), le tout premier Merina candidat à une élection présidentielle. Mais, de la rubrique «Politique», je bifurquai rapidement vers le billet historique «Redécouvrir Madagascar»: Stéphane Jacob et moi nous quittâmes sur un mot, le sien, «Ethnocen­trisme». J’avais cru comprendre que tout le monde l’était, certains se soignent, peu en guérissent.

Pierre Ranjeva. À mon entretien d’embauche, à la Lettre Mensuelle de Jureco, je ne manquai pas de rappeler à «Ingahindriana» qu’il avait signalé dans un ancien édito mon op-ed «Ni Iavoloha, ni 13 mai». Avec sa subjectivité revendiquée, sa mauvaise foi assumée, et sa plume sans aménité, il me donna définitivement goût au billet d’opinion. Avec la rédaction de Jureco, le team-building s’incarna dans les mémorables gueuletons au «Relais Normand». Au temps où cette enseigne n’était pas encore halal. Je ne comprends d’ailleurs pas ces enseignes qui usurpent le label français (Hôtel de France, Relais Normand) tout en étant «porc free». Quand Donald Trump et Emmanuel Macron avaient déjeuné en tête-à-tête, le 24 août 2019 à l’hôtel du Palais de Biarritz, et comme de coutume dans la gastro-diplomatie gauloise, le terroir français fut mis à l’honneur: «porc noir de Bigorre caramélisé». Une autre fois, au Jules Verne de la Tour Eiffel, le Chef étoilé Alain Ducasse avait servi du pâté en croûte, spécialité de Champagne-Ardenne et de Lorraine.

Christian Chadefaux. Dans une vie d’avant L’Express de Madagascar, «CC» avait lancé par voie de presse un appel à manifestation d’intérêt sur le thème du «chien écrasé». Un classique du journalisme. Bien des années plus tard, il me ressortit mon vieux «papier» précisant qu’il avait retenu les meilleures contributions. Sans doute «à toutes fins utiles». Avec la «protection» de CC, au sens corleonesque du mot, je renoncerai définitivement à me cacher derrière tous les pronoms impersonnels, avançant en «JE», privilège unique du Chroniqueur.

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