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Chronique

Antananarivo et le désert malgache

Antananarivo et le désert malgache : pour parodier le célèbre titre d’un ouvrage sur l’absence de décentralisation entre une Capitale qui ne manque de rien et le reste du pays privé de tout. Antananarivo n’est pas Paris, mais l’inventaire dresse une liste que connaissent tous ceux qui ont dû quitter chez eux pour «monter» à Antananarivo : afin d’accéder aux grands hôpitaux publics de référence (Befelatanana, HOMI, HJRA), pour fréquenter les meilleurs collèges et lycées (publics comme privés) ainsi que la plus grande université (qui fut trop longtemps la seule de toute l’île), en usagers se retrouver à proximité de l’administration centrale de tous les Ministères (même d’une Mer qui se trouve à 250 kilomètres).

Paradoxalement, cette fortune fera l’infortune de la Capitale. Depuis 1896, aucune autre ville de Madagascar ne fut autant malmenée qu’Antananarivo : les principaux monuments historiques ont été incendiés ; l’architecture si particulière est abâtardie chaque jour ; quant à la plaine historique du Betsimitatatra, une gageure ferroviaire et l’aberration urbanistique qui s’est greffée autour l’étouffent méthodiquement depuis le précédent malheureux de la butte d’Antanimena arasée pour mieux remblayer le lac de Soarano.

Paradoxalement, les défenseurs d’Antananarivo seraient les contribuables de localités aussi lointaines que FénériveEst, Ambatondrazaka, Miandrivazo, Manakara, Fort-Dauphin si, de là-bas, ils refusaient de cautionner tous ces prêts qui financent des travaux déjà pas indispensables pour Antananarivo. Pourquoi serait-ce aux habitants de Diégo, de Fianarantsoa, de Tuléar, de Majunga ou de Toamasina, de cotiser pour la protection de la plaine d’Antananarivo contre les inondations ? Cette plaine est naturellement sous le lit de l’Ikopa et c’est bien ainsi que le fleuve a toujours pu l’alimenter de ses alluvions et de ses eaux. Il y a quatre siècles, des rizières y ont été aménagées, pour ainsi dire «sur fonds propres», mais depuis 120 ans, des maisons, des cités et des lotissements veulent s’y noyer à grands frais de prêts internationaux que tout le monde aura à rembourser.

Aujourd’hui, le cancer urbanistique s’étend aux collines de ce qui est déjà l’Imerina : rien que sur l’axe Sud vers la RN7, la carrière Colas au PK13 éventre la colline pour en arracher la pierre, tandis que le mamelon du PK 20 est impitoyablement aplanie pour lui arracher la terre utilisée pour remblayer autour du bypass. Le Grand Tana a toujours été présenté comme une communauté de richesses en partage : cependant, toutes ces pénétrantes et radiales, d’abord dédiées à décongestionner Antananarivo, dessinent un chapelet de collines blessées, la chair à vif, tout autour d’une Capitale tentaculaire.

Victime d’un type de génocide culturel, Antananarivo se passerait aujourd’hui volontiers d’une fonction capitale dont le statut spécial est une coquille vide : tant de charges pour si peu de moyens et une autonomie nominale.

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