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DÉFIS CLIMATIQUES – Implication du secteur privé

Le secteur agricole est l’un des plus impactés par le changement climatique.

Les acteurs du secteur privé sont de plus en plus sollicités et actifs sur le terrain de l’adaptation face au changement climatique. Mais c’est aussi un domaine qui permet aux entreprises de mobiliser de nouvelles ressources.

Selon les conclusions générales du dernier rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), Madagascar fait face à une augmentation des températures extrêmes. Si, au stade actuel, les évaluations sur l’impact des sécheresses agricoles et écologiques ne sont pas toutes concordantes, la contribution humaine aux changements observés est bien établie. Les scénarios à Madagascar indiquent que les changements s’accentueront en fonction des échéances considérées et de l’importance des forçages radiatifs mondiaux.

Les experts indiquent qu’il faut s’attendre à une hausse généralisée de la température, plus forte à l’Ouest et au Sud jusqu’au bord occidental des Hautes Terres et aussi dans le Sud-Ouest. Les projections relatives à la pluviométrie sont moins uniformes. Ainsi, une augmentation plus forte de la pluviométrie sur la façade Ouest pourrait être observée. Et à l’inverse, une baisse plus forte sur les Hautes Terres, se prolongeant vers l’extrême Sud-Est. D’ici 2100, la fréquence des cyclones tropicaux ne devrait pas changer significativement. En revanche, l’intensité des cyclones devrait augmenter de 46 % et leur course se déplacer vers le Nord. Une augmentation du niveau de la mer est plus que probable en 2100, de 0,28 à 0,48 m.

À savoir que la ratification de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC) par Madagascar l’a conduit à développer différentes stratégies qui ont évolué en fonction des avancées internationales et de la situation nationale (politique, socio­- économique). Les documents stratégiques qui se sont succédé capitalisent, avec une certaine continuité, les acquis des précédents, tout en s’adaptant à l’évolution obligée des circonstances internationales et nationales et, en particulier, aux orientations de la politique publique de développement.

Aujourd’hui, la planification nationale de l’adaptation s’insère dans la vision stratégique du gouvernement mise en œuvre par le ministère en charge de l’Environnement et du développement durable (Medd). Cette vision est elle-même structurée autour de plusieurs axes stratégiques, dont les actions relatives aux changements climatiques et à la transition énergétique (PNA 2021). C’est sur la base de ces orientations que le secteur privé mène les actions liées à l’adaptation climatique.

Outil d’information pour les entreprises

Dans le document écrit par le Dr Jeannin Ranaivonasy, chef de la mention Agroécologie, Biodiversité et Changement climatique à l’École supérieure des sciences agronomiques (Université d’Antananarivo) intitulé «  Communication relative à l’adaptation de Madagascar au titre de la CNUCC » (AdCom de Madagascar), il est indiqué que l’implication du secteur privé dans l’adaptation à Madagascar se manifeste sous différentes formes : appui à des initiatives locales d’adaptation, accompagnement technique des acteurs locaux, partenariats avec des associations locales, mise à disposition de produits d’assurance, participation aux concertations pour l’élaboration des s t r a t é g i e s d’adaptation. Mais l’auteur estime que cette contribution devrait s’intensifier surtout après la validation, en mars dernier, du pack d’informations sur l’adaptation au changement climatique pour le secteur privé, notamment dans les domaines de l’agriculture, de la santé, de la gestion côtière et des écosystèmes et des ressources en eaux.

À travers ces outils d’information développés, les acteurs du secteur privé peuvent puiser des éléments pertinents sur le cadre économique pour le financement, la tarification et la facturation des produits et services d’adaptation et voir dans quels secteurs prioritaires ils pourront investir en tenant compte des coûts et avantages potentiels. Ils apportent également des éclaircissements sur les moyens d’assurer le recouvrement des coûts dans ces secteurs prioritaires du Plan national d’adaptation qui doivent permettre au pays d’atteindre ses objectifs dans le cadre de ce que l’on appelle les contributions déterminées au niveau national.

S’adressant aux entreprises, le Medd souligne que «le temps est contre nous. Les contraintes climatiques obligent à faire des programmations pluriannuelles et des arbitrages en raison des problèmes liés au dérèglement du climat». Le ministère qui met en avant une nouvelle approche, prône une plus grande responsabilisation des parties concernées. « La transparence et l’obligation de compte-rendu s’accommodent de cette conception du processus participatif engageant la société civile, les bailleurs de fonds et le secteur privé », ajoute aussi ce département.

En outre, les réflexions et les actions initiées s’inscrivent dans le cadre du partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), dans la mise en œuvre du projet d’appui à la planification de l’adaptation dans les secteurs sensibles au climat prioritaires à Madagascar, financé par le Fonds vert pour le climat (FVC). Cette démarche vise à réduire la vulnérabilité de Madagascar au changement climatique, en renforçant l’intégration de l’adaptation dans la planification du développement et les cadres de planification et budgétaire à moyen terme, incluant les investissements du secteur privé.

Cette dynamique d’engagement du secteur privé, dans l’effort conjoint de lutte contre le changement climatique en misant sur les investissements durables, à travers ce partenariat avec le Pnud, est soutenue par la mise en place d’une «Facilité d’investissement climatique à Madagascar». Cette initiative phare est destinée à accompagner le secteur privé à accéder à la finance climatique afin de mettre en œuvre des solutions innovantes et durables, dans le cadre de leurs investissements en soutien à l’adaptation au changement climatique.

Atelier sur le Plan national d’adaptation, organisé le 22 juin
avec le Medd et le Pnud

Miser sur le Fonds vert pour le climat

Aujourd’hui, l’implication du secteur privé dans la lutte contre les changements climatiques bénéficie de différents appuis financiers. Parmi les initiatives les plus importantes dans ce domaine, on peut citer le FVC, qui est le premier fonds mondial pour l’environnement et, notamment pour les questions climatiques, qui s’adresse principalement aux pays du Sud.

Si les pays d’Asie et de l’Afrique du Nord, et dans une moindre mesure ceux de l’Amérique latine, ont été les premiers bénéficiaires de ce fonds, la donne est en train de changer progressivement car les pays de l’Afrique subsaharienne, dont Madagascar, sont en train de mener des réformes pour s’arrimer aux exigences posées par le FVC. Ainsi, la sous-région de l’océan Indien est actuellement dans une phase de finalisation de sa préparation après le lancement du projet « Readiness » qui vise à améliorer l’appropriation du secteur privé en matière d’adaptation climatique.

Romy Voos Andrianarisoa, présidente de la commission Développement durable
et éthique des affaires du GEM et coorganisatrice des ADD-OI du secteur privé.

Notons également l’implication du Bureau national du changement climatique et REDD+ qui a ouvert une procédure pour apporter des éclairages aux différents acteurs concernés, notamment ceux du secteur privé. Le Bureau explique que le fonds ne s’adresse pas uniquement à la société civile environnementale, mais aussi et surtout au secteur privé. Les entreprises ont été consultées à plusieurs reprises afin qu’elles puissent mieux connaitre les diffé­rentes conditions liées à l’accès au fonds, les types de projets éligibles et, surtout, le processus qui est assez complexe par rapport aux procédures habituelles de financement. Le processus pour la première phase dure dix huit mois et devrait s’achever cette année. L’un des principaux objectifs est de conscientiser le secteur privé à Madagascar qu’une large gamme de financements et surtout diverses typologies de projets sont éligibles. Elles vont des questions énergétiques à la captation de carbone, en passant par l’agroécologie. Dans cette étape de préparation, le ministère, dans son rôle d’organisme accrédité par la convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique, affirme accompagner activement les entreprises pour que le pays soit bien préparé et, surtout, pour que l’on soit à la hauteur des nombreuses attentes qui découlent de notre éligibilité. À savoir que le FVC est un financement octroyé aux pays les moins avancés pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique mis en place en 2015. Auparavant, seul l’État était bénéficiaire du fonds à travers le Bureau national de lutte contre le changement climatique. Actuellement, le fonds est élargi au secteur privé et la société civile. Plusieurs ateliers ont été organisés pour préparer le secteur privé à accéder à ce fonds et pour que les acteurs non étatiques puissent réaliser leurs projets d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Divers acteurs ont participé à ces rencontres, en particulier ceux du secteur énergie renouvelable et de l’agriculture. Selon les explications données, il s’agissait, entre autres, de renforcer les capacités des entreprises opérant à Madagascar à collaborer efficacement avec le secrétariat du FVC.

 

VERBATIM –

Marie-Orléa Vina, ministre de l’Environnement et du développement durable

« Madagascar subit de plein fouet les effets néfastes du changement climatique qui affecte, non seulement la biodiversité, mais aussi le développement de la population. C’est en étant conscient de cette urgence que l’émergence environnementale figure parmi les priorités définies dans la Politique générale de l’État. Réconcilier le développement économique et social avec la préservation de l’environnement est d’ailleurs une préoccupation permanente de l’État. Ce défi nécessite l’engagement de tous, dont le secteur privé. »

Henry René Diouf, représentant résident adjoint du PNUD à Madagascar

«Cette dynamique actuelle d’engager le secteur privé dans l’effort conjoint de prendre des mesures contre le changement climatique, nous a conduit à raffermir notre soutien au MEDD pour la mise en place d’une Facilité d’investissement climatique à Madagascar destinée à accompagner le secteur privé malagasy à accéder à la finance climatique pour le développement de solutions climatiques innovantes. »

 

 

Entreprises et développement durable -Des assises programmées à Antananarivo

Les 4 et 5 novembre, se tiendront dans la capitale malgache les premières Assises du développement durable de l’océan Indien (ADD-OI) pour le secteur privé. Les organisateurs soutiennent qu’il ne s’agit pas d’un forum d’exposition et de débats de plus, mais d’une initiative « décisive » qui engage le secteur privé des iles de l’océan Indien dans des projets structurants et ambitieux, conjuguant à la fois performances économiques, résolution du réchauffement climatique et Objectifs du développement durable (ODD). Des projets tournés vers l’atteinte des ODD et du «Green Deal», avec un monitoring de projet calé sur les sept pro­chaines années, afin d’aligner les objectifs opérationnels de ces projets sur l’engagement planétaire du « 30 by 2030». Des projets qualifiés de transformatifs et innovants tournés vers le développement économique durable des iles et de la sous-région, et positionnant l’océan Indien à l’échelle planétaire comme un acteur-clé de la lutte contre le réchauffement climatique. Des projets à réaliser à travers un engagement fort du secteur privé. Les organisateurs soulignent également que l’interactivité via la plateforme de présentation des projets et d’échanges entre les participants sera de mise. L’idée étant d’afficher le leadership de Madagascar et de l’Indianocéanie en général dans le domaine digital, en alliant «efficacité d’échanges et de collaboration régionale et innovation technologique». Romy Voos Andrianarisoa, première responsable du cabinet TF261, et co-organisatrice de l’événement, ajoute que les premières ADD-OI ont été conçues par et pour le secteur privé, et sont organisées autour de plusieurs thématiques dont la stratégie commune de compensation carbone et le réchauffement climatique. Il est prévu de développer trente projets.

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE EN CHIFFRES

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