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Relance du tourisme – Un défi de taille pour Madagascar

Le tourisme est le secteur le plus frappé par la crise sanitaire. Les transports aériens internationaux vont reprendre mais il faudra plusieurs années pour relancer le tourisme.

Pour atteindre ses objectifs de développement, l’Etat veut doter le pays des infrastructures nécessaires à son émergence, d’assurer une connectivité efficiente au profit des pôles de développement économique et de réunir les conditions nécessaires pour atteindre le cap des 500 000 touristes à l’horizon 2023. Un défi de taille.

Si l’on observe l’évolution de la pandémie au niveau mondial, particulièrement en Europe, notre principal marché touristique, la relance du secteur touristique dans la Grande île risque de prendre du temps. La crainte d’une nouvelle vague, créée notamment par le variant Delta, demeure vive. C’est pourquoi les experts internationaux ne prévoient un véritable début de la reprise du tourisme au niveau mondial qu’en 2023. Selon l’Office national du tourisme de Madagascar (ONTM), l’éventualité d’une réouverture prochaine des frontières n’est pas un gage de reprise spectaculaire car les envies de voyage des touristes sont encore réduites et différentes restrictions demeurent. Cependant, l’optimisme est de mise car les longs mois de suspension des activités aériennes ont été désastreux.

Les opérateurs affirment se préparer activement à la reprise. D’où la ferveur qui anime les réunions de préparation de la réouverture des frontières, prévue pour le mois d’octobre prochain. Parallèlement, sont menées les actions de programmation et de formation à l’instar de celle sur la désaisonnalisation du tourisme dans la Grande île. Ainsi, la promotion du tourisme à Madagascar ne se fera plus d’avril en décembre mais s’étendra sur toute l’année. Un repositionnement qui impose également une nouvelle stratégie marketing pour mieux cibler les différents segments du marché.

A cet effet, les acteurs de la filière travaillent pour pouvoir proposer de nouveaux produits de séjour aux futurs clients dès la reprise effective des activités touristiques. Avec l’appui du programme PROCOM de l’Union européenne et de l’ONTM, ces nouveaux produits ont pu être identifiés dans cinq villes pilotes, à savoir Nosy Be, Toliara, Antsiranana, Sainte-Marie et Taolagnaro pour être ensuite présentés aux tours opérateurs et aux agences de voyages lors d’un atelier. Ces derniers en feront ensuite la promotion auprès des principaux intéressés.

Un secteur aérien sinistré

A savoir par ailleurs que l’accessibilité aérienne est un élément essentiel pour l’attractivité de la destination Madagascar et des régions, particulièrement pour un pays qui souffre de la dégradation de son réseau routier. De ce fait, si on ne retrouve pas une connectivité aérienne suffisante portées par des infrastructures aux normes, il y aura un impact négatif, à la fois sur le tourisme mais également pour les autres activités économiques dont le commerce.

La santé de l’aérien est un indicateur de la situation économique et touristique d’un pays en général. Et le degré de connectivité aérienne d’un pays conditionne son activité économico-touristique. Si la crise remet en cause les investissements en infrastructures, c’est l’avenir du développement de Madagascar qui est menacé. Notons que nombre de pays, notamment en Afrique, ont choisi de relancer leurs projets infrastructurels, et notamment aéroportuaires, en vue d’asseoir la croissance post-covid sur de bons rails et donner un nouveau souffle au tourisme.

A Madagascar, le taux d’activité de l’aviation civile durant les années 2020 et 2021 a connu une baisse de plus de 70% comparé aux performances de 2019. Un renversement de tendance brutal causé par la pandémie de Covid-19. C’est dans ce contexte inédit qu’Air Madagascar doit appréhender son avenir. Mais avant l’arrivée du Covid-19, la Cour des Comptes a déjà relevé les défaillances qui assombrissent l’avenir de la compagnie nationale et impactent négativement sur le secteur touristique : « absence de procédure d’évaluation des risques, faible productivité, tarifs élevés pour les passagers, une qualité de service qui laisse à désirer…, la liste est longue dans le rapport d’audit réalisé sur la période de 2016 à 2019.

« En définitive, et au vu des enjeux, le redressement d’Air Madagascar constitue un défi important nécessitant d’explorer différentes pistes pouvant assurer à la compagnie de disposer de « socles solides supportant son développement » ont soutenu ceux qui ont été chargés de l’audit.

L’instance dirigeante de la compagnie aérienne nationale affirme travailler actuellement sur le bouclage de la nouvelle feuille de route de redressement. Mais au fil des concertations, constat a été fait que le projet de refonte de la compagnie sur le plan opérationnel, en se basant notamment sur les synergies avec la filiale Tsaradia, n’est pas aisé à concevoir. On sait en revanche qu’un mécanisme de contribution d’Air Madagascar pour Tsaradia est en cours de réflexion. Celle-ci permettra de réviser le système de tarification. Concrètement, lorsqu’un passager à l’international achètera un billet, une partie du prix de ce billet sera reversée à Tsaradia comme étant une sorte de commission. A savoir que près de 70% des passagers de Tsaradia sont constitués de voyageurs provenant d’Air Madagascar.

Le secteur aéroportuaire qui gère les portes d’entrée et de sortie des touristes, est aussi en difficulté. La société Aéroports de Madagascar (Adema), qui a subi plus de 12 milliards d’ariary de pertes l’an dernier, peine à recouvrer ses redevances suite à la mise en concession des aéroports d’Ivato et de Nosy Be. Et elle doit pouvoir bénéficier du soutien de l’Etat pour remonter la pente et financer les investissements nécessaires pour mettre aux normes les plateformes dont elle a la charge.

Une lueur d’espoir

Cependant, en cas d’évolution positive et durable de la situation du fait de la maîtrise de la pandémie (généralisation de la vaccination, maîtrise du phénomène de variant, mise en place des conditions nécessaire à la reprise du tourisme, mise en conformité avec les normes de sécurité sanitaire…), le taux de fréquentation devrait retrouver sa performance d’avant la crise en 2023.

Les dernières prévisions de l’IATA et de Tourism Economics laissent en effet espérer un retour à la normale d’ici deux ans. En 2021, le nombre de passagers dans le monde devrait revenir à 52% des niveaux pré-Covid-19 (2019). En 2022, le nombre de passagers devrait revenir à 88% des niveaux pré-Covid-19. En 2023, le nombre de passagers dans le monde devrait dépasser les niveaux pré-Covid-19 (105%). Et d’ici 2030, le nombre de passagers devrait atteindre 5,6 milliards.

Rappelons que les secteurs public et privé se sont réunis le 8 septembre dernier pour consolider la stratégie de relance de l’industrie du voyage. Les deux parties se sont entretenues sur les préalables à la relance du tourisme. Il a été indiqué que trois axes orientent cette stratégie de reprise. Le premier concerne le repositionnement de la destination, le second axe prévoit « un plan de survie et de sortie de crise », et le troisième vise à rassurer les partenaires et les touristes sur « Madagascar Tourism Safe ».

La rencontre a vu la participation de plusieurs départements ministériels dont ceux en charge des Transports, du Tourisme, de la Santé et du Commerce. Du côté des opérateurs, la Confédération du tourisme de Madagascar, en partenariat avec l’USAID Hay Tao et le Projet PIC (Pôle Intégrée de Croissance), et l’Office National du Tourisme y ont pris part.

Il a été indiqué en outre que dans la perspective de la réouverture des frontières aux voyageurs internationaux, les réunions de travail auxquelles participent les ministères concernés et les groupements dédiés ont été élargie aux groupements professionnels hors tourisme, dont le GEM (Groupemen t des Entreprises de Madagascar), le SIM (Syndicat des Industries de Madagascar), le GEFP (Groupement des Entreprises Franches et Partenaires) et le FIVMPAMA (Groupement du Patronat Malagasy). Plusieurs élus ont également pris part aux discussions qualifiées d’intenses et de fructueuses.

Côté chiffres, difficile d’avoir des statistiques récentes. On sait néanmoins que durant le premier trimestre de cette année, 7.493 touristes sont arrivés à Nosy-Be, la destination phare du pays, soit 25% de plus qu’au dernier trimestre de 2020. Les recettes touristiques durant les trois premiers mois de l’année 2021 se sont ainsi chiffrées à 39,8 milliards d’Ariary (10,6 millions USD), indique la Revue de Milieu d’Année (RMA) publiée par le ministère de l’Economie et des Finances.

Des multiples initiatives à entreprendre

Malgré la crise sanitaire et ses impacts, la politique de l’Etat malagasy en matière de transport aérien se caractérise avant tout par l’amélioration de l’offre hôtelière, l’ouverture du ciel (Open Sky) et le renforcement de la connectivité aérienne. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les actions de recherche de partenariat avec le secteur privé pour la construction d’établissements haut de gamme, comme l’a rappelé le Président Rajoelina lors de son déplacement à Antsiranana, le développement aéroportuaire, l’ouverture de nouvelles plateformes à vocation touristique (Bekopaka et Isalo), l’implication des compagnies aériennes spécialisées dans les vols à la demande à lancer des vols commerciaux domestiques.

La mise aux normes des infrastructures pour s’arrimer aux impératifs (normes et pratiques) recommandées est considérée comme l’un des moyens permettant d’assurer le développement du tourisme et du transport aérien. Aussi, les perspectives se concrétiseront notamment par l’ouverture aux initiatives privées pour le redimensionnement de l’offre touristique, la modernisation des installations aéroportuaires et la multiplication des accords aériens pour améliorer la connectivité aérienne. Pour ce dernier point, notons que Madagascar dispose actuellement de 39 accords aériens avec des pays tiers dont 15 ont pu être exploités soit en vols directs, soit avec escale, soit en partage de codes.

Au niveau de la promotion touristique, les spécialistes estiment qu’une révision drastique de la politique budgétaire s’impose. Il faut reconnaître en effet que depuis de nombreuses années, l’enveloppe consacrée pour faire connaitre la destination n’a jamais été à la hauteur des enjeux. Le budget a toujours tourné autour de quelques centaines de milliers d’euros quand les pays comme Maurice injectaient plusieurs millions d’euros chaque année et ne rataient aucun événement susceptible d’accroître le taux de fréquentation touristique.

Le 3 septembre dernier, lors de sa rencontre avec les représentants des Offices Régionaux du Tourisme (ORT), le ministre en charge du Tourisme, Joël Randriamandranto, a exposé sa feuille de route pour remettre la destination Madagascar sur les rails. Avant cette rencontre, le ministre a déjà évoqué la nécessité d’être plus visible sur les plateformes virtuelles, de renforcer dès que possible notre visibilité dans les salons dédiés au tourisme et de concrétiser les démarches déjà entreprises pour diversifier les zones géographiques et les pays émetteurs.

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