Notes du passé

Les rêves malgaches de Kingdom

De tous les aventuriers qui essayèrent de profiter des multiples difficultés que rencontra le Premier ministre Rainilaiarivony, après la guerre franco-malgache de 1883-1885, il en est peu d’aussi connus que l’Anglais Kingdom. » C’est ainsi que Jean Valette, archiviste-paléographe de la Ire République, débute un article paru dans le Bulletin de Madagascar de janvier 1965. À plusieurs reprises, il s’efforce de « mettre le pays en coupe réglée ». Pour ce faire, il tente d’utiliser toutes les occasions- honnêtes ou pas- qui se présentent à lui.

Par le traité du 17 décembre 1885, Rainilaiarivony accepte de payer à la France une indemnité de guerre de 10 millions. Pourtant, il ne sait comment réunir cette somme, « bien supérieure aux possibilités du Trésor malgache ». Kingdom arrivé à Antananarivo en juin 1886, vient à son secours et lui propose de contracter un emprunt qu’il se fait fort de placer en Grande-Bretagne. Les pourparlers aboutissent en août 1886 et Kingdom assure au Premier ministre un prêt de 20 millions de francs à 7% d’intérêt. En échange, il obtient l’autorisation de percevoir les droits de douane dans six ports de Madagascar, la création d’une banque d’État qui a pouvoir d’émettre des billets et de frapper de la monnaie et l’exploitation de mines d’or.

« Cette convention exorbitante livrait, en fait, les finances malgaches aux Anglais et entraîna l’intervention de Le Myre de Vilers. » Le résident général de France estime, contrairement au Premier ministre, qu’il ne s’agit pas là d’un acte d’administration purement intérieure. Il déclare donc à Rainilaiarivony « qu’il s’opposait à l’exécution du contrat de Kingdom ». En revanche, il l’engage à contracter un emprunt en France. Ce qui sera finalement fait auprès du Comptoir national d’escompte de Paris par une convention du 5 décembre 1886.

En même temps, Kingdom part en Angleterre pour essayer de mettre sur pied une société destinée à mettre en œuvre son contrat. Toutefois, le gouvernement français fait publier une note avertissant le public que « la conclusion d’un emprunt de ce genre constituerait une atteinte au traité de 1885 ». Celui-ci ayant été notifié aux puissances européennes, le gouvernement français ne lui reconnaîtrait aucune valeur. Aussitôt, les financiers anglais retirent leurs concours à Kingdom, dont les projets ne peuvent se réaliser.

Mais entretemps, Rainilaiarivony octroie à Kingdom une concession de près de 8 000 km² – presque tout le Nord-ouest de Madagascar- pour soixante ans. En agissant ainsi, il pense faire obstacle aux prétentions des Français sur cette partie de l’île, en en disposant en faveur d’un Anglais. L’acte de concession assure « de grandes immunités, pas d’impôts ni de droits de douane, et toute liberté de prendre gratuitement le bois dans les forêts ». En outre, le concessionnaire a l’autorisation de lever un petit corps de troupes « pour pourvoir à l’ordre et à la tranquillité de la région concédée ». Un vrai « petit État autonome ».

Jean Valette fait remarquer que cette concession anormale ne soulève d’abord, aucune objection de la part des Français, et ils ne réagissent qu’en 1890, lorsque Kingdom constitue son Madagascar Syndicate qui ne peut réunir de capitaux. Il ne cesse pas pour autant de s’intéresser à Madagascar. En 1891, il y introduit une grosse quantité de piastres mexicaines dont le titre et le poids en argent sont très inférieurs aux piastres déjà répandues dans le pays.

Il est difficile d’écouler des pièces entières. Mais « découpées en morceaux pour servir de monnaie divisionnaire, elles furent d’abord acceptées, d’où de substantiels bénéfices pour l’auteur de cette affaire, et beaucoup de mécontentement par la suite chez ses victimes ».

Kingdom veut alors se mêler de politique. Début 1892, Rainilaiarivony tombé malade, désigne pour lui succéder son petit-fils Ralitera, provoquant ainsi la rancœur de tous ceux qu’il écarte. Son fils, Rajoelina, aidé du Dr Rajaona, fils de Rainandriamampandry, et de Ralaikizo, très proche de la reine, fomente un complot destiné à renverser le nouveau Premier ministre et s’assure de l’aide de Kingdom. Par un contrat du 28 mai 1892, celui-ci s’engage à aider Rajoelina, contre la promesse de terres qu’il désirerait et l’exploitation de gisements miniers.

Mais Rainilaiarivony ne meurt pas. Pire, il a vent du complot. Les trois Malgaches, arrêtés le 9 août 1893, sont condamnés à mort puis exilés à Ambositra. Kingdom est simplement expulsé, « ses rêves malgaches envolés ». Il n’abandonne pourtant pas la partie.

« Croyant pouvoir profiter de la deuxième guerre franco-malgache, oubliant ses sympathies d’antan, il n’hésita pas à proposer ses services aux Français. Il adressa le 23 janvier 1895, une lettre à Le Myre de Vilers, montrant à quel point l’homme était parfaitement dénué de scrupules. »

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