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Editorial Opinions

Sens inique

Quel culot! Après avoir emprunté un sens unique et blessé deux enfants à Ankorondrano vendredi soir, l’entourage du Premier ministre Christian Ntsay justifie coûte que coûte cette entrave au code de la route. Des arguments bien évidemment fallacieux évoquant une situation chronique nécessitant une sécurité renforcée du Premier ministre et une entorse à la loi. Voilà un gros pavé dans la mare, plutôt le lac de Mahazoarivo. Autant on a admiré le Premier ministre pour avoir réinstauré les plaques rouges pour les voitures administratives même si cette mesure n’a pas enrayé totalement la gabegie, d’avoir interdit aux fonctionnaires et autorités de l’État de participer à la campagne électorale, autant on est révolté par ce comportement désinvolte et arrogant de son entourage qui tente de légaliser l’injustifiable. Il appartient à son service de sécurité de prendre toutes les dispositions, quitte à rentrer en hélicoptère comme l’ancien président Rajaonarimampianina, s’il y a le feu. À la rigueur, de dégager la voie une heure avant son passage et non commettre un acte hautement criminel comme prendre un sens…inique et mettant en danger la vie de plusieurs personnes, fussent-elles des Quatre Mi.
Il n’y a pas plus paranoïaque que l’Amiral Ratsiraka qui voyait des attentats partout à l’époque de la guerre froide, mais il n’a jamais emprunté un sens unique. Il a tout simplement mis des forces de l’ordre en piquet douze heures avant son passage et douze heures avant son retour.
Qui a donc intérêt à attenter à la vie du Premier ministre alors qu’on sait qu’il n’est là que le temps d’une élection?. Certes, il mérite qu’on s’occupe de sa sécurité, vu la fréquence des kidnappings et des braquages, mais de là à faire preuve d’un excès de zèle, il y a des limites à tout. Et s’il n’a aucun mot à placer pour son service de sécurité, comme le souligne un communiqué, sur l’itinéraire de son cortège, on est en droit de douter de son autorité. On comprend mieux pourquoi les voitures à plaque rouge circulent le dimanche et se trouvent en tête de cortège d’un mariage.
En Chine, il n’y a ni motards ni sirènes pour les cortèges officiels mais la route est complètement dégagée sur tout le parcours. Les policiers comme les civils sont au garde à vous lors du passage de l’ancien président Rajaonarimampianina à l’occasion du dernier forum Chine-Afrique à Beijing. Quand on sait qu’il y a plus de voiture que d’habitants en Chine, on imagine les difficultés pour gérer la circulation, pourtant tout marche comme sur des roulettes.
Il n’existe absolument pas de dispositions légales qui autorisent les autorités à emprunter un sens unique. Qui plus est dans des voies séparées par un îlot où personne, piétons comme automobilistes, ne risque de faire une mauvaise rencontre en sens opposé. C’est une pure invention née de l’anarchie générée par la crise de 2009 et toutes les formes de désobéissance et d’incivisme qu’elle a implantées. Quand un Premier ministre donne le mauvais exemple, comment peut-on interdire aux députés, sénateurs, ministres, assistants parlementaires, directeurs généraux de ne pas faire usage des sirènes et des cocardes ? C’est d’autant plus vrai que les cocardes sont en vente dans les quincailleries.
Combien d’accidents mortels ont été causés par des charrettes et motocyclettes empruntant un sens unique ? Le Premier ministre grossit les rangs de ces hors la loi. Le risque d’accident est d’autant plus élevé que, vu leur étroitesse, toutes les rues de la capitale devraient être à sens unique. Autrement dit, pour rentrer à Androhibe, le Premier ministre doit passer par le By Pass. La circulation y est plus fluide.

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