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Chronique

La traction humaine comme moteur

Nous aurions tort de nous moquer. Tout le monde aurait pu trouver normal que les taxi-motos aient fait irruption dans un paysage d’embouteillages automobiles sans fin. Mais, là, c’est une surprise d’entendre parler de taxis-bicyclettes: une nouvelle réalité née avec la crise sanitaire de Covid-19 qui se mue en crise socio-économique du confinement?

Simple vélo avec un porte-bagage rembourré et allongé, version basique des rickshaws asiatiques à trois roues: ces cyclo-pousses qu’on voit cependant déjà coloniser progressivement les banlieues très proches du Centre-Ville d’Antananarivo.

Techniquement très loin du vélo pousse-pousse avec assistance électrique pour le vélotourisme, comme à Namur (Belgique), avec visite guidée proposant des commentaires en quatre langues (français, néerlandais, allemand, anglais). Philosophiquement aux antipodes également puisque dans les villes européennes, c’est pour le folklore, tandis que dans le tiers-monde, c’est dramati­quement alimentaire.

Des questions sont à poser dès maintenant pour ne pas subir plus tard le «taxi-beka» comme on a subi le taxi-be. Rappelons que le taxi-be, concept marginal apparu dans le contexte de crise économique du début des années 1980, n’a cessé de se multiplier jusqu’à se substituer complètement aux anciens autobus et devenir l’actuelle force économique qui fait impunément fi des deux challenges fondamentaux censés non-négociables : sécurité des usagers et qualité du service. Et ne parlons pas de la corruption du code de la route ni de l’ensauvagement au volant.

Exode rural et migrations régionales menacent Antananarivo et chaque chef-lieu provincial. Le mirage urbain est une terrible désillusion, tandis que l’exode rural vide la campagne agricole censée nourrir l’Humanité. Aggravée par le confinement, la situation était déjà critique bien avant 2009, bien avant 2002, bien avant 1991. Un symbole, qui n’a rien d’une démarche folklorique ni d’une volonté d’exotisme: les Ikarus ont laissé la place aux taxis-be, et le transport en général régresse d’un moteur thermique à la traction humaine, charrettes, pousse-pousse, «taxis-beka». On ne devrait pas en plaisanter.

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