Quand l'Imerina s'en va-t-en guerre...


Durant les guerres de conquête sous le règne d’Andrianam­poinimerina, hormis un petit noyau de soldats professionnels, il n'y a pas à proprement parler d'armée régulière. Tous les hommes valides qui n'ont pas une raison majeure pour s'en abstenir, sont en principe levés par territoire afin de constituer les différentes troupes d'une expédition. C'est sous la bénédiction et l'ovation de « ceux qui restent pour garder le royaume » que le roi et ses hommes s'en vont en guerre avec tout le ravitaillement nécessaire (riz, zébus...). Arrivés à destination, ils « construisent » le campement selon un schéma inamovible de forme rectangulaire pour ne pas trop dépayser les hommes. Dans ce campement, la position de chaque troupe territoriale correspond à l'ordre de sa soumission à Andrianampoinimerina en l'acceptant comme seul maître et seigneur. La case royale en bois s'érige au milieu, limitée par une enceinte entourée d'un mur également en bois. On y accède par deux portails : à l'est « où naît le soleil », et à l'ouest qui sert de porte de sortie au souverain. Tout autour du Rova, se placent les rangées des Tandapa (officiers et personnel du Palais) près de l'enceinte royale, ensuite des Tsiarondahy (caste serve au service du monarque). Les hommes ont chacun leur quartier: le nord-est, coin Alahamady, est réservé aux Avaradrano, les « aînés » de l'Imerina; le sud-est, coin Asorotany, aux Vakinisisaony; le sudouest, coin Adimizana, aux Ambodirano et Vakinankaratra; le nord-ouest, coin Adijady, aux Vonizongo et Marovatana. À cette époque, l'utilisation des tentes n'est pas encore généralisée et les soldats construisent des huttes en lattes de bois à toiture de bozaka, dont les « fondations » sont enterrées en profondeur pour qu'elles ne s'écroulent pas au moindre souffle de vent. Les idoles, elles, en tant que protectrices de l'Armée, sont mieux loties. Manjakatsiroa est logé près du roi; Fantaka et Ramahavaly sont chacun abrités dans des « palais » en bois, construits des deux côtés du portail oriental, là où se célèbre le culte des sampy. Quant à Kelimalaza, il est installé sous une tente pourpre. Avant tout combat, on les interroge pour déterminer la stratégie à adopter et en remerciement, on leur sacrifie un zébu ombi­trongitany et leur présente d'autres offrandes de valeur (voahangimivady, hidivavavola...). La bataille s'engage alors avec une moitié des troupes, l'autre restant au campement pour protéger le roi à qui on « interdit » de s'engager en personne dans les combats. Les sampy restent avec lui, mais leurs vorongo (attirails comme les serpents de Ramahavaly ou les fanions de Manjakatsiroa) accompagnent les combattants. Comme toujours ce sont ceux de Ramahavaly qui ouvrent la voie avec du fangorohoroana et du fandravalaka, plantes que l'on croit détenir des vertus, la première pour terroriser l'ennemi, la seconde pour annihiler ses forces. Si, par malheur, le porteur est mortellement blessé, le fétiche se venge en massacrant nombre de belligérants. Dans tous les cas, « si l'ennemi attaque le premier, il sera vite vaincu. Sinon le combat durera plus longtemps » (Tantara ny Andriana eto Madagascar, R.P Callet). Chaque soldat garde aussi contre son corps son talisman personnel pour se préserver de toute blessure. Certaines épouses accompagnent leurs hommes à la guerre pour s'occuper du quotidien et surtout pour prier et chanter en faveur de leur victoire, incantations fredonnées du matin au soir: « Les nôtres sont forts et ne se découragent pas. Qu'ils soient sains et saufs! » Si l'ennemi est plus puissant et que les troupes royales reculent, le roi de son campement demande aide, soutien et témérité pour ses hommes auprès des idoles. « Je refuse que ce royaume ne soit pas à moi. Je demande votre bénédiction à vous toutes, idoles sacrées. Quelle que soit la force de mes ennemis, faites qu'ils se plient devant moi. » Si la durée du contrat passé avec ses hommes touche à sa fin alors que l'ennemi n'est toujours pas vaincu, tous retournent en Imerina pour se reposer avant une nouvelle expédition. Car « je n'accepte pas que cette terre et cet État ne soient pas à moi  ». Si au contraire le roi s'aperçoit que ses troupes avancent, il fait souffler l' angaroa (conque marine) et chanter les femmes. Lorsque l'ennemi s'avoue vaincu, il donne l'ordre d'arrêter le massacre. Pour favoriser l'émulation durant le combat, chaque troupe territoriale offre à celle qui a le mieux combattu une prime de 1 000 piastres.
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