Chronique

Madagascar – Réunion : Nées de la même mer

« L’histoire malgache est restée dans l’inconscient réunionnais. » Cette phrase est de Sudel Fuma, ancien vice-doyen de la Faculté des Lettres de La Réunion, tragiquement disparu en mer. J’ai eu l’inoubliable privilège de l’interviewer lors d’un de ses passages à Madagascar. Il était en plein dans la préparation de Journées de la Recherche des Faculté des Lettres et Sciences Humaines à Saint-Denis, qui prévoyaient la participation de quatre Universités de Madagascar. Cet après-midi là, nous parlions des siècles passés puisqu’il était historien de formation, et surtout des flux de population entre les deux îles. L’envie me prend de ressusciter quelques passages de cette causerie, par devoir de mémoire.

L’esclavage ?

– Nous, Réunionnais, sommes des produits de cette histoire coloniale née de l’implication des puissances du Nord que sont principalement la France, l’Angleterre, le Portugal. Il y eut d’abord la déportation, un mot qui ne me gêne pas, de nombreux Malgaches, Africains, Indiens en tant que « serviteurs ». Ensuite l’esclavage a été institutionnalisé avec le Code Noir en 1685, pour les Antilles, et en 1723, pour l’océan Indien. La généralisation du système a amené à l’île Bourbon des milliers d’esclaves malgaches qui sont parmi nos ancêtres, d’abord pour le café, puis pour la canne à sucre.

Louise Tserana ?

-C’était un personnage extraordinaire ! Après la révolte de 1674 où les tribus de l’Anosy chassèrent les Français de Fort-Dauphin, ceux-ci émigrèrent à l’île Bourbon avec des femmes malgaches. Louise fut, au début, l’épouse d’Antoine Payette dit Laroche, puis elle se remaria avec Étienne Grondin. Elle figure parmi les ancêtres de ceux qu’on appelle chez moi les « petits blancs » qui peuplèrent des endroits comme Cilaos, Mafate, ou Salazies, des noms typiquement malgaches.

Et vous-même, Sudel Fuma ?

-Mon ancêtre Eugène était d’origine malgache, puisque sa mère était arrivée en 1785 dans les soutes des bateaux des négriers. Grâce aux feuilles de recensement j’ai pu réunir l’histoire de ma famille, et même retrouver des détails physiques qui y étaient mentionnés. Eugène, par exemple, avait la peau claire et les cheveux lisses. Un fait attesté par Nicolas Mayeur, en 1775, est que les deux tiers des esclaves vendus sur la Côte Est provenaient de l’Imerina.

Recréer des liens ?

– Personnellement je me sens bien quand je suis à Madagascar parce que je m’y sens chez moi. À travers l’inter-culturalité il s’agit de faire en sorte que les Réunionnais n’occultent pas leur Histoire et leurs ancêtres qui sont une partie d’eux-mêmes. Quand on souffre d’un manque de repère identitaire, on est quelque part très mal dans sa peau.

 

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