Editorial

Enfance douloureuse

Un calvaire insoutenable. Car infligé à des éphèbes. Le mois de juin, consacré comme celui des enfants, a commencé sous les mauvais auspices. Selon les statistiques d’un organisme onusien, le nombre des mineurs, au sens contraire du majeur au regard de l’âge, contraints d’accomplir des durs labeurs, aux rémunérations dérisoires, pour subvenir aux besoins de leurs parents et de leur famille, a connu une progression exponentielle. À cause des effets induits de la crise sanitaire. Un prétexte à tous les excès. Ils s’exposent ainsi aux risques et aux fatalités de leurs dangereux métiers.

Dans la plupart des cas, sans le moindre dispositif de sécurité sociale. Ici, une telle pratique dépassant l’entendement, semble avoir été tolérée. Alors qu’ailleurs, de lourdes sanctions financières et pénales attendent des entreprises ayant recours à cette main d’œuvre abondante, bon marché mais illégale. Une grande marque de chocolat, utilisant du cacao, produit dans des concessions du style colonial, par des adolescents à peine sortis de l’insouciance, s’est retirée du marché français avant Noël. Une fois que le scandale a éclaté.

En temps normal, le thème autour du vaste chantier du « Travail des enfants » et ses déclinaisons, ont toujours préoccupé des membres du gouvernement, des représentants des organismes internationaux, et bien entendu des activistes de la société civile. Des séminaires, des journées de réflexion, des conférences-débats, des colloques, des tables rondes, des ateliers, des symposiums, des forums, et des concertations régionales, nationales à n’en plus finir ont été organisés pour que le « Respect des droits des enfants » soit un souci permanent, une obligation de tous les jours. Mais aucun résultat satisfaisant n’a été obtenu.

Les Malgaches, comme les autres parents du monde entier, ont la bonne réputation d’avoir un penchant naturel, une dévotion sans limite, une attention particulière pour leurs progénitures. Plusieurs proverbes, citations et adages populaires, attestent cette communion presque fusionnelle. Ne pas avoir des descendants, des héritiers, est inacceptable.Sinon une honte, pour la société malgache, un brin conservatrice. Dans ces couples stériles, la femme endosse seule la responsabilité de l’échec. Un motif suffisant et édifiant de divorce.

Mais parfois, les aléas de la vie, les soucis existentiels, les conséquences générées par l’extrême pauvreté et, peut-être, la bestialité qui dort en eux, conduisent ces géniteurs à s’en prendre à leurs propres chérubins. Devenus leur souffre-douleur. L’exemple le plus fréquent découle de la cohabitation dans la promiscuité absolue. Six à sept personnes s’entassent dans une pièce d’à peine vingt mètres carrés. Une exiguïté propice à toutes les pulsions malveillantes, mères de tous les vices. Le père, sous l’emprise de l’alcool, viole ses filles. Une des facettes des violences parentales et de la souffrance physique endurées en silence par les jeunes victimes. Qui, cette fois-ci, seront aussi privées de la retraite aux flambeaux, le traditionnel « Harendrina » dans la soirée du 25 juin. Triste.

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