Editorial

Fête des peurs

À qui le tour? Les disparitions d’enfants semblent avoir pris le relais au kidnapping. La nature a horreur du vide. C’est le tour des parents malgaches de vivre dans l’angoisse de cette terrible épreuve. Selon la police, plus de huit cents enfants ont disparu cette année dont la majorité des fugues, heureusement. Une façon de rassurer l’opinion pour ne pas dramatiser la situation. Une étincelle suffit pour tout embraser dans une conjoncture où les nerfs sont à vif au quotidien face aux diverses difficultés. La baisse du prix du carburant n’est pas pour tout de suite alors que le délestage continue sans arrêt, les embouteillages sont de plus en plus compliqués et l’insécurité est partout. Les bouchons sont devenus l’endroit de prédilection des malfaiteurs de tout acabit. Les portes verrouillées ne sont plus d’aucun recours face aux armes des bandits qui n’hésitent d’ailleurs pas à casser carrément les vitres pour commettre leur forfait. La population ne sait plus à quel saint se vouer trois mois avant l’arrivée du pape. Ceux qu’elle a élus pour diriger le pays ne sont visiblement pas en mesure de répondre à ses attentes.
Il faut empoigner le problème à bras le corps. La police semble avoir minimisé ces disparitions d’enfants. S’il est vrai que la plupart sont des fugues, il faut dire qu’un enfant a été déjà tué par ses ravisseurs faute de rançon dont le montant est hors de portée de ses parents. C’est déjà un mort de trop. Il est quand même curieux que le phénomène apparaît subitement. Les fugues ont toujours existé mais jamais avec cette ampleur même s’il faut reconnaître que les négligences, faute d’éducation et de moyens, sont de plus en plus monnaie courante chez beaucoup de parents. C’est ainsi que les incendies prolifèrent de même que les enfants errants et écrasés par les voitures. Tout se complique dans une société en pleine déliquescence où l’instauration de la discipline est un véritable parcours du combattant où s’entremêlent la pauvreté, l’incivisme et le clientélisme électoral.
Avec l’anarchie générée par la crise de 2009 et une Transition où chacun faisait ce qui lui plaît, il est difficile voire impossible, de rétablir quoique ce soit à l’image des tireurs de charrettes et pousse-pousse qui refusent toute réorganisation. La pauvreté est devenue un prétexte à l’anarchie et à l’indiscipline. La corruption vient couronner le tout étant donné qu’au lieu de s’attaquer aux racines du mal, en l’occurrence le milliardaire des charrettes, on s’acharne sur les tireurs dont l’existence est fonction de l’outil de travail.
Les réseaux sociaux sont bondés d’avis de recherche, d’avis de disparitions d’enfants.
Il ne faut pas attendre une centaine de disparus pour réagir avec fermeté. Des mesures de sécurité doivent être prises à tous les niveaux, au foyer, à l’école et dans les endroits publics. Pour que la fête des peurs disparaisse dans les meilleurs délais du calendrier et pour qu’on évite le pire.

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