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L’acariâtre de service

«Réunir tous les Malgaches, toutes les régions, dans leurs diversités» :  ce n’est pas exactement la certaine idée que je me fais d’un carnaval à Antananarivo. Et, si le concept de «carnaval de Madagascar» – territoire de la dimension d’un petit continent, île d’une multitude d’archipels ethniques et culturels – n’était purement et simplement pas le bon  Et que là aussi, comme en tant d’autres domaines, penser à décentraliser : un carnaval du Menabe à Morondava, un carnaval du Betsileo à Fianarantsoa, un carnaval de l’Antsihanaka au Lac Alaotra, et cetera.
Je vais encore jouer à l’avocat du diable et passer pour l’acariâtre incapable de se mettre au diapason de la «fiesta» annoncée. Mais, je ne peux pas me résigner à accepter que bloquer Analakely soit une bonne idée tant que les kilomètres automobiles d’Antananarivo n’auront pas augmenté significativement depuis l’extinction des Citroën Traction Avant, des Renault Juva Quatre et des Peugeot 202, voilà, grosso modo, quarante ans.
Et, quand bien même, il faudrait aménager le timing pour que l’occupation carnavalesque par les uns de la voie publique ne devienne pas une entrave à la liberté de circulation utilitaire des autres. Si on veut absolument persister à tenir ce carnaval au coeur de la Capitale, il faudrait non moins absolument que les autres usagers de la route puissent en retrouver justement l’usage à la fin convenue des heures de bureaux. Que le carnaval, activités connexes comprises, soit impérativement bouclé et ait dégagé la voie avant la sortie des écoles et la fermeture des bureaux. Parce que cette heure, comme on le sait depuis 50 ans, est une heure de pointe qui étouffe du moindre encombrement supplémentaire.
Le mois de juin est celui de la commémoration du 26 juin, sur laquelle semble-t-il on veuille greffer des manifestations festives en amont. Et d’abord, la «fête de la musique», que nous organisons, entre autres absurdités devenues coutume, le 21 juin d’hiver austral tandis que dans les pays où elle fut inventée, la fête de la musique célèbre justement le retour du soleil et de l’été. Et ensuite, ce carnaval créé en 2015. Mais alors, pour épargner aux parents d’élèves «le mois commencé dû en entier», alors que les absences se multiplient, le programme scolaire étant censé se boucler avant la tenue des divers examens officiels (brevet, baccalauréat), arrêter l’année scolaire à fin mai. Accessoirement, cet aménagement du calendrier permettrait de ne plus convoquer les élèves à une épreuve matinale de natation alors que la température extérieure chute à 15 degrés.
Ce jeudi, jour du marché hebdomadaire à Mahamasina, a coïncidé avec le bouclage de l’avenue de l’indépendance en vue du carnaval : des drones, dédiés à la surveillance et à la régulation de l’enfer automobile dans Antananarivo, auraient permis de visualiser la réalité de ces bouchons dont Analakely était le goulet d’étranglement. Les interminables travaux au carrefour de Soarano n’arrangent rien surtout qu’aucun schéma directeur ne vient rassurer l’usager quant à la pertinence des aménagements prévus, l’usager échaudé qui vit au quotidien l’absurdité des dépenses engagées au carrefour d’Ankadimbahoaka pour un résultat pour le moins incompréhensible.
Je ne peux pas avoir envie, encore moins partager l’éventuel plaisir, d’une «fiesta» dont les effets les plus directs sur mes petits intérêts égoïstes, mais auxquels je tiens absolument, comme tout le monde, ne sont que gêne permanente et embarras continuel. Ce n’est pas la meilleure manière de légitimer un évènement pour qu’il ait la chance de devenir une institution installée dans notre agenda et surtout acceptée dans nos habitudes.

Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja